La scierie

Pierre Gripari

Héros-Limite

  • Conseillé par (Librairie Nouvelle)
    17 novembre 2020

    "J'écris parce que je crois que j'ai quelque chose à dire."

    Lorsque plusieurs personnes, de milieux très divers et ne se connaissant pas entre elles, vous conseillent ardemment un texte, vous prêtez généralement une oreille attentive.
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    Lorsque l'affaire se répète sur plusieurs années et que nous sommes en présence des excellentes éditions suisse Héros-Limite, avec au catalogue Henri Calet, Serguei Essenine et sa Ravine, Nicolas Bouvier, Ilya Ehrenbourg et sa 10cv, il n'y a plus d'hésitations possibles.
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    La Scierie est donc le récit anonyme d'un jeune bourgeois de dix-neuf ans recalé au baccalauréat. Vivant dans la région de Chambord, il va tenter de s'employer en tant qu'ouvrier en attendant son incorporation à l'armée.
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    "Je sais que je suis fort. Je vais essayer de travailler avec ma force, mais que faire ?"
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    Ce sera une place d'ouvrier de scierie, "métier presque inhumain parce qu'extrêmement dur, mais qui laisse des souvenirs qu'on ne peut oublier."
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    Revenant sur cette expérience des années plus tard, c'est avec un naturel désarmant et sans affect qu'il raconte cette plongée sous la contrainte financière dans un monde ouvrier dont il ignorait tout.
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    C'est bien la particularité et la force de ce texte de ne pas singer le roman prolétarien. L'auteur n'est pas ici par choix, il n'y a donc pas d'heroïsation ni de fraternisation possible avec l'ouvrier (pas plus avec le Singe, le patron), chacun reste à sa place dans sa classe sociale et s'observe avec méfiance.
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    Ce qui donne cependant des pages d'une acuité rare, la brutalité et la monotonie des tâches n'altérant pas la capacité d'observation et des réflexions d'ordre plus générale sur la misère humaine de cet homme qui n'est ni du côté de l'ouvrier, ni de celui du patron.
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    " C'est au fond la seule période de ma vie dont je sois fier jusqu'ici, car c'est la seule qui signifie quelque chose.
    J'ai commencé, j'étais un gosse. J'en suis sorti, j'étais un homme.
    Il m'en reste un immense respect pour le travailleur, quel qu'il soit et quoi qu'il fasse. "
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    C'est au fond ce que j'ai lu de plus fort sur le travail.

    Martin

    " Je n'ai pas de métier. Je n'ai de goût que pour la Marine. J'essaye de m'engager, mais mon frère, qui est mon tuteur, me refuse son consentement. L'hypothèse d'un emploi de bureau me dégoute, j'en ai marre de cette plume qui m'a trahi, j'en ai marre de rester assis toute la journée sous les ordres de cornichons blafards. Je sais que je suis fort. Je vais essayer de travailler avec ma force, mais que faire ? Dans le pays que j'habite sur les bords de la Loire, aucun débouché à n' importe quel échelon, sinon la culture. Les paysans me font chier avec leurs plaintes et leurs gros sous qu'ils cachent comme des salauds. Je cherche trois ou quatre jours. Je vais dans une fonderie, une usine de ressorts, un moulin. Puis un beau matin j'arrive dans une toute petite scierie, qui est surtout une fabrique d'emballage. Ce sera ma première place dans le métier d'ouvrier de scierie, métier presque inhumain parce qu'extrêmement dur, mais qui laisse des souvenirs qu'on ne peut oublier. "


  • Conseillé par (Librairie Dialogues)
    4 avril 2019

    L'écriture est âpre, dure; l'air est froid, saisissant ; le travail est rude, épuisant.
    La scierie est le récit d'un anonyme. L'Anonyme s'est levé tôt pour ce texte, pour nous faire partager sa vie d'ouvrier, lui, le jeune bourgeois sans argent. Il devait en gagner en attendant le service militaire. Il en sortira en homme de cette scierie, l'Anonyme... Merci à lui.


  • Conseillé par (Librairie Mots et Images)
    19 mars 2016

    PRIX MEMORABLE des librairies Initiales !

    Témoignage brut sur la violence au travail dans les années 80. Pas de belles phrases mais le travail avec ses dangers et ses blessures (machines en mauvais état, charges plus que lourdes...). Sans compter les relations particulièrement rudes entre ouvriers où il n'y a pas de cadeau. A lire !
    Céline


  • Conseillé par (47° Nord)
    23 août 2014

    Vous allez découvrir!

    Un jeune homme de dix-huit ans, après son échec au bac, cherche un emploi où il pourrait exercer sa force physique. Il commence à travailler dans une scierie. Il découvre la difficulté des travailleurs, leurs conditions de travail, dans le froid, la souffrance et l'usure, mais il se promet de ne pas craquer et de leur montrer de quoi il est capable.

    "C'est surtout pour ça, pour épater les sales cons du pays que je ne veux pas caler, pour leur faire voir que je suis capable de faire n'importe quoi pour gagner ma vie et garder la maison. Mais je paye cette obstination. J'ai les mains en sang, le poignet foulé, j'ai froid."

    Un livre magnifique sur la dureté des conditions de travail dans un monde d'homme.


  • Conseillé par (Le Bateau Livre)
    1 août 2014

    Coup de coeur littérature française

    Drôle de texte que ce petit opus anonyme, préfacé par Pierre Gripari, qui déclare que la lecture de "La Scierie" lui a permis de trouver son propre style. D’ailleurs selon les rumeurs, l’auteur ne serait autre que son propre frère… Publié une première fois 20 ans après écriture, on doit aux éditions Héros-Limite la remise en avant de cet ouvrage des années 50, qui vient de décrocher le prix Mémorable décerné par les librairies Initiales.

    Un jeune homme d’origine bourgeoise se retrouve obligé de travailler car il a échoué à ses examens et ne sera pas appelé pour le service militaire avant deux ans. Plutôt que d’exercer un métier qui correspondrait à son milieu, il va chercher à se confronter au monde des travailleurs manuels, et c’est dans une scierie qu’il échouera. Attendu au tournant – les hommes ne se font pas de cadeaux dans le métier – il démontre un talent et surtout une ardeur au travail qui lui vaut rapidement le respect de la communauté. Mais jusqu’on peut-on repousser ses limites ?

    Si "La Scierie" transpire la sueur, l’odeur des copeaux de bois, la brutalité des machines et des hommes qui les manipulent, l’ensemble dégage une grande poésie, qui charmera même ceux que le sujet n’attire pas de prime abord !