Le Carnet À Spirales .

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Les lectures de l'équipe du Carnet à spirales pour vous aider dans vos choix, vous accompagner dans vos nuits blanches, dans vos heures d'évasions romanesques.
Peu adeptes des étoiles nous avons décidé d'en donner 5 par défaut à nos recommandations.
Au plaisir de vous lire et de vous recevoir au Carnet à spirales

La Confession de la lionne

Mia Couto

Anne-Marie Métailié

par (le Carnet à spirales)
3 mai 2020

En terre d'Afrique, la vérité n'est pas là où on l'attend, elle n'est pas noire ou blanche, elle n'est pas éclatante et victorieuse, elle est insaisissable, elle se dérobe, arbore plusieurs visages pour mieux nous piéger, chacun la porte en son âme et conscience. Mia Couto, conteur et sorcier, fait de son Mozambique natal le théâtre de ses histoires ensorcelantes. Deux voix s'élèvent sur la Savane et partent sur les traces des lions mangeurs d'hommes : Celle d'Arcanjo, chasseur de lions et celle de Mariamar, soeur de la dernière victime des fauves. Un roman magnifique entre dure réalité et croyances et légendes africaines. Absolument envoûtant.

Les services compétents
par (le Carnet à spirales)
29 avril 2020

Dissidents

Un livre qui s’imposait à lui sur une période historique absolument passionnante sur la nature humaine, autant sur la résistance intellectuelle fascinante que sur la médiocrité de quelques-uns devenant grotesques à force de petits pouvoirs et d’endoctrinement partisan et donc d’enfermement. C’est en Russie, dans la période dite de « dégel ». Ses parents à Iegor Gran sont André Siniavski et Maria Rozanova, dissidents soviétiques. Dans la revue Esprit, en 1959, un texte sera publié sous le pseudonyme d’Abram Tertz et attirera les foudres du KGB, des services compétents, qui discuteront des valeurs de ces écrits à la lumière de ce fameux « réalisme socialiste ». Des années durant la traque s’organisera pour découvrir qui tient la plume. Des années durant les limiers seront sur la trace de ce dissident, qui lui vivra passionnément cette période qui l’inspirera. L’extrême force de ce roman est de restituer ce climat où la paranoïa flirte avec une « formidable » absurdité. Quoique c’est peut-être lié. Folie des hommes qui conduit à prendre des arrêtés ubuesques, des peines de morts déguisées en peines de vies qui enverront des intellectuels au Goulag. Pratique diligente de la présomption de culpabilité, ces départs d’hommes de lettres en feront des mi-hommes, des bêtes en survie, mais certains de ces hommes laissant leur apparence aux portes de la geôle deviendront des esprits en éveil, où chaque parcelle de vie sera consacrée à l’art de dire, d’écrire et de témoigner. Ces hommes ont une force autre. Après sept années dans les camps, c’est le minimum…, André Siniavski, revient courbé tel un vieillard, le dos en charpie, édenté, marqué à vie par des années qu’il décrira comme les plus puissantes de sa vie. C’est la revanche de l’intelligence. Celle de revenir et de démontrer que les actes et lieux pensés pour briser ne font que renforcer, ne font qu’embellir, ne font que sublimer. Sublimer, ici, l’esprit. Le médiocre n’en sortira que plus médiocre alors.

Le livre de Iegor Gran est drôle car ironique mais non mordant, d’une ironie de description seulement. Le tableau se suffit à lui-même. Iegor Gran aime préciser que la citation la plus célèbre de son père est la suivante : « Je n’ai, avec le pouvoir soviétique, que des divergences esthétiques. » Distance tenue entre eux et lui. Regard toujours porté sur l’incohérence et l’injustice. On suivra aussi et surtout les officiers du KGB qui traquent l’écrivain. Leur quotidien est dicté par leurs chefs, leur avenir également. Bons petits soldats, ils n’essaient pas trop de réfléchir, ils essaient de survivre dans un monde de dupes et de délations. Ils suivent et comme dans « La vie des autres » ils ont, parfois, le sentiment que leurs vies leur échappent. Pour conclure, un homme est encore plus fort accompagné. La force d’un couple. La beauté de la citoyenne Rozanova qui, droite, effrontée, malicieuse, digne et forte fera face aux interrogatoires, aux venues des officiers. Face à l’absurdité reste l’intelligence de l’être. Un grand roman, un coup de cœur de votre libraire,

L'affaire Arnolfini, Enquête sur un tableau de Van Eyck

Enquête sur un tableau de Van Eyck

Actes Sud

18,00
par (le Carnet à spirales)
11 avril 2020

Dans ce petit ouvrage, Jean Philippe Postel décortique le célèbre tableau du peintre flamand Jan Van Eyck « Les époux Arnolfini ». Pourquoi refaire l’histoire de cette œuvre déjà mille fois commentée ? Le tableau représente un homme et une femme enceinte se tenant la main, debout, dans un intérieur bourgeois du 15ème siècle. Mille détails dans ce tableau : un miroir qui reflète la chambre, des mules savamment disposées, un petit chien qui lui ne se reflète pas dans le miroir, une inscription étrange au mur… Comme des énigmes que le peintre aurait volontairement disséminées pour nous obliger à regarder, à réfléchir, à enquêter. Et en effet c’est bien une enquête que Jean Philippe Postel mène dans cet ouvrage original. Il relève les indices, écarte des thèses, élucide les énigmes sous nos yeux ébahis jusqu’à la révélation finale. Après lecture, une seule envie : s’envoler pour la National Gallery.

Le Turquetto
8,00
par (le Carnet à spirales)
11 avril 2020

Constantinople, 16ème siècle. Au milieu des rues animées et du Grand Bazar , Elie, jeune Juif, ne vit que pour sa passion, hélas entravée par sa religion : la peinture. Pour assouvir sa soif de pigments et de couleurs et pratiquer librement son art, il embarque précipitamment pour Venise où il exerce dans les ateliers de Titien avant de prendre son envol vers la gloire et la notoriété jusqu'à la chute, inévitable ? Métin Arditi nous fait franchir le temps et les frontières, nous plonge au coeur de l'art, du pouvoir, de l'influence de la religion, de la vanité qui conduit à l'anéantissement de la beauté. Tout simplement brillant.

Petits oiseaux / roman

Ogawa, Yôko

Actes Sud

7,80
par (le Carnet à spirales)
10 avril 2020

Petits oiseaux

C’est avec lenteur et bonheur que j’ai suivi cette histoire. L’histoire de deux frères inséparables, ne pouvant vivre l’un sans l’autre. Une relation toute particulière puisque l’un parle le « pawpaw » proche de la langue des oiseaux et que seul son cadet peut déchiffrer, des mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains. Différents du reste du monde, ils vont alors s’isoler, s’inventer une vie et se créer leur propre bonheur, loin du superflu. Avec Yoko Ogawa, tout devient majestueux même les détails infimes tel que le froissement du papier, la saveur acidulée d'un bonbon au citron, le bruissement d'ailes de papillons... Mais il y a aussi des enfants, des livres, une bibliothécaire, des sucettes pawpaw, une pharmacienne, un grillon et un vieux monsieur...
Bref un style onirique et raffiné qui nous laisse comme en suspens…