Lara C.

Histoires de la nuit
par (Librairie L'Armitière)
30 décembre 2020

Si la rentrée littéraire d'automne laisse place dans quelques jours à celle d'hiver qui s'annonce, il n'est jamais trop tard pour découvrir une œuvre forte, de celles qui marquent leur lecteur. "Histoires de la nuit" est de celles-ci. 

La Bassée, hameau des Trois filles seules. Vivent ici Les Bergogne, une famille ordinaire, composée de Patrice, agriculteur taiseux en proie aux angoisses liées à son exploitation, Marion, l'épouse dont le carcan marital semble l'étouffer, et Ida, leur fille, qui jouit de sa jeunesse avec l'innocence propre à son âge. 
Pour seule voisine, les Bergogne ont Christine, presque comme un membre de leur famille, une artiste solitaire, ex-parisienne venue s'exiler à la campagne. 

Sous cette apparente normalité couvent en réalité des non-dits, des secrets, des choses que l'on tait parce que si elles sont dites,...
Et tandis que les heures s'égrènent, que s'annonce la soirée d'anniversaire organisée à l'occasion des 40 ans de Marion, des inconnus s'invitent à la fête, dont il ne reste qu'un huis-clos glaçant. 

S'il y a bien une chose dont Mauvignier a su se rendre maître au travers ce roman, c'est du temps, qu'il manie avec beaucoup d'ingéniosité et de talent, jouant avec les phrases et l'alternance de personnages pour l'étirer et mieux installer le climat du roman. Et puis, comme un élastique sur lequel on aurait tiré trop fort et qui craquerait d'un coup, soudain, tout bascule, le temps pour le lecteur d'être surpris par cette détonation qui sonne le glas des heures antérieures, et apporte une nouvelle dynamique au roman.   
Qu'on se le dise : ce roman ne plaira pas à tout le monde. Parce qu'il est exigeant dans sa rédaction, et qu'il répond au contrat tacite passé entre l'auteur et son lecteur, d'accepter de faire l'effort d'entrer dans une prose, un univers, et d'accompagner des personnages, une intrigue tout au long des 634 pages qui le composent. 

Mais pour celles et ceux qui accepteront les termes du contrat, c'est hanté que l'on ressort de cette lecture, devant la puissance narrative des "Histoires de la nuit", de sa force évocatrice, de la justesse des personnages principaux auxquels on s'attache profondément, et qui laissent le lecteur aussi pantelant que s'il était là-bas, à la Bassée. 

Une oeuvre majeure dont il y aurait beaucoup plus à dire, mais qu'on ne saurait que trop vivement vous conseiller avec Roselyne.

Okuribi, Renvoyer les morts

Renvoyer les morts

Belfond

20,00
par (Librairie L'Armitière)
18 novembre 2020

Un roman proprement terrifiant

Un roman court dont la brièveté ne fait que renforcer son aspect terrifiant.

A la nature et sa beauté, l'auteur oppose l'impitoyable cruauté de jeux pas si innocents entre adolescents, lesquels glissent lentement, mais sûrement, vers un final aussi horrifique qu'imprévisible.

Ce roman qui traite du harcèlement scolaire ne serait pas aussi riche s'il ne s'accompagnait pas d'une plongée dans l'atmosphère d'un Japon rural, loin de la frénésie tokyoïte, oscillant entre traditions et folklore.

Une aura mystérieuse nimbe alors la lecture, confinant - presque - un caractère fantastique à ce roman, très justement récompensé par le Prix Akutagawa au Japon.

Pour celles et ceux qui aiment frissonner après avoir refermé un livre.

Les bons garçons
19,00
par (Librairie L'Armitière)
5 octobre 2020

Inspiré d'un fait réel connu sous le nom de "Massacre de Circeo" qui secoua l'Italie des années 70, "Les bons garçons" est un roman dans lequel plane sans cesse la menace du pire. Et le pire, c'est ce que vont vivre deux adolescentes, Raffaella et Maria-Grazia, qui à l'image de leur âge, vont vivre leurs premières émancipations et premiers émois, avant que ne leur vie bascule.

Cette attente pèse sur le lecteur comme un orage qu'il verrait arriver sans pour autant pouvoir s'y soustraire. Pourtant, Pierre Adrian, loin de tomber dans le sensationnalisme obscène, reste en retrait de ce qui se passe pour mieux dépeindre une époque, celle des années dites de Plomb dans une Italie en proie à un climat politico-social sous tension.

Le drame en lui-même est presque survolé pour mieux s'attacher aux personnages, en comprendre les motivations et les aspirations.

"Les bons garçons" se lit comme une fresque sociale et un arrêt sur image; celle d'une époque, de l'adolescence qui se découvre, mais questionne aussi la décadence d'une partie de la haute société romaine de l'époque.

Emaillé de multiples références et bien documenté, "Les bons garçons" est un roman immersif à la narration chirurgicale dont on ressort révolté.

Dans la vallée du soleil, Roman

Roman

Andy Davidson

Éditions Gallmeister

24,80
par (Librairie L'Armitière)
5 octobre 2020

Il est peu dire que Travis Stillwell n'est pas un homme fréquentable. Solitaire, lunaire, il erre sur les routes à la recherche d'un mirage qui le pousse à la même compulsion meurtrière.

Au hasard de ses détours, il rencontre un soir Rue, une jeune femme à l'aura envoûtante. Au lendemain de leur nuit ensemble, Travis, qui se réveillera dans un bain de sang, sera changé à jamais.

Une revisite contemporaine du mythe du vampire, un formidable roman à la croisée des chemins littéraires, le tout magnifié par la plume d'Andy Davidson.

"Dans la vallée du soleil" est un roman dont les thèmes principaux que sont l'emprise et la quête de rédemption sont personnifiés par chaque protagoniste et où la quête du Bien est un avant tout un chemin intérieur, mais dont l'issue est incertaine.

A mettre entre les mains de tous les noctambules et insomniaques !

Porc braisé

La Croisée

20,00
par (Librairie L'Armitière)
5 octobre 2020

Postérieur en l'air, tête plongée dans l'eau, noyé : c'est ainsi que Jia Jia trouve son mari dans la salle de bain, avec un dessin énigmatique faisant figurer un homme poisson comme seule explication à cette scène irréelle.

L'irréalité, c'est précisément ce à quoi Jia Jia va se frotter alors qu'elle est inopinément libérée des liens d'un mariage qu'elle a finalement plus subi que choisi. En quête de cet homme poisson, c'est finalement elle-même qu'elle va trouver, renouant avec sa féminité, embrassant l'immensité du monde - celui que l'on voit, celui imperceptible - et s'emparant de sa vie.

Un premier roman à l'ambiance éthérée, où le lecteur flotte lui aussi entre deux mondes, à mi-chemin entre le roman initiatique et la poésie de l'univers de Hong Kar Way.