sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Journal d'un vampire en pyjama
1 janvier 2021

Le teint blafard, le cœur qui s’accélère, le moindre effort qui coûte, une grosse fatigue générale… Des symptômes inquiétants certes mais quand on vit à cent à l’heure, qu’on est un boulimique du travail, qu’on a mille projets à la fois, c’est sans doute normal de connaître une baisse de régime. Pourtant, un jour de novembre 2013, Mathias Malzieu s’inquiète et va faire une prise de sang, histoire de se rassurer. Et quand le résultat tombe, c’est l’enfer qui s’ouvre sous ses pieds. Le verdict est sans appel : Aplasie médullaire idiopathique. Une maladie auto-immune qui attaque sa moelle osseuse et engage son pronostic vital.
Pendant onze mois, le chanteur va lutter contre cette maladie potentiellement mortelle qui fait planer l’épée de ‘’Dame Oclès’’ au-dessus de sa tête. Onze mois d’une guerre sans merci, épaulé par sa compagne, ses amis (ceux qui sont restés), sa famille, ses médecins et sa formidable envie de vivre. Onze mois de douleur, de larmes, de traitements invasifs, d’espoirs déçus mais aussi onze mois d’amour, de projets, de musique, d’écriture. Onze mois racontés dans un journal intime, pour ne pas sombrer, pour garder une trace, pour mettre des mots sur la maladie.

Qu’on le connaisse ou pas, que l’on aime sa musique ou pas, on ne peut qu’être admiratif devant le courage de Mathias Malzieu qui ne baisse jamais les bras, se bat jusqu’au bout et trouve même assez d’énergie pour créer une boîte de production, écrire des chansons et alimenter son journal.
En ce qui concerne son style, c’est au choix aussi. Soit on aime sa poésie, son sens de la métaphore, soit on trouve cela un peu lourd, un peu surjoué, un peu maladroit. Car, il faut bien l’avouer, trop de poésie tue la poésie, trop de métaphore tue la métaphore.
Quoi qu’il en soit, Mathias est attachant, courageux et on est bien content qu’il s’en soit sorti. De là à lire un autre de ses livres…Non !

La variante Istanbul
1 janvier 2021

En 1968, le Printemps de Prague est réprimé dans le sang par les troupes du Pacte de Varsovie, peu enclines à laisser prospérer le "socialisme à visage humain" prôné par Alexander Dubcek. Peter Husak, étudiant praguois, soupçonné d’avoir voulu passer à l’Ouest, réussit à convaincre la police politique de son innocence mais ses camarades de l’université ne lui font plus confiance. Errant dans Prague, il fait la connaissance de Stanislav Klym, un soldat qui fête son prochain retour chez lui. Cette rencontre sera funeste pour chacun d’entre eux.
Sept ans plus tard, en 1975, en pleine guerre froide, un avion en partance pour Istanbul est détourné par des activistes arméniens. Mais avant même d’avoir exprimé leurs revendications, ils font exploser l’avion en plein vol. À son bord se trouvait un enquêteur de la brigade de Brano Sev qui, de ce fait, se rend en Turquie pour trouver une explication à ce drame. Et il n’est pas le seul à s’intéresser à l’affaire. Il semblerait que différentes branches des services secrets se soucient de cet attentat.

Où l’on retrouve Brano Sev, la Capitale, les services secrets et la guerre froide dans ce pays inventé par Olen Steinhauer, sorte de melting-pot de tous les pays satellites de l’Union soviétique.
Comme souvent dans les romans d’espionnage, il faut un peu s’accrocher pour comprendre qui est qui, qui fait quoi, qui est loyal ou qui trahit. L’intrigue est des plus complexes, les personnages nombreux, leurs motivations bien cachées et on nage en eau trouble entre passé (1968) et présent (1975) sans comprendre a priori le lien entre les deux affaires. Qu’on se rassure, tout finit par s’éclairer et cela ne nuit en rien au plaisir de lecture. Olen Steinhauer sait promener son lecteur dans cette époque, de plus en plus lointaine, où l’Est et l’Ouest s’épiaient, se harcelaient, se concurrençaient.
Comme les précédents tomes, celui-ci est passionnant et a le mérite de rappeler quelques faits historiques tout en divertissant.

La rivière noire

Arnaldur Indridason

Points

7,50
1 janvier 2021

Jeune homme bien sous tous rapports, apprécié de ses collègues comme de ses clients, Runolfur a été égorgé dans l’appartement qu’il louait dans un quartier huppé de Reykjavik. Sur place, la police trouve un flacon de Rohypnol, la drogue des violeurs, et les traces d’une présence féminine. L’honnête employé d’une compagnie de téléphonie était-il un violeur qui a subi la vengeance d’une de ses victimes ?
En l’absence d’Erlendur, parti sur les traces de son passé dans les fjords de l’Est, c’est l’inspectrice Elinborg qui est chargée d’une enquête ralentie par l’absence d’indices et de témoins.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ? C’est peut-être un peu exagéré mais l’absence d’Erlendur se fait sentir malgré une inspectrice pugnace et impliquée. Sans doute est-ce une question de personnalité…On préfère les interrogations, les doutes et l’esprit torturé du commissaire à la vie banalement normale d’Elinborg. Cette mère de famille, heureuse en ménage et passionnée de cuisine indienne, n’a d’autre préoccupation que ses vies professionnelle et familiale. Certes ce n’est pas évident mais est-ce intéressant ?
Par ailleurs, l’enquête est d’une lenteur extrême et aurait pu ne jamais trouver de conclusions sans les heureuses intuitions d’Elinborg qui se laisse guider par son flair plutôt que par les preuves.
Heureusement il reste l’ambiance islandaise et les pérégrinations d’Elinborg des rues de Reykjavik aux villages reculés de la côte. Et le sujet n’est pas dénué d’intérêt puisqu’il est évidemment question du viol, de la honte des femmes à porter plainte et des peines trop légères infligés aux coupables.
Loin d’être le meilleur de la série, ce tome laisse un sentiment de lenteur et d’ennui.

LE JARDIN SECRET
30 décembre 2020

Quand, par une nuit d’hiver, Mary Lennox arrive au manoir de Missel, c’est une petite orpheline de dix ans, maigrichonne et méchante, qui a grandi aux Indes, élevée par des domestiques qu’elle maltraitait. Recueillie par son oncle, un veuf boiteux et inconsolable, elle découvre les Cornouailles, sa lande lugubre et sa pluie incessante. Solitaire, livrée à elle-même, elle est loin de se douter que ce déracinement va l’ouvrir à la vie, à l’amitié, à l’empathie. Grâce à un rouge-gorge, elle va trouver la clé d’un jardin secret, trouver un ami, guérir son cousin et devenir une petite fille jolie, pleine d’allégresse et de joie de vivre.

Frances Burnett est un peu la Comtesse de Ségur anglaise. Ses romans parlent de l’enfance et mettent en scène des personnages stéréotypés de l’aristocratie et de la classe des serviteurs, avec une bonne dose de morale et de bons sentiments. Mais qu’importe ! Le jardin secret est une ode à la nature, à l’amitié et à la magie de l’enfance dans laquelle on se coule avec bonheur en compagnie de Mary, Dick et Daniel. Trois enfants, un jardin, un secret, des drames bien sûr, mais aussi de l’espoir, des rires, la joie retrouvée. Tout cela est bucolique, rafraîchissant et optimiste. Un petit retour en enfance qui fait du bien au cœur et à l’âme.

Une enquête du commissaire Brunetti., Brunetti en trois actes
30 décembre 2020

Douze ans après sa fabuleuse interprétation de la Traviata sur la scène de la Fenice, Flavia Petrelli est de retour à Venise, cette fois dans La Tosca de Puccini. Mais même si les Vénitiens l’ovationnent chaque soir, la diva est anxieuse. Un fan la traque dans sa tournée, la poursuivant de ville en ville, l’inondant de roses jaunes. A priori rien d’inquiétant mais Flavia se sent menacée et s’en ouvre au commissaire Brunetti lors d’un dîner organisé chez ses beaux-parents. Par amitié pour la cantatrice, le policier se lance dans une enquête officieuse qui finalement va devenir officielle quand une jeune chanteuse est agressée en ville. Le fan serait-il jaloux des compliments que Flavia avait adressés à la jeune fille ? Les proches de la diva sont-ils en danger ? Epaulé par le fidèle Vianello et la toujours pleine de ressources Signora Elletra, Brunetti va traquer le traqueur.

Après vingt-quatre enquêtes, on connaît bien la routine de Donna Leon et de son commissaire, Guido Brunetti : une intrigue plutôt soft, des repas en famille, des expressos pris au coin d’un comptoir, des entretiens pince-sans-rire avec le vice-questeur Patta, les exploits d’Elletra et les promenades dans les calle de la Sérénissime.
Ici, on le suit à l’opéra, côté coulisses. Si elle peut faire rêver, la vie d’une cantatrice célèbre n’est pas faite que de paillettes. Entre tournées éreintantes et répétitions fastidieuses, la pauvre Flavia vit le plus souvent séparée de ses enfants et si, une fois sur scène, elle donne le meilleur d’elle-même, son travail ne s’arrête pas là. Une fois le rideau baissé, il faut encore répondre aux sollicitations des nombreux fans qui se bousculent à la sortie des artistes. Et parfois, un fan peut se montrer plus entreprenant, plus menaçant lorsque son amour confère à la folie.
Cette série est rarement décevante. A force de les côtoyer, on s’est attaché à Brunetti, sa famille, ses collègues, à ses enquêtes tout en lenteur. Ce tome ne fait pas exception, familier et réconfortant.