Grégoire C.

http://www.librairie-obliques.fr/

A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Orphelins de Dieu (Babel)

Marc BIANCARELLI

Actes Sud

7,80
par (Librairie Obliques)
25 août 2016

Crépuscule corse

Au XIXe siècle, la France avait aussi son Far-West, ses voyous patibulaires avec leurs mouchoirs sur le nez, ses règlements de compte sur les flancs de montagnes brûlées. Ça se passait en Corse et c’est le western européen qu’on ne vous a jamais raconté.

S’ils avaient été des Apaches, si leur chef s’était appelé Geronimo, vous auriez versé une larme sur leur combat perdu d’avance, nous dit Marc Biancarelli. Mais ils étaient Corses et personne n’a trouvé utile de raconter leur histoire. Avec ces "Orphelins de dieu" c’est désormais chose faite même s’il n’est pas certain que le destin de cette bande de brigands sanguinaires réussisse à tirer une larme au lecteur. Car si la rébellion pouvait être légitime les premiers temps, les motivations se perdent rapidement dans l’odeur de la poudre et la guerre et la violence ont eu tôt fait de s’alimenter elles-mêmes pour changer ces valeureux rebelles en brutes sans foi ni loi.

Au milieu de ces factions ennemies aux interactions tellement complexes que personne n’y comprend plus rien, subsiste un îlot de clarté, et la dernière chose pour laquelle il soit compréhensible qu’on s’entre-tue : la vengeance. C’est pour l’accomplir que l’Infernu, tueur à gage en fin de parcours, décide de reprendre du service.

Histoire de sale type, histoire de rédemption, histoire de survie là où tout est voué à l’extinction plus ou moins rapide, "Orphelins de dieu" est surtout une puissante et crépusculaire histoire d’êtres humains que la fortune a jeté du mauvais côté du pistolet. Reste à savoir si le mauvais côté est bien celui qu’on croit. Question de point de vue.

L'île du Point Némo
par (Librairie Obliques)
25 août 2016

Aventures échevelées

Prix Médicis en 2008 avec "Là où les tigres sont chez eux," Jean-Marie Blas de Roblès revient à l’aventure avec ce roman irrésistible, feuilletonesque et échevelé. En deux intrigues finement tissées, on est catapulté tambour battant à la fois dans une fabrique de liseuses électroniques au fin fond du Périgord et au beau milieu d’un XIXe siècle fantastique où les rêves les plus fous de Jules Verne se sont étrangement réalisés. Péripéties, personnages extravagants, machines chimériques et flegme britannique émaillent ce texte virtuose où un érotisme burlesque s’invite aussi régulièrement.

En apparence, cette "Île du point Némo" pourrait passer pour un clin d’œil appuyé qui ne se prendrait pas au sérieux, un moment de divertissement érudit mais sans conséquences, et pourtant, entre les lignes, on lit aussi toute la passion acharnée de l’auteur pour la littérature, écrite ou orale, populaire ou savante, ce moment de récit où s’expriment toutes les libertés, cet art unique, le premier et le dernier d’entre tous, à véritablement posséder le pouvoir changer le monde.

Désorientale
22,00
par (Librairie Obliques)
20 août 2016

Intime et universel

On ne sera pas les seuls à le dire : voici LE livre de la rentrée.
Avec ce premier roman, Négar Djavadi réussit la prouesse de mêler histoire intime et histoire politique dans une langue raffinée, drôle, tendre et habitée.

Roman du déracinement, Désorientale est aussi celui de l'engagement, celui du père de la narratrice, prêt à tout pour que la démocratie s'impose dans son pays. Mais nous sommes en Iran, dans les années 70, et les enjeux pétroliers sont si puissants que la politique intérieure est téléguidée par les grandes puissances. Forcée à l'exil, la famille Sadr se retrouve donc à Paris avec l'espoir de pouvoir un jour revenir à Téhéran, quand les choses se seront arrangées. Mais les choses traînent, et il semble de plus en plus évident que la vie d'ici soit la vie tout court.

Construit comme une succession de flashbacks alors que Kimiâ est assise dans la salle d'attente d'un hôpital parisien, la narration alterne entre passé et présent, entre l'Iran et la France, et nous raconte le destin exceptionnel et banal d'une famille déchirée par l'Histoire.

Il y a dans ce livre des portraits qui forcent le respect, celui du père de Kimiâ, force incorruptible en rupture avec toutes les compromissions, celui de sa mère, militante au courage infini, et ceux de tout le clan Sadr, depuis trois générations, qui nous sont dépeints avec humour, nostalgie et humanité. Et bien sûr, il y a le portrait de Kimiâ elle-même, la narratrice, alter-ego de l'autrice, tiraillée entre deux cultures, dont on suit le parcours chaotique, cherchant sa voie là où c'est possible, se construisant tant bien que mal une identité avec les morceaux de toutes celles dont elle est faite. Nos fêlures sont-elles des handicaps ou des forces ? Doit-on se fondre dans le moule universel pour accéder au bonheur ou bien y-a-t-il d'autres chemins ? Cette question qui hante la narratrice est valable pour chacun d'entre nous, mais aussi, à une autre échelle, pour des pays entiers, France, ou Iran. Sont-ils prêts à accepter les diversités qui les composent ?

C'est la grande réussite de ce roman que de parvenir à mêler à ce point les enjeux intimes et politiques et c'est pour cette raison que Désorientale est un grand livre, venu des tripes et qui fait mouche à chaque page.

Crue

Philippe Forest

Gallimard

par (Librairie Obliques)
20 août 2016

Inquiétante étrangeté

Ce roman est un couloir qui ne mène nulle part, bordé de portes qu'on n'a pas le courage d'ouvrir. Fable moderne et objet métaphysique, il n'offrira aucune réponse mais plusieurs terrains de réflexion sur les individualités contemporaines, nos identités, nos amitiés, les lieux que nous peuplons.

Ce pourrait être abscons et pénible, mais en plus de sa construction en poupées russes qui maintient un suspens doux, le texte tient aussi par la prose de Philippe Forest, l'un de nos plus grands esthètes de la langue française. Court et vif, c'est un roman qui travaille en profondeur et dont les enjeux résonnent bien au-delà de la lecture.

Crue
19,50
par (Librairie Obliques)
20 août 2016

Inquiétante étrangeté

Ce roman est un couloir qui ne mène nulle part, bordé de portes qu'on n'a pas le courage d'ouvrir. Fable moderne et objet métaphysique, il n'offrira aucune réponse mais plusieurs terrains de réflexion sur les individualités contemporaines, nos identités, nos amitiés, les lieux que nous peuplons.

Ce pourrait être abscons et pénible, mais en plus de sa construction en poupées russes qui maintient un suspens doux, le texte tient aussi par la prose de Philippe Forest, l'un de nos plus grands esthètes de la langue française. Court et vif, c'est un roman qui travaille en profondeur et dont les enjeux résonnent bien au-delà de la lecture.