Rosalie R.

Taxi

Zanon, Carlos

Asphalte éditions

23,00
par (Librairie L'Armitière)
16 septembre 2018

Errance

Sandino, chauffeur de taxi à Barcelone et coureur de jupons mélancolique, doit se rendre à l'évidence: "son amour pour Lola n'est plus qu'un sac plastique dans lequel il respire pour calmer ses angoisses" (je cite). Afin d'éviter une douloureuse conversation avec sa femme, il décide de déserter le foyer pour sillonner sept jours durant la ville en compagnie des cendres de grand mère Lucia. Il nous entraîne à cette occasion dans un enchevêtrement de souvenirs et d'histoires de passagers: mensonge au sujet du sexe, de l'argent. Sandino a été le témoin privilégié d'une multitude d'émois: amours, trahisons, pleurs, cris, menaces et insultes, un kaléidoscope haut en couleur des relations humaines.
Entravé de cordes et de chaînes et acculé par les manques et les excès, il s'évertue à courir parallèlement au précipice offrant au lecteur l'errance désenchantée d'un homme enlisé dans l'absurdité du monde.
Une plongée vertigineuse dans le secret onirique d'un taxi écrit dans une prose vibrante de franchise.
A découvrir.

33 Tours
par (Librairie L'Armitière)
5 septembre 2018

Coup de coeur

Le second roman de David Chariandy est une véritable pépite dont la lecture laisse sans voix, dans un état proche de la prostration, d'une profonde sidération.
Francis et Michael, deux adolescents, vivent à Scarborough, un espace désolé en périphérie de Toronto formé d'une concentration d'immeubles collectifs et de tours en béton armé. Originaire de Trinidad, leur mère, qui est tout simplement un personnage extraordinaire, rentre exténuée chaque soir, cumulant les heures de travail dans l'espoir d'offrir à ses garnements un avenir convenable.
Sans l'once d'un découragement, elle s'évertue à préserver ses enfants d'une violence de quartier grandissante, et à les éloigner du Desinea's, mi salon de coiffure mi club qui est la cible régulière des descentes de police.
Mais malgré son dévouement le drame surgit. L'expérience de la perte va anéantir l'espoir et l'entrain pour laisser place à la stupeur et à l'atonie.
Quel texte magnifique et puissant sur l'amour et la mort, la musique, l'exil et tant d'autres choses encore !
David Chariandy écrit dans une prose somptueuse qui se savoure. Il y a comme une langueur, une éternelle plainte qui se dégage de ce roman qui se doit d'être un incontournable de la rentrée. Bravo à la traductrice.

Les fureurs invisibles du coeur
par (Librairie L'Armitière)
3 septembre 2018

Haut les coeurs

Mort, amour, haine, trahison et altérité, tous les grands thèmes constitutifs du roman d'apprentissage font de ce récit LE roman-fleuve enragé et si attachant de la rentrée côté étranger.
Irlande 1945. Cyril, abandonné à la naissance par une jeune fille publiquement bannie de son village, est confié à un couple bourgeois excentrique de Dublin qui lui offre une éducation peu conventionnelle.
Aux prises avec une société rongée par une bigoterie à la morale rétrograde, le jeune garçon, homosexuel, va tenter au travers de mille et une vicissitudes d'assumer ses désirs dans un monde violent enlisé dans l'obscurantisme.
On pleure, on rit, on s'insurge et on tremble aux côtés de ce héros romanesque inoubliable et bouleversant, empêtré dans le mensonge et les faux-semblants.

La Vraie Vie
17,00
par (Librairie L'Armitière)
21 août 2018

Que la bête meure

"La vraie vie" est assurément mon coup de cœur premier roman de cette rentrée littéraire.
Ecrit par une jeune Belge à la plume vibrante et bien trempée, il dépeint le sordide quotidien d’une fillette habitante d’un lotissement insipide, la Demo, où chacun demeure dans une prostration solitaire, comme aimanté devant sa télévision, cultivant l'aigreur et la dépression. Entourée d’un père dont les passions se limitent à la chasse, au whisky et à exhiber fièrement ses trophées, et d’une mère « amibe », inexistante et terrorisée par les accès de rage de son époux, elle trouve réconfort et amour auprès de son jeune frère Gilles, avec lequel elle entretient une tendre complicité. Mais un violent accident va faire basculer la famille dans la terreur. La hyène, omniprésence diabolique s’insinue dans le corps de son jeune frère le privant de toutes émotions et le poussant irrésistiblement à commettre des actes sataniques et pervers.
Le récit percutant d’une préadolescente brillante d’intelligence prête à tout pour faire à nouveau sourire celui qui semble dangereusement se rapprocher du monstre.
On retient son souffle, aux aguets, épiant avec angoisse la venue éventuelle d’un événement irréparable.
Une totale réussite.

Les Jours de silence
par (Librairie L'Armitière)
14 août 2018

Premier roman

"Les jours de silence" de Phillip Lewis est un bouleversant roman sur l'absence, le manque, la désertion.
Old Buckam, petite bourgade dans les montagnes de Caroline du Nord est majoritairement peuplée de modestes fermiers, résignés, comme vaincus d'avance. Au cœur de cette immobilité silencieuse où règne comme un "suspens d'inquiétude", vivent le jeune Henry, sa soeur Threnody, leur mère, une douce contemplative, et leur père, imposante figure érudite, passionné de littérature qui s'isole des heures durant pour tenter d'achever son roman.
Dans ce terrifiant silence né du vide et de la désolation où les livres et la musique règnent en maîtres, la famille s'apprête à vivre la pire des trahison, celle de l'abandon. Avec sensibilité, délicatesse et profondeur, Lewis tente de mettre des mots sur l'indicible, de donner de la substance au vide laissé par l'absence et touche ainsi à l'essence même de ce que peut être la douleur éternelle, un lent poison.
Un premier roman aux qualités humaines indéniables.
A découvrir