Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

LA GUERRE EST UNE RUSE
par (Librairie Obliques)
23 mai 2020

Nid de serpents

S'il est un moment historique peu connu, ce sont bien les années 90 en Algérie. Plongé dans une tourmente politique qui deviendra meurtrière, le pays, à cette époque, disparaît des radars médiatiques européens, occupés à compter les casques bleus envoyés dans une Yougoslavie déchirée. Il faudra l'attentat de la gare RER St Michel pour que la France commence à se demander ce qu'est ce mystérieux GIA, Groupe islamique armé, qui s'en prend à ses citoyens.

Avec ce livre, Frédéric Paulin remet les pendules à l'heure et promis, après la lecture de ce thriller d'espionnage, vous aurez tout compris sur les enjeux de ces années charnières.
A la fois extrêmement documenté et d'une narration très fluide, Paulin réussit à imbriquer des intrigues à suspens tout en expliquant de manière limpide ce qui se tramait dans les cabinets noirs sur chaque rive de la Méditerranée.
C'est un roman explosif, haletant, puissant, qui n'hésite pas à prendre parti et asséner que l'horreur terroriste que l'Europe connaît dans les années 2010 ne vient pas de nulle part.

Une république lumineuse
18,00
par (Librairie Obliques)
20 mai 2020

Terreurs enfantines

Les enfants ont ceci d'inquiétant qu'ils ne sont pas de notre monde. Parce qu'ils n'ont pas encore appris à les ignorer, ils voient des choses que nous ne voyons pas. Ils comprennent des mystères que nous avons renoncé à percer. Quand ils nous ne le font remarquer, nous nous extasions ou bien prenons peur.
Cet écart entre notre réel et le leur est la substance de ce roman exceptionnel, construit autour d'un fait divers fictif, survenu au milieu des années 90, au Brésil, suppose-t-on.

Le narrateur, employé municipal de la ville de San Cristobal, raconte, des années plus tard, ce qu'il a vu, et à quel point cette histoire continue de le hanter.
Des enfants donc, sortis de la jungle, des égouts ou bien de nos propres maisons, ont commencé à frayer en bandes. Sauvages, libres, incompréhensibles, et par conséquent dangereux. Invisible aux yeux des citoyens, comme le sont les sans-abris, ou les immigrés, la horde a enflé, pour qu'on la remarque, pour qu'il ne soit plus possible de faire sans elle, pour qu'en définitive, la confrontation ait lieu.

Le lecteur découvre cette fable terrifiante et bouleversante par le récit d'un homme qui a déjà fait le bilan de l'expérience, qui est déjà loin de la panique et de l'incompréhension de ces quelques semaines de peur. Cette tonalité dépassionnée et presque mélancolique du récit est l'une des belles trouvailles littéraires du roman car elle se permet le temps de l'analyse et tient à distance le sensationnel, le suspens, qui aurait pu parasiter l'infinité de réflexions que suscitent les faits, bruts, nus. Elle nous fait aussi comprendre à quel point la vie personnelle d'un observateur biaise son témoignage et le contamine.

Andrés Barba a cette intelligence littéraire de ne jamais aller du côté des chemins déjà parcourus. A aucun moment il ne sera question de Sa majesté des mouches ou d'un quelconque mythe de l'enfant féral. Ces gamins qui s'en prennent aux adultes de San Cristobal, au contraire, sont un produit de l'urbanité, la face négative de la civilisation, surgie pour la questionner, jusqu'au harcèlement, jusqu'à l'agression. Gratuite ? C'est toute la question du roman, sans réponse, que de savoir qui, de l'agresseur et de la victime, est le vrai coupable. L'enfant qui mord, ou l'adulte qui lui serre le bras ?
Après toutes ces années, notre narrateur est toujours incapable de le déterminer et nous laisse, nous lecteurs, avec le même désarroi, la même inquiétude muette. Qu'offre-t-on à nos enfants ?

THORNHILL

Le Rouergue

19,90
par (Librairie Obliques)
18 mai 2020

Boum boum

Un livre très intelligemment construit qui alterne deux époques, 1982 et 2017, et deux portraits de jeunes filles réunies par leurs solitudes et un inquiétant orphelinat.
D'un côté, le journal intime de Mary, pensionnaire de Thornhill, mutique, blessée et harcelée par une petite terreur. De l'autre, Ella, qui s'installe avec son père, 35 ans plus tard, à proximité de l'établissement désaffecté. L'histoire d'Ella vous sera racontée uniquement en images, sans paroles, avec comme seuls indices une date sur un calendrier, un mot laissé par le père absent, des coupures de presse...
Le procédé est ingénieux et parfaitement maîtrisé. Il plonge le lecteur au cœur d'une ambiance à la fois sombre et douce, dans l'intimité de ces personnages qui cherchent leur place dans le monde et composent comme ils peuvent avec leur douleur.
Le travail d'édition est splendide, avec une couverture cartonnée, une tranche noire et une impression des gris particulièrement soignée qui sert le talent de cette autrice et dessinatrice très prometteuse.
Un livre à conseiller pour adultes et jeunes bons lecteurs à partir de 10 ans.

FINIR L'AUTRE

Chemin de fer

14,00
par (Librairie Obliques)
16 mai 2020

Entre ses mains

Comme tous les livres des éditions du Chemin de fer, c'est d'abord son apparence qui vous fera remarquer "Finir l'autre" de Justine Arnal. Soigné, accompagné du troublant travail pictural d'Anya Belyat-Giunta, ce livre est déjà un objet artistique en soi.

Et puis vous allez l'ouvrir et tomber sur un texte, une voix, une manière de conter étonnante, aussi espiègle qu'inquiétante.
Cette voix, on vous en avait parlé lors de la parution du premier roman de Justine Arnal, "Les corps ravis".

Dans "Finir l'autre", les thèmes sont remaniés, le rythme affirmé, et le récit se déploie entre surréalisme et poésie, entre fable originelle et métaphore arborescente.
Tout ça vous paraît peut-être flou, et pour cause. Comment décrire cette langue si singulière, cette littérature en liberté?
C'est qu'il n'est pas évident de parler d'une langue qui ne ressemble à aucune autre. Alors jetez-vous à l'eau, pénétrez cet univers, et là, vous comprendrez.

En quête d'Azalée

Philippe Picquier

14,00
par (Librairie Obliques)
16 mai 2020

Asie moderne

Cet incroyable texte anonyme du XIe siècle raconte la vie d'une femme peintre chinoise, libre et scandaleuse, au travers des témoignages de ceux qui l'ont connue. Ce qui est stupéfiant, c'est l'actualité des réflexions sur l'art, sur la condition des femmes, sur la société.
Un livre vraiment étonnant, d'une stupéfiante modernité. A plusieurs reprises, on oublie que cette femme a vécu il y a mille ans. Elle semble avoir la force de caractère et de conviction d'une militante qui aurait connu toutes les luttes pour la liberation de la femme.
Quand on referme ce livre, on se dit "mais bon sang, qu'est-ce qu'on faisait, nous, en Europe, au XIe siècle ?".