Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Nuss Bernard

Verger éditeur

9,00
par
12 mai 2020

Étrange roman noir qui s'attarde sur les protagonistes qu'il met en scène plus que sur l'enquête. Même si le travail pointilleux est bien montré, il faut une belle part de chance pour que les flics flairent la bonne piste.

Ce qui marque dès les premières pages, c'est le calvaire de Petit-Zob : si avec un tel titre, je croyais entrer dans un roman un peu léger, j'en suis pour mes frais : "À l'arrivée d'Attila, Petit-Zob allait-il définitivement tomber en enfer ? Jusqu'à présent, il était négligé, bousculé, maltraité, il ne sortait jamais, n'avait aucun jouet et aucun contact avec d'autres enfants, ne recevait jamais de cadeau, mangeait les restes des adultes, couchait sur un grabat immonde dans un cagibi infesté de vermines. À 3 ans il avait l'air d'en avoir 2 à peine. Il était battu régulièrement par Émilie et Grand-ma Pan Pan avec le manche d'une énorme cuiller de bois réservée à cet usage. Attila utilisait son ceinturon cloué et, les jours où il était mal luné, une batte de base-ball. Quand il était vraiment très mal luné il concluait la séance par des coups de pieds." (p. 6) Et la suite est pire encore, mais paradoxalement, jamais insoutenable, notamment parce que Bernard Nuss ne s'attarde pas sur les descriptions scabreuses.

Puis il fait un bond dans le temps et s'intéresse à Petit-Zob devenu grand dont on ignore l'identité et aussi aux flics et dans les chapitres consacrés à iceux, le ton est plus léger, l'auteure ironise sur les ambitions politiques de Quémeune de la Hure et sur le personnage en entier, sur les politiques en général. Il s'en donne à cœur joie et on profite, bien content de profiter d'un peu d'humour.

Bernard Nuss fait preuve d'originalité en changeant de ton et de style pour ses deux principaux personnages ou point de vue. Ce qui donne à ce roman un ton à part. Comme il a en plus la bonne idée de ne point faire trop long, ça me va tout à fait, mais attention néanmoins à ne pas mettre forcément entre toutes les mains sans avertissement.

Identités troubles

Riviere B - Scoffoni

Les Humanoïdes Associés

24,95
par
4 mai 2020

Los Angeles, dans un futur proche, le criminagent Milo Deckman est témoin d'un meurtre. Une femme, épouse d'un chercheur en chimie. Deckman apprend vite que cette femme a une double identité, sous un autre nom, elle est aussi l'épouse d'un dentiste.

Un duo de flics des stups demande à Milo d'arrêter son enquête car il file le mari chimiste et un autre duo louche semble lui aussi suivre ce chimiste.

Polar futuriste qui se suit sans pouvoir ou vouloir s'arrêter grâce au scénario de Benoît Rivière et aux dessins de Phlippe Scoffoni. Tout est fait pour que ce futur ne s'éloigne point trop de nos repères actuels, quelques détails sautent aux yeux pour nous le rappeler. Milo Deckman ne sait pas dans quelle histoire il s'embarque, contrairement à nous qui en savons un peu plus que lui, suivant les stups et le duo trouble. C'est très plaisant à lire et ce gros volume qui regroupe trois tomes précédemment parus se lit assez vite, sans temps mort. Assez classique dans son ensemble, le classique quand c'est bien fait, c'est bien. C'est le cas avec cette bande dessinée.

Blot Emilie

La Remanence

12,00
par
23 avril 2020

Émilie Blot, à peine la trentaine, écrit son premier roman sur un monde qu'elle connaît elle qui y a grandi au gré des affectations de son haut-fonctionnaire de père. Étant aux antipodes des ors de la République, je ne peux pas dire si son livre est réaliste, mais tout porte à le croire. De petits arrangements entre amis à services rendus voire compromissions, parce que parfois, coincé, Antoine ne peut pas faire autrement, le jeune homme apprend vite. Les jaloux et envieux peuplent les couloirs des administrations, ceux qui végètent hors de Paris et font tout pour y retourner, ceux qui veulent se faire bien voir du chef quitte à manger son chapeau... C'est très souvent drôle, ironique, sarcastique. L'auteure ne ménage pas ses personnages -fictifs, il va sans dire. Apprendre à faire un discours ? Pfff... facile : "De toute façon, dis-toi bien que t'as déjà la moitié de la salle qui n'écoutera même pas ce que tu vas dire. Le plus simple, crois-moi, c'est de faire appel à la bonne vieille méthode à papa : 1, tu remercies ; 2, tu félicites ; 3, tu encourages. Et pour le reste, tu fais du bruit avec ta bouche, comme on dit dans le jargon, tu meubles, tu brodes, en n'oubliant pas, bien sûr, de flatter le dernier orateur." (p. 36)

Émilie Blot s'amuse et nous avec elle des déboires des uns et des bonheurs des autres. Ses portraits sont savoureux : celui du représentant de la FNSEA est un délice et bien trouvé, il incarne tout ce que je pense de ce syndicat qui défend au mépris du bons sens et de la société un modèle agricole daté. Elle caricature (?) et tant mieux, ça me fait rire et je m'essaie ici ou là à retrouver dans ses traits un personnage public. Je n'éprouve ni antipathie ni sympathie générale pour le personnel politique, comme partout certains font bien le job pendant que d'autres profitent, peut-être un peu plus nombreux dans ce monde proche du pouvoir qui grise. Merci Émilie Blot de faire un roman dans ce monde peu exploité pour ce genre et de pouvoir nous faire rire de et parfois avec ces personnes, je ne suis pas certain que cela les fasse s'esclaffer.

UNE BAIGNOIRE DE SANG
19,90
par
23 avril 2020

Polar qui, s'il ne révolutionne pas le genre est bien agréable à plusieurs titres. En premier lieu, il est d'un abord fluide et simple et l'on ne se perd pas dans un trop grand nombre de personnages. Ensuite, Béatrice Hammer a la bonne idée de faire la part belle à ses personnages sans que son enquête n'en pâtisse, ce qui est très fort en à peine 180 pages, format idéal pour moi, autre point fort de ce livre. Et elle est bien sympathique Gloria, presque quarantenaire élevant seule ses deux enfants, divorcée de Pierre bipolaire qui n'est pas au mieux. Elle doute, elle s'inquiète, elle a peur, elle est humaine, réaliste, loin d'être une superwoman, une super filcque qui résout tout en trente pages et a le temps de s'occuper brillamment de ses enfants, de sa maison et de sa vie sentimentale. Justement, à ce propos, c'est un peu compliqué pour elle, et si l'envie et le désir sont présents, franchir le pas c'est autre chose... Bon, si je veux être un peu méchant je peux dire qu'on frise parfois la culculterie, les bons sentiments faciles, mais comme je suis un gentil garçon, je ne le dis pas. Les personnages secondaires sont également bien représentés avec Rachid et le médecin légiste dont le charme ne laisse pas Gloria insensible ou encore Mina, une jeune SDF qui va prendre une place importante dans l'histoire.

Quant à l'enquête, elle avance doucement, au rythme des policiers qui peinent à trouver des indices. Un travail de longue haleine et très pointilleux qui permet de tourner les pages sans jamais s'ennuyer, au contraire. Elle tient jusqu'au bout tellement bien que les dernières pages se lisent sans s'arrêter.

Traducteurs afghans, Une trahison française

Une trahison française

La boîte à bulles

17,00
par
20 avril 2020

Après le 11 septembre 2001, les États-Unis entrent en guerre contre les talibans en Afghanistan suivis par certains pays dont la France. Sur place, l'armée a besoin de traducteurs, les tardjuman. D'abord simples traducteurs, ils deviennent de vrais soldats participant à certaines opérations. Lorsqu'en 2012, la France se retire d'Afghanistan, elle les oublie, n'en rapatrie que quelques-uns, les autres restant au pays au péril de leur vie et de celles de leurs proches menacés par les intégristes.

La France a la mémoire courte et soixante ans après les harkis, elle refait le même coup avec les tardjuman. Moins nombreux, environ 800, certains sont encore en Afghanistan, toujours menacés de mort. Ce roman graphique -ou plus exactement enquête graphique- dénonce ce manquement terrible des autorités françaises qui jouent avec les vies de ceux qu'elles emploient, cherchant ensuite des raisons souvent fallacieuses pour ne pas les autoriser à vivre sur notre sol.

Quentin Müller et Brice Andlauer ont mené une enquête, rencontrant des tardjuman en France et en Afghanistan, ainsi que des personnes qui les défendent. Ils construisent un scénario implacable absolument pas à l'honneur de la France.

Le dessin est sobre, pas chargé, je n'irai pas jusqu'à dire minimaliste, car il y a des décors, géométriques souvent très carrés, le trait est clair, pur, rien n'est superflu. Ce sont des dessins précis en noir et blanc qui appuient le scénario par leur simplicité et leur sobriété.

Roman graphique très documenté qui fait forte impression, qui parle du manque d'humanité et de reconnaissance d'un pays face à une grosse poignée d'hommes auxquels il aurait été tellement simple et naturel de proposer une autre vie.