Céline V.

Une bête au paradis
18,00
par (Librairie Mots et Images)
29 janvier 2020

Le Beau et la Bête

Taciturne et autoritaire, Emilienne est une femme de la terre. Elle veille sur ses bêtes et sur ses petits-enfants devenus trop tôt orphelins. Entre le poulailler, les champs et la fosse à cochons, elle leur transmet sa passion charnelle pour la ferme. Blanche et Gabriel grandissent avec les animaux, les saisons, le sang, la terre. Avec Louis aussi, le commis recueilli par Emilienne. Petit à petit, Louis apprend à se fondre dans cette famille dont il partage le quotidien sans jamais en faire partie réellement. Et il y a Alexandre, rencontré sur les bancs de l’école, le seul à passer la porte du Paradis. Tandis que Gabriel s’échappera dès qu’il pourra de cet univers oppressant, Blanche n’imagine pas un jour quitter le Paradis, même pour Alexandre, l’amour de sa vie. Mais Alexandre rêve d’ailleurs et part pour la ville, abandonnant Blanche et les siens. On n’aime qu’une fois au Paradis. Désormais, l’équilibre de Blanche est bancal et s’organise au rythme des saisons et des bêtes. Dominée par la violence de ses sentiments, elle sombre tel un animal sauvage. Si Blanche tangue, c’est bien tout l’équipage qui risque le naufrage entre Emilienne qui n’est plus toute jeune et ne peut plus aisément assurer les tâches quotidiennes et Louis en proie à ses propres démons amoureux …
Dans un huis clos à ciel ouvert, Cécile Coulon dresse un portrait charnel, à la limite de la folie, de l’attachement de ces personnages à leur terre. On a de la boue collée aux bottes et l’odeur du foin inonde les narines. La nature attirante et hostile y est bien plus qu’un décor, c’est un personnage à part entière. Avec son écriture à fleur de peau, où les sentiments sont exacerbés, Cécile Coulon laisse monter une pression angoissante qui présage au lecteur que le pire reste à venir. La vengeance ira bien au-delà.
Vous ne sortirez pas indemne du Paradis. Méfiez-vous de l'attachement inconditionnel de Blanche à sa terre et à ses racines. Une question vous hantera bien après avoir refermé ce livre : la bête est-elle vraiment celle qu'on croit ?

SWING TIME

Smith Zadie

Gallimard

9,10
par (Librairie Mots et Images)
29 janvier 2020

Une histoire d’amitié entre deux petites filles sur plusieurs décennies, ça vous rappelle quelque chose ? Oubliez, ça n’a rien à voir ! Nous sommes dans les quartiers nord de Londres dans les années 80, deux petites filles métisses se rencontrent à un cours de danse. Animées par la même passion et unies par la même couleur de peau, elles deviennent vite inséparables. Alors que Tracey est exubérante et directive, la narratrice est plus discrète et se laisse porter par la vie.
Au rythme des pas de danse de Fred Astaire, Zadie Smith nous présente son héroïne, sans jamais dévoiler son nom, pour en faire un personnage intime que l’on connaitrait depuis toujours. Alternant les flashbacks et les époques de la vie, elle évoque son enfance coincée entre son amitié toxique avec Tracey et sa mère concentrée sur ses études et ses activités politiques, un père aimant mais désœuvré. Alors que Tracey se destine à devenir danseuse professionnelle, la narratrice se retrouve propulsée assistante personnelle d’une star internationale et doit adopter ses causes et son rythme de vie. Toujours dans l’ombre, elle voyage à travers le monde, entre tournées de concerts et séjours humanitaires en Afrique. Elle découvre alors la confrontation entre deux mondes : celui de la richesse excentrique contre celui de l’incroyable pauvreté.
Tout au long de son roman, Zadie Smith aborde en filigrane de nombreux sujets tant civiques, comme le racisme ordinaire, la place des femmes dans la société, le rapport à l’argent, que philosophiques : la quête d’identité, l’épanouissement personnel, le don de soi. Alors, si Zadie Smith ne nie pas son admiration pour Elena Ferrante, l’amitié prodigieuse de ses héroïnes s’apparente à une danse, un tango rythmé par la jalousie, l’empathie ou l’admiration. Elle analyse ces amitiés constructives ou dévastatrices qui alimentent nos vies d’adultes.
A travers sa variation sur le passage à l’âge adulte, Zadie Smith questionne : qu’est-ce qu’une vie réussie ? Elle laissera le lecteur apporter ses propres réponses, chercher jusque dans l’envers du décor car l’existence n’a rien d’une joyeuse comédie musicale.

Plus jamais seul
par (Librairie Mots et Images)
29 janvier 2020

Mc Cash, nerfs à fleur de peau, émotions et mal-être taillés à la serpe, a décidé de raccrocher quelques jours pour apprendre à connaître sa fille et par la même occasion son nouveau rôle de père d’une adolescente. De retour en Bretagne avec l’idée de profiter des paysages avec Alice, l’ex-enquêteur borgne apprend le décès accidentel de Marc Kerouan, la seule personne aussi déglinguée que lui à avoir fait office d’ami et navigateur chevronné. Les circonstances obscures de sa disparition en pleine mer font remonter en lui les souvenirs d’une époque festive et insouciante avec son ami et surtout la passion torride qu’il a vécue avec la belle-sœur de Marco, disparue elle aussi.
Tout en essayant de préserver relativement la sécurité de sa fille, Mc Cash s’embarque malgré lui dans une enquête qui le mènera des docks poussiéreux de Brest à une petite île grecque toute de bleu et de blanc à la recherche d’un mystérieux cargo qui aurait percuté le voilier de Marco et Angélique au large d’Alicante. Avec sa gouaille grinçante, il se rapproche de la femme de Marco sous couvert du bon vieux temps et de la riche famille Kerouan mais Mc Cash se heurte aux légendaires querelles familiales. N’ayant rien à perdre, il fouille, il remue quitte à déranger sans aucun scrupule. Ses recherches l’orientent rapidement vers un entrepreneur fortuné qui a conçu un complexe hôtelier de luxe dans une partie inhabitée de l’île grecque, accessible uniquement par la mer et qui ne reçoit aucun client. Il y découvre pourtant des traces du passage de Marco et Angélique entre autre …
Plus Mc Cash avance dans son enquête, plus les questions se multiplient : pourquoi Marco s’est-il embarqué dans ce voyage avec Angélique ? Qui sont les jeunes filles qui étaient sur le bateau avec eux ? Et où sont-elles maintenant ? Enfin, va-t-il revoir son seul véritable amour ? Autant de questions auxquelles Mc Cash va devoir répondre avant de revenir en Bretagne profiter de sa nouvelle paternité ! Pour savourer le calme, il faut d’abord affronter la tempête, celle de Mc Cash est flambée au vitriol !

Manifesto

Sabine Wespieser Éditeur

18,00
par (Librairie Mots et Images)
29 janvier 2020

Requiem pour l'amour

Une nuit, un coup de fil de l’hôpital, LE coup de fil et il faut y aller. Quand Léonor reçoit cet appel, elle ne se pose pas de question, elle part rejoindre Cécile, sa mère, au chevet de son père Félix. Ensemble elles le veilleront pour sa dernière nuit. Alors que son esprit s’évade vers Ernesto, l’idole de toujours, les souvenirs et les fantômes affluent autour d’eux.
Deux récits s’entremêlent alors, transformant ainsi le huis clos hospitalier en un voyage à travers le temps et l’espace en toute liberté. Leur différence d’âge maintenant abolie, deux vieux amis assis sur un banc contemplent l’étendue de leur vie : quand Félix confie ses joies et ses douleurs à l’écrivain Ernesto Hemingway, celui-ci lui parle de son besoin d’écrire et des femmes qu’il ne pouvait s’empêcher de séduire. L’enfance de Félix a été marquée par la guerre civile espagnole et l’exil mais aussi par la découverte de l’art sous toutes ses formes. Dans la chambre d’hôpital, Léonor et Cécile entourent Félix de tout leur amour et de toute leur affection. Léonor sent le poids de l’héritage familial funeste qu’elle porte seule sur ses frêles épaules, les enfants de son père disparus tragiquement trop tôt. Alors que la nuit avance, leurs récits se croiseront dans une ultime sonate au violon, instrument fabriqué avec tout l’amour d’un père pour sa fille adorée.
« Pour mourir libre, il faut vivre libre » avait coutume de dire Félix. Avec son écriture intime et délicate, Léonor de Récondo rend un hommage vibrant à son père. Tout y est juste, millimétré, il n’y a pas un mot de trop. Les pauses sont des souffles de respiration. Par ce texte maîtrisé comme une partition, le lecteur perçoit l’amour inconditionnel que l’auteure porte à un homme profondément bon. Le cœur serré mais sans verser de larme, c’est un véritable requiem pour l’amour que Léonor de Recondo nous offre avec pudeur et respect. Magnifico manifesto !

L'orangeraie
par (Librairie Mots et Images)
29 janvier 2020

Une guerre, deux frères, un choix impossible … Quelque part en Moyen-Orient, deux enfants s’amusent au pied d’une montagne. Leur insouciance est interrompue par l’arrivée d’un messager du malheur : leur père doit offrir un de ses fils en martyr.
Dans ce conte intemporel, Larry Tremblay décrit avec simplicité la violence de la perte de l’enfance à un âge où tout n’est que jeux et découvertes. Mais comment faire autrement quand on a grandi dans la haine de l’autre ?
Un roman bouleversant sur la douleur universelle de la guerre qui résonne encore et encore …