Elizabeth P.

Au nom d'Alexandre
19,00
4 juin 2016

au nom d'alexandre

Sur la demande d’un éditeur, une journaliste est au chevet d’Alexandre, bientôt en soins palliatifs, pour écrire ses mémoires.
Son métier était en effet intrigant : il était créateur de noms.
Une très bonne idée de roman, avec des personnages intéressants.
Les deux grands-pères par exemple. L’un était féru de Scrabble et l’autre cruciverbiste acharné. L’un « bouge les lettres », l’autre « bouge les mots ».
Elevé par eux, Alexandre ne pouvait qu’aimer les mots, se passionner pour eux.
Mais malheureusement, il manque une dimension, une puissance à l’écriture. On a tendance à s’ennuyer. Les mots inventés ne sont pas extraordinaires. L’histoire s’essouffle, ce n’est pas assez développé. C’est dommage, parce qu’il y avait matière à faire un excellent livre. Là, ça se lit sans déplaisir, mais sans passion non plus.

UN MONDE SANS FAILLE
31 mai 2016

un monde sans faille

Ce texte est écrit sous forme d’une lettre adressée à monsieur Alzheryan.
Or ce monsieur est mort depuis bien des années. Elle n’est donc qu’un prétexte à raconter l’enfance et l’adolescence du narrateur.
Membre d’une famille juive, sa mère est décédée et son père est un avocat influent.
En cette période d’entre deux guerres, il est spectateur de l’opulence des amis et clients de son père. Il se souvient dans le détail de leur apparence, de leurs habitudes, des ses impressions de jeunesse.
Mais le vent tourne, les lois raciales font leur apparition, et les relations se transforment.
Le style est un peu désuet, l’écriture est belle, l’atmosphère de l’époque est très réaliste.
Le livre est court, cent vingt-deux pages. Il résonne comme un témoignage d’une déchéance sociale imprévisible et inéluctable.
Mais j’ai ressenti une petite pointe d’ennui à la lecture.

S'enfuir

Les Escales Éditions

21,90
30 mai 2016

S'enfuir

Il y a des livres qui séduisent par leur style, indépendamment de l’histoire.
Et il y en a, comme celui-ci, qui séduisent par l’histoire.
Et l’histoire de Pilgrim n’est pas banale.
Abandonnée par son mari, elle provoque involontairement un dramatique accident. Elle s’enfuit alors en Afrique, mais est poursuivie par ce mot qui la hante « Kindermörderin ». Et puis ces signes étranges dans chaque lieu où elle se trouve, et ces rencontres inhabituelles et inquiétantes.
Une intrigue captivante dans une Afrique où règnent misère, corruption et superstitions.
Tout est habilement mené, les chapitres alternent décrivant sa fuite en Afrique et des retours en arrière, en Suisse, sur les raisons de sa désespérance.
Et puis, surprise, la deuxième partie est composée de chapitres dédiés aux principaux personnages. Et cela complète parfaitement bien et contribue à éclairer l’histoire de Pilgrin.
Comment se remettre de deux traumatismes consécutifs ? Comment espérer la rédemption quand on se sent tellement coupable. La fuite, loin, très loin, voilà la solution qu’elle a choisie. Mais même loin, très loin, les événements vous rattrapent.

Cœur-Volant
20,50
24 mai 2016

Coeur-volant

« Manutentionnaire d’essences », « Maître de la crypte aux parfums », le narrateur est en fait magasinier dans une parfumerie. L’amour des beaux mots et la lecture de Rilke lui permettent d’assumer sa condition plutôt médiocre.
Il est fou d’amour pour son aimée, la belle Natacha, et avec elle s’enivre de l’élégance de Paris.
Une histoire somme toute banale, mais alors, quel délice de lecture.
L’auteur se délecte à jouer avec les mots, et c’est un ravissement pour le lecteur.
Les phrases sont belles, parfois alambiquées, parfois obscures, mais toutes pleines de fragrances. C’est sensuel, lyrique, poétique.
L’écriture est ambitieuse, mêlant modernité très contemporaine et ton ancien à la manière de poètes des temps passés.
Et puis, tous ces beaux mots mystérieux : clepsydre, notule, opoponax, aldéhyde, chanturgue…
La puissance d’un style qui émerveille et réussit la prouesse de ne jamais lasser, de rester léger et d’amener parfois le sourire aux lèvres.
Il y a un parfait accord avec l’auteur, que j’ai découvert sur internet, en qui l’on décèle une préciosité, une classe, une finesse, une intelligence qui ressemblent à son écriture.

La couleur de l'aube

Lahens, Yanick

Sabine Wespieser Éditeur

10,00
23 mai 2016

la couleur de l'aube

Huit ans après sa parution, "La couleur de l’aube" est réédité en poche, et c’est une excellente initiative.
Une grande humanité se dégage de ce roman.
Que Yanick Lahens décrit bien son pays ! Dès les premières pages on est pris dans un tourbillon de couleurs, de senteurs, de violence, au milieu d’une population sans espoir, démunie et désorganisée Pour se faire l’écho de son peuple, elle utilise deux sœurs inquiètes de la disparition de leur jeune frère, Fignolé, qui mène sa vie « à fleur de mal ».
Angélique, l’aînée, fait partie des vaincus, des résignés.
Joyeuse, la cadette est tournée vers la vie, la joie, la rébellion.
Leur mère les protège tous trois d’un amour inconditionnel et bienveillant.
Misère, incertitude, violence et peur sont le quotidien des personnages. Paradoxalement, à tous les rêves déçus se mêle la joie de vivre.
L’écriture est poétique et envoûtante. Il y a, chez Yanick Lahens comme chez Dany Laferrière, un amour et une désespérance de leur pays qui sont traduits par une écriture forte et poétique. Les lire, c’est s’éprendre d’Haïti, c’est ressentir une compréhension et une compassion sincère pour les haïtiens.