sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Noël à la petite boulangerie
7,60
28 décembre 2020

A l’approche de Noël, Polly a fort à faire dans sa petite boulangerie de Polbearne. Au grand dam d’Huckle, son fiancé américain qui préfèrerait se lover avec elle au fond de leur lit à parler mariage et bébés. Mais Polly n’est pas prête à officialiser leur relation et à fonder une famille, elle qui n’a jamais connu son père et a connu la tristesse d’un foyer monoparental. Difficile donc de franchir le pas même si cela met à mal son couple. Et les choses vont empirer quand sa meilleure amie, Kerensa, lui confie un terrible secret et qu’elle n’en parle pas à son compagnon. Profondément blessé, Huckle quitte le phare. Polly est-elle condamnée à vivre seule avec son macareux, privée de l’amour de l’homme de sa vie ?

C’est avec plaisir qu’on retrouve Polly, ses amis, son macareux apprivoisé et le charme rustique de son îlot des Cornouailles, malgré le froid glacial qui y sévit en ce mois de décembre.
Pourtant, Jenny Colgan semble avoir manqué d’inspiration pour ce troisième et dernier tome de la série. Le thème de Noël est délaissé au profit d’histoires plus sombres comme l’absence de père ou la trahison amoureuse. Rien de très gai alors que le décor et la petite boulangerie se prêtaient à merveille à une romance de Noël légère et réconfortante.
Entre les hésitations de Polly, les états d’âme d’Huckle, les frasques de Kerensa et la mégalomanie de Reuben, on est un peu loin de la magie de Noël…Heureusement, il reste les tortillons au fromage, le pain qui sort du four et le chocolat chaud.

Dada, n  250

Revue dada

Arola

7,90
20 décembre 2020

Habituellement consacrée à un artiste, la Revue Dada, pour son 250è numéro, fait une exception pour parler des femmes artistes à travers les siècles.
On y découvre sans surprise qu’il a été difficile pour les femmes de se faire une place dans le monde de la peinture. Pourtant, elles sont présentes depuis la préhistoire sur le terrain, des études scientifiques ayant prouvé qu’elles avaient, elles aussi, recouvert les murs des cavernes de leurs œuvres.
Cependant, la route vers la reconnaissance a été longue et si, aujourd’hui on reconnaît le talent de Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle ou Camille Claudel, d’autres sont restées trop longtemps dans l’anonymat, à l’image d’Elisabeth Vigée-Lebrun, longtemps oubliée par l’histoire de l’art.
Ce numéro exceptionnel de la Revue Dada met à l’honneur ces femmes d’exception et explique les raisons qui les ont tenues loin de la lumière.
Une revue explicative, enrichissante, à mettre entre toutes les mains.

Peur blanche, roman

roman

Le Livre de poche

8,40
19 décembre 2020

En Écosse, la veille de Noël, les laboratoires Oxenford sont victimes d’un cambriolage. Quatre individus armés ont réussi à s’introduire dans la bâtisse hyper sécurisée qu’on surnomme ‘’le Kremlin’’ pour s’emparer d’une souche du virus Madoba-2, mortel et sans antidote connu. Pour Toni Gallo, la cheffe de la sécurité, c’est un drame professionnel et personnel. Non seulement, elle se sent responsable des failles dans le système de sécurité mais elle risque de perdre l’estime et la confiance de son patron, Stanley Oxenford, scientifique de génie, veuf et séduisant, dont elle est secrètement éprise. Alors qu’une tempête de neige imprévue s’abat sur la région, Toni se lance à la poursuite des malfaiteurs, persuadée que la météo perturbée peut jouer en sa faveur et ralentir leur fuite.

Cela aurait pu être un thriller haletant dans l’ambiance glacée de l’Écosse paralysée par une tempête de neige, à la poursuite de dangereux malfrats en possession d’un virus capable de tuer des millions de personnes. Cela aurait pu être une enquête menée de main de maître par une femme forte, efficace et indépendante.
Malheureusement, l’histoire tourne en eau de boudin, les cambrioleurs passant de dangereux criminels à ridicules bras cassés, accumulant les bourdes, les ennuis et la malchance. Quant à Toni Gallo, sous son physique athlétique, elle cache un cœur de midinette qui bat la chamade rien qu’à l’évocation d’un patron qui affiche pourtant plus de soixante printemps, soit le double de son âge.
S’ajoute à cela, une foultitude de personnages caricaturaux, du fils indigne à l’adolescente rebelle, en passant par le beau-frère dragueur, l’ex-femme acariâtre, etc., etc.
La traque n’en est pas véritablement une, les méchants étant très vite localisés et leurs projets déjoués.
Déception donc dans la bibliographie d’un Ken Follett qu’on a connu plus en forme.

Svastika
4 décembre 2020

Bourgeoise oisive, Sonoko s’ennuie dans sa belle maison, au côté d’un mari vaguement avocat. Pour s’occuper, elle décide de se mettre à la peinture et se rend tous les jours dans une école d’arts où elle fait la connaissance de la belle Mitsuko. Très vite, elle se prend de passion pour cette jeune célibataire mystérieuse et ensorcelante. Une passion partagée vue d’un mauvais œil par son mari soucieux de sa réputation et de son mariage. Mais Sonoko se moque de ses conseils, de ses remontrances, de ses menaces et de ses ultimatums. Sonoko aime et fait fi des convenances. Pourtant, Mitsuko est peut-être moins amoureuse qu’elle n’en a l’air. Très vite, elle apparaît comme menteuse et manipulatrice. N’a-t-elle pas caché qu’elle était fiancée ? L’homme a qui elle est liée, un certain Watanuki a, lui aussi, bien des secrets et bien des tours dans son sac. Quand Sonoko veut se détacher de sa maîtresse, il est déjà trop tard, la passion dévorante a pris le dessus. Incapable de couper les ponts, elle entraîne son mari dans une histoire à trois, menée de main de maître par une Mitsuko plus dissimulatrice et manipulatrice que jamais.

Amour et passion pour un roman où la perversion se dispute à la folie. Écrit dans les années 20, Svastika étonne par sa modernité de ton et de sujet. Écrire l’amour entre femmes devait être scandaleux à l’époque. Raconter les complaisances d’un mari, les manipulations d’une jeune fille et les machinations d’un maître-chanteur devaient l’être tout autant. Un siècle plus tard, on n’est plus choqués par les liens qui unissent Sonoko et Mitsuko, mais il n’en reste pas moins un sentiment de malaise à la lecture de ce récit. Ces quatre êtres entraînés dans la folie, le masochisme, la perversité, bref dans une relation toxique et périlleuse, donnent à réfléchir sur la passion quand elle est portée à son paroxysme.
Long monologue de Sonoko qui raconte les faits sans faux-semblants à un ami écrivain, Svastika frappe par sa crudité mais aussi sa poésie. Ces confidences, cette vérité toute nue, parle d’une relation destructrice mais laisse aussi affleurer la tendresse que Sonoko ressent toujours pour une femme qui lui a fait vivre l’enfer mais, et elle ne l’oublie pas, lui a fait connaître l’intensité de la passion.
Une curiosité à lire pour se laisser entraîner dans ce tourbillon amoureux avec ces quatre personnages, tantôt pitoyables, tantôt haïssables.

L' attaque du Calcutta-Darjeeling, Une enquête du capitaine sam wyndham

Une enquête du capitaine sam wyndham

Gallimard

8,60
1 décembre 2020

Quand il arrive à Calcutta en avril 1919, le capitaine Sam Wyndham, vétéran de la Grande-Guerre, veuf inconsolable et accroc à l’opium, n’a pas le temps de s’habituer à la chaleur étouffante de la capitale du Bengale. Très vite, il est plongé dans le bain de ses nouvelles fonctions d’enquêteur de la police du Raj. Un de ses compatriotes, haut fonctionnaire, proche du Vice-gouverneur, a été sauvagement assassiné dans un quartier mal famé, tout à côté d’un bordel. Le meurtre fait frémir en haut lieu et le policier doit trouver un coupable dans les plus brefs délais. Secondé par l’inspecteur Didby, expatrié pur jus, raciste et condescendant et l’agent Banerjee, indien à la mode british, éduqué, brillant, oxfordien, Sam s’attelle à la tâche avec la conscience professionnelle acquise à Scotland Yard et sa méconnaissance des mœurs de la colonie britannique. Car là-bas, un coupable n’est pas forcément LE coupable. Quand on lui livre sur un plateau, un dissident, combattant de l’indépendance de l’Inde, Sam est circonspect et décide de continuer l’enquête envers et contre tous.

Gros coup de cœur pour ce polar qui nous emmène à Calcutta, moite, grouillante, étouffante ville du Bengale, fleuron de l’Empire colonial britannique. Dans le rôle du candide, Sam Wyndham découvre l’Inde, son climat, son racisme ordinaire, ses inégalités et la colère sourde d’un peuple qui aspire à l’indépendance. Dans le rôle du colon, son adjoint Didby, arrogant comme celui qui ne doute pas de sa supériorité sur des indiens ignorants, mal dégrossis, indolents, inférieurs en tous points aux blancs. Et dans le rôle du bon indien, Banerjee, éduqué, obéissant, fidèle au Raj, mais moins lisse qu’il n’y paraît quant à ses convictions et objectifs. À charge pour ce trio de débusquer celui qui a osé assassiner un sahib.
Si l’enquête reste classique, le livre est surtout un fabuleux polar historique qui raconte les velléités d’indépendance des indiens, les lois iniques que leur imposent les anglais, les massacres qui en résultent et un empire colonial qui entame sa lente déliquescence, gangréné par la corruption et trop sûr de sa supériorité pour s’inquiéter ou se réformer.
S’ajoute à ce passionnant contexte historique, un enquêteur à multiples facettes. Mélange réjouissant de naïveté et de cynisme, Sam Wyndham, à l’humour pince-sans-rire, s’accommode tant bien que mal d’un climat très différent de la bruine londonienne, de la nourriture épicée, d’un système de classe dont il ignore tout, sans oublier les fumeries d’opium qu’il apprécie à leur juste valeur. Imperméable au racisme et à la soi-disant supériorité des colons, saura-t-il se faire une place, et surtout la garder, dans la police du Raj ? À suivre avec bonheur dans ses prochaines enquêtes.