sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Libellules

Buchet-Chastel

15,00
26 septembre 2012

Un petit garçon se pose beaucoup de questions sur la mort, un sablier est mal réglé, un homme se rend à une fête de Noël, un chapeau tombe à la mer, deux gamins achètent une revue érotique, une chaudière lâche dans une station scientifique en Antartique…

Joël EGLOFF pose un regard tendre et décalé sur les gens et les choses, se souvient de son enfance, laisse parfois son imagination s’emballer, dévoile ses idées fixes, laisse apparaître ses inquiétudes, et finalement se livre par petits bouts dans ce joli recueil de nouvelles.
La nostalgie, la douceur et l’humour qui émanent de ces pages font que l’on ressort de cette lecture, à la fois ému, émerveillé et curieusement apaisé, avec l’impression d’avoir partagé un moment d’intimité avec l’auteur.

1, Mon combat, I : La mort d'un père
26 septembre 2012

Le petit Karl Ove grandit dans une famille normale avec son grand frère et ses parents. Le peu de compassion que l’on peut éprouver à son égard quand il décrit ses rapports avec un père autoritaire, distant et souvent humiliant, disparaît peu à peu lorsqu’il devient un adolescent un peu crétin, passionné de musique et d’alcool. Au même moment, sa famille se disloque, son frère part étudié à Bergen, ses parents divorcent et Karl Ove partage son temps entre un petit appartement en ville et la maison familiale où vit son père. Celui-ci trouve une nouvelle compagne et sa personnalité change peu à peu. Moins sévère, il est plus ouvert et se met à boire.


Les années passent, Karl Ove s’installe à Bergen, rencontre sa première femme et se met à l’écriture. Pendant ce temps, son père sombre dans la déchéance. Séparé de sa seconde épouse, il s’est installé chez sa vieille mère et boit jusqu’à plus soif. Quand il meurt, Karl Ove et son frère retournent dans la ville de leur enfance pour s’occuper de l’enterrement. Ce qu’ils y trouvent est horrible. Leur père a transformé la maison de leur grand-mère en immense dépotoir. Le linge sale côtoie des centaines de bouteilles vides, tout est recouvert par la crasse et les excréments. Karl Ove et Yngve s’attaquent au nettoyage tout en assimilant, chacun à leur façon, la disparition de leur père.

Avant de me lancer dans cette autobiographie, je me suis un peu renseignée au sujet de Karl Ove KNAUSGAARD, auteur norvégien que je ne connaissais pas du tout.
J’ai donc appris que ce livre avait été sujet à controverses dans son pays mais aussi qu’il a eu un énorme succès, notamment en Norvège et en Suède.
Après ma lecture, je me demande d’où vient un tel engouement…
Narrateur de sa propre vie, Karl Ove KNAUSGAARD se raconte avec beaucoup (trop?) de distance. Peu attachant, il n’a pas réussi à m’émouvoir ou simplement m’intéresser à son histoire. Le style est plat, les digressions trop nombreuses et je me suis perdue dans un océan d’informations et de détails sans importance. Si la dernière partie, au moment où les deux frères arrivent chez la grand-mère, sauve un peu l’ensemble, il n’en reste pas moins que cette lecture fut laborieuse et ennuyeuse.
Ceci dit, c’est un premier tome. Peut-être que cela s’améliore par la suite…Mais je ne le saurai jamais, je ne compte pas continuer à explorer la vie de Karl Ove.

La dactylographe de Mr James
26 septembre 2012

Grande-Bretagne, 1907. Fraîchement diplômée de l’Académie de dactylographie pour jeunes femmes, Frieda Wroth est engagée par le grand écrivain Henry James pour lui servir de secrétaire et travailler sous sa dictée. La jeune fille s’installe donc à Rye, petite localité de Sussex et passe une partie de ses journées à travailler avec le « Maître ». Mais Lamb House n’est pas seulement un lieu de travail, c’est aussi une demeure hospitalière où les invités se succèdent: jeunes admirateurs, parents de passage et écrivains reconnus, parmi lesquels la pétillante Edith Warton et le très séduisant Morton Fullerton.


Consciencieuse et dévouée, Frieda est cependant déçue de n’être qu’une dactylographe. Elle rêve de considération et s’essaye même à l’écriture dans le plus grand secret. L’attention que lui porte Fullerton la libère de son train-train et, pour lui, elle fait fi de tous les principes enseignés par sa mère en mentant, en se donnant à lui et en s’apprêtant à trahir son employeur.

Entre manipulations, trahisons et adultères, on ne s’ennuie pas dans la bonne société anglaise! Le beau Samuel Fullerton attire toutes les convoitises et sait user de son charme pour parvenir à ses fins -en l’occurrence, récupérer des lettres qu’il juge compromettantes. La pauvre Frieda en fera les frais, elle qui a fui la cour empressée et un brin autoritaire d’un apothicaire pour s’émanciper. Elle découvrira que le cœur est parfois plus puissant que l’intellect et qu’il peut mener aux pires extrémités. Au milieu de ce jeu de dupes, Henry James apparaît comme un peu naïf et trop confiant.
Mais ce charmant « psychodrame » laisse aussi une place à un fond plus « historique ». En mêlant fiction et faits réels, Michiel HEYNS nous plonge dans l’intimité d’Henry James et de sa dactylographe, dans l’Angleterre au début du siècle. On ressent bien le fourmillement d’idées nouvelles de ce XXè siècle naissant: les suffragettes, le spiritisme, les nouvelles techniques.
Un livre calme et paisible comme la campagne anglaise, au charme désuet et british, à déguster avec une tasse de thé...

Les Lisières
21,00
26 septembre 2012

Du plus loin qu’il s’en souvienne, Paul Steiner a toujours été en fuite. Il a fui des lieux -la banlieue grise où il a grandi, Paris et même la France-, des gens -sa famille, ses amis-, le travail -en devenant écrivain et scénariste pour ne plus être soumis ni à un chef ni à des horaires, son milieu -en quittant le monde ouvrier, et surtout il s’est fui lui-même, son mal-être, ce qu’il appelle sa « Maladie ».


La quarantaine n’a pas calmé ses démons intérieurs et sa femme s’est lassée. Depuis 6 mois, Paul est donc séparé de Sarah. Il s’est installé dans un petit appartement avec vue sur cet océan qu’il aime tant, pas trop loin de la maison familiale mais ses enfants lui manquent et il est toujours éperdument amoureux de sa femme.
Quand son frère l’appelle pour le sermonner et lui demander de venir s’occuper un peu de ses parents, c’est la mort dans l’âme qu’il retourne sur les terres de son enfance pour un voyage au pays des souvenirs.

Un livre sombre et magnifique où l’on suit un homme dans sa quête de lui-même. Le retour dans la banlieue qui l’a vu naître et grandir va être l’occasion pour Paul de chercher chez ses parents, chez ses amis, les clefs qui expliquent sa vie d’adultes.
On retrouve ici les thèmes de prédilection d’Olivier ADAM: la souffrance, la perte, la famille mais aussi la Bretagne et le Japon. Les troublantes similitudes entre l’auteur et son héros amènent à se demander où s’arrête la fiction et où commence la part autobiographique. Mais qu’importe puisqu’en parlant de lui, c’est aussi de nous qu’il parle, de nos rapports avec nos parents, de la France dans laquelle nous vivons avec ses problèmes en banlieue, le racisme, la gouvernance de Sarkhozy, la classe ouvrière qui se tourne vers Marine Le Pen…
Paul est un héros émouvant, attachant malgré ses errances, ses erreurs. Il nous est proche quand il souffre, quand il se justifie, quand il aime, quand il espère et quand il se désespère.
Encore une fois, Olivier ADAM signe un livre magistral, juste et poignant, profond et pudique. Un coup de cœur.

Nous étions faits pour être heureux
26 septembre 2012

Bien dans sa tête, dans sa vie, dans son couple, Suzanne est une accordeuse de piano d’une quarantaine d’années. Elle vit dans une douce quiétude avec Antoine, son mari.
Serge, quant à lui, dirige une agence immobilière. Il a 60 ans, une belle carrière, une grande maison, une épouse somptueuse ,de 30 ans sa cadette, et deux enfants.
Quand ces deux-là se croisent pour la première fois, ils ne savent pas encore qu’ils se reverront, s’aimeront, s’ouvriront leurs cœurs et que leurs vies en seront bouleversées.

A priori cette histoire pourrait être l’histoire banale d’un adultère. Mais il n’en est rien. D’abord parce que cette liaison est totalement inattendue pour Suzanne et Serge, ensuite parce qu’elle s’éloigne des stéréotypes du genre. Serge ne trompe pas sa femme avec une jeunette plus belle qu’elle. Non, curieusement il est attiré par Suzanne qui n’est ni jeune, ni belle, ni même son type de femmes. C’est pourtant dans les bras de cette femme entière et vivante, loin de sa vie trop parfaite, dont il semble toujours être plus spectateur qu’acteur, qu’il va enfin sortir de son silence, livrer ses secrets, raconter ses blessures. C’est grâce à ses questions, à son insistance et, sans doute, à la compréhension qu’il sait pouvoir espèrer d’elle, que Serge va s’ouvrir et raconter les drames de son enfance, tout ce qu’il a toujours caché, pour oublier un peu et par peur d’être rejeté surtout.
Alors non, Nous étions faits pour être heureux n’est pas une histoire banale, c’est une romance tendre et douce-amère entre une femme qui sait donner et se donner et un homme qui révèle ses failles et apprendra à les surmonter.
On ressort bouleversé de cette lecture sans vraiment savoir pourquoi, peut-être tout simplement à cause du talent de Véronique OLMI à nous décrire les êtres et les sentiments dans toute leur complexité.