Rosalie R.

Athos le forestier
par (Librairie L'Armitière)
19 août 2019

C’est avec une certaine émotion que nous retrouvons pour cette rentrée un premier roman grec aux Edititons Cambourakis qui ont l’immense mérite de faire découvrir une littérature peu connue mais d’une indéniable qualité.
Maria Stefanopoulou revient sur l’holocauste de Kalavryta en décembre 1943 durant lequel les allemands, en représailles à la mort de 81 soldats tués par des résistants, ont exécuté 1500 hommes d’un petit village du Péloponnèse avant de l’incendier.
Suite au décès de son jeune fils Giannos, Athos le forestier qui souffre d’aphasie et d’hypermnésie, s’éloigne de sa femme et de sa fille pour se retirer dans une cabane dans les bois. Rare survivant du massacre, il ressent néanmoins la culpabilité de la victime, celle d’être vivant et décide par son isolement de rompre avec les hommes pour ne pas éprouver le désir de se venger. C’est seulement au cœur des montagnes qu’il trouve la paix de la vérité dans la forêt qui ne connaît ni victimes, ni bourreaux, ni héros.
Au travers du récit de sa fille Margarita et de sa petite fille Lefki se dessine le portrait d’une âme profonde et indépendante qui a fait vœu de demeurer dans l’obscurité afin de penser le monde sans se laisser distraire.
« Athos le forestier » est un roman absolument magnifique dont la langueur et la précision de l’écriture rendent un superbe hommage aux vertus de la nature.
L’émouvant portrait d’un mutique altruiste qui a reçu le Prix de l’Académie d’Athènes en 2014.

Parmi d'étranges victimes

Saldana Paris Daniel

Anne-Marie Métailié

Neuf 20,00
Neuf, précommande 20,00
par (Librairie L'Armitière)
18 août 2019

« Pouvoir me moquer de ce qui m’entoure est le seul degré d’intelligence auquel j’aspire ». Rodrigo, 27 ans, travaille comme « administrateur de connaissances » dans un musée de Mexico. Totalement soumis aux secrets desseins du destin, ce singulier garçon attend la survenue de leurs absurdités et s’enlise dans un ennui létal en se contentant de mener au grand dam de sa mère une vie misérable et peu honorable.
Hostile à tous projets de vie, il s’adonne à une collection de sachets de thé usagés et à l’observation attentive de la poule qui a élu domicile dans le terrain vague qui jouxte son modeste appartement. Victime d’une plaisanterie potache, il se retrouve marié à contrecœur à une secrétaire pour laquelle il n’a que mépris mais accepte néanmoins les risques et les responsabilités inhérents à son nouvel engagement.
Dans une logorrhée fantaisiste et désinvolte, le jeune auteur mexicain nous entraîne avec ce premier roman dans un lyrisme de l’absurde dont la littérature latino américaine a le secret. Les tribulations de son anti-héros révèlent au travers d’un hymne à la nonchalance un regard désabusé sur le monde non dénué de tendresse.
Un roman vif et croustillant empreint d’une délicieuse auto-dérision sur les mystères de l’inertie humaine.

Mon année de repos et de détente
par (Librairie L'Armitière)
18 août 2019

Dans son nouveau roman, O.Moshfegh fait un choix narratif on ne peut plus audacieux. Elle nous fait partager avec un naturel déconcertant le quotidien d’une jeune fille dépressive à souhait qui considère que seule une hibernation narcotique sera susceptible de la sortir de son marasme existentiel.
A 26 ans, jeune, jolie et fraîchement diplômée de Columbia, l' héroïne travaille dans une galerie d’art branchée de Manhattan où elle occupe un appartement payé par son héritage. Malgré cette situation plus que privilégiée, elle est engluée dans une existence qui ne lui procure aucune satisfaction, exaspérée par la société superficielle et ultra consommatrice qui l’entoure. Elle décide dès lors de s’octroyer, avec l’aide d’une psychiatre loufoque, une année de sommeil dans l’espoir de renaître avec une conscience au monde renouvelée.
Shootée quotidiennement par un cocktail explosif d’antidépresseurs et d’anxiolytiques, elle alterne heures de veille durant lesquelles elle reste plantée devant des films VHS, des trous noirs dont elle ne garde aucun souvenir et un sommeil harassant interrompu par les visites de sa meilleure amie Reva.
Durant cette année passée sous l’influence d’une combinaison folle de médicaments qui la plonge dans un marécage sans nom, elle s’adonne avec une liberté de ton absolue à l’analyse sarcastique d’un monde dénué de sens.
Avec un humour grinçant à la Woody Allen, la jeune femme nous entraîne avec virtuosité dans une bulle délirante que l’on peine à quitter. Tendre et hilarant à la fois, ses réflexions révèlent une lucidité sur le monde que le lecteur partage avec la plus grande sympathie. L’expérience s’avère au final assez tentante !
Virevoltant et addictif.

Ici n'est plus ici
21,90
par (Librairie L'Armitière)
18 août 2019

Le premier roman de Tommy Orange , membre inscrit des tribus Cheyennes et Arapaho d’Oklahoma, est un récit coup de poing d’une sincérité absolue, mordant et déchirant, qui ne manquera pas d'être couvert d’éloges lors de la rentrée littéraire.
Que faut il pour être considéré comme un Amérindien ? On pourrait croire que la réponse est évidente : être reconnu par le gouvernement des Etats Unis comme appartenant aux 500 tribus recensées au niveau fédéral ? Mais demandez à une personne autochtone ce que cela signifie d’être « indien » est une question bien plus personnelle, bien plus complexe et plus humaine.
Tommy Orange tisse entre présent et passé le portrait de douze personnages tous unis par diverses formes de lutte avec leur identité et dont le destin converge vers le grand Pow-wow d’Oakland.
« Ici n’est plus ici » est un roman indispensable et poignant sur une communauté ignorée et invisible qui peine à survivre dans une société moderne définie par les blancs et qui tente néanmoins de préserver quelque chose de la culture que ces mêmes blancs ont effacée.
On est loin des réserves et des stéréotypes tristes et affligeants ; exclusivement urbains, les personnages tentent de revendiquer des origines qu’ils ignorent, car apprendre des choses sur ses origines est un privilège dont ils ont été privé. L’alcool et la drogue les aident à supporter un manque impossible à combler mais la plaie ouverte par les blancs n’est pas soignée et s’infecte peu à peu.
Dans un style d’écriture extrêmement intime, Tommy Orange signe un roman magnifique plein de colère et de rage sur la survie et la résilience ; un récit subtil d’une grande profondeur sur la dislocation de l’identité.
A lire absolument !

La Fabrique des salauds

Kraus Chris

Belfond

Neuf 24,90
Neuf, précommande 24,90
par (Librairie L'Armitière)
18 août 2019

Le roman de Chris Kraus est un monument romanesque dont l’ampleur, la puissance et l’époustouflante ambition laissent totalement abasourdi, au bord de l’épuisement.
Ce projet fou nécessite de la part du lecteur une attention soutenue, une persévérance mais surtout un engagement total. Qu’il s’apprête à livrer bataille avec un monstre sacré qui dévore, ronge, engloutit et anéantit toute tentative de résistance ; un pavé qui force l’admiration et fait peu à peu glisser vers un éreintement irrémédiable.
Allemands de Lettonie, les frères Solm sont enrôlés dans la SS pour ensuite intégrer tour à tour les services secrets du KGB, de la CIA et du Mossad. Les destins de Hub, Koja et de leur sœur adoptive Ev relatent avec fureur soixante dix ans d’histoire semées de meurtres, de folie, d’espionnage, de trahisons et de mensonges.
Un récit endiablé et horrifiant truffé de sang et de larmes mais aussi d’amour qui ne peut soulever qu’enthousiasme et exaltation. Quand la frontière entre le bien et le mal vacille, l’émotion surgit alors dans toute sa violence.
Magistral et incomparable.