Nathalie M.

À ce soir
6,30
par (Librairie Page 36)
23 avril 2020

Intime et universel

C'est un ouvrage à part dans l'œuvre littéraire de Laure Adler.
Rémi, son fils, plus vraiment bébé mais pas encore enfant, est mort.
Un treize juillet, 17 ans après son décès, s'est imposée à Laure Adler l'écriture de ce texte.
Elle écrit une fois posée la nécessité impérieuse d'écrire que ce n'est pas un récit mais un raccomodement au monde.
Rien que ces mots-là disent la justesse du travail entrepris.
Les mots posés raccomodent l'être tout entier au monde, de lui permettre de sortir de l'effroi, de la sensation d'être là sans y être vraiment.
On découvre par des paragraphes courts ce que fut à Laure Adler ce temps de l'accident puis de la mort de l'enfant ; perte insupportable à ceux qui l'aimaient, évidemment.
Les mots qui disent peuvent être crus et d'autant de pudeur.
Cet ouvrage porte cette force là.
Ce texte peut faire écho à chacun, d'être parent, enfant de parents, d'aimer simplement même sans lien familial, de risquer de voir mourir ceux qu'on aime, et de se remémorer les êtres chers disparus déjà.
La mort, violente, dans son surgissement provoque une douleur qui évolue du temps, reste nichée en chacun.

HANGARS

Tappy Jose-Flore

Zoé

8,50
par (Librairie Page 36)
22 avril 2020

Dire les lieux, l'autre en poèmes.

C'est un recueil de poèmes courts qui disent au-delà de ce qui est écrit, ou dont le sens singulier se révèle différent de qui le découvre.
C'est un peu comme lire entre les lignes.
Fulgurances et jaillissements qui esquissent les lieux et ce qu'ils provoquent. Foisonnement de lieux qu'on perçoit comme des photographies du choix des mots qui les donnent à voir.
En même temps, certains textes donnent à saisir l'autre absent, avec grande pudeur, en résonances à l'effet que peuvent provoquer les lieux abandonnés. Aussi, le désir et la peur d'aimer s'entremêlent, offrent chavirements en quelques lignes.
Un enchevêtrement pertinent de textes, comme des bouffées renouvelées d'air.

Dévisagée

Gallimard Jeunesse

18,50
par (Librairie Page 36)
21 avril 2020

Livre pour adolescents.

Ava a seize ans.
Elle va intégrer un nouveau lycée après une année d'hospitalisation.
Il y a tout juste un an, un incendie s'est déclaré dans lamaison familiale, a tué ses parents et sa cousine Sarah.
Ava s'est jetée par la fenêtre. Soixante pour cent de la surface de son corps a été brûlée au second ou troisième degré, nécessitant des soins et des opérations extrêmement difficiles à supporter.
Elle doit à présent tenter de retrouver une vie sociale, poussée par sa tante Cora et son oncle Glenn qui sont les parents de Sarah.
Pas facile d'affronter le regard des autres puisque son visage brûlé, elle ne peut le cacher.
Pas facile d'être celle qui a survécu, de vivre avec son oncle et sa tante, alors qu'eux ont perdu leur fille.
Petit à petit, Ava va rencontrer d'autres adolescents, Piper accidentée elle aussi, Asad garçon aux aspirations artistiques , différents autrement comme chacun peut s'éprouver l'être, dans ce temps de transition vers l'âge adulte.
Des situations drôles, de la solidarité, des rencontres cocasses ; voilà ce qui se dessine par-delà la gravité de la situation évoquée.
Et les autres, nécessaires à devenir soi.

Le livre de Yaak

Éditions Gallmeister

8,20
par (Librairie Page 36)
18 avril 2020

Plaidoyer sensible

Rick Bass offre par cet ouvrage un manifeste écologique.
Il raconte plus de vingt ans de combat pour faire en sorte que la vallée du Yaak devienne une terre protégée par le Congrès américain.
Il oscille entre combat et chant poétique disant la beauté de la forêt primaire qui se rétrécit au fur et à mesure que l'industrie forestière sévit de coupes à blanc. 
Nulle réimplantation d'arbres ne permettra de restaurer le foisonnement, la richesse de la diversité des espèces végétales qui s'y sont développées au fil du temps.
Il écrit la beauté du paysage, sa faune et sa flore, et surtout la raréfaction de la diversité des espèces.
Il constate l'état de la vallée qui l'a adopté, lui qui en est tombé amoureux dès le premier séjour et qui n'a fait que tenter s'y fondre en respect et la protéger. 
Il s'engage, s'épuise mais forme aussi association avec d'autres de la vallée pour mieux la défendre, la protéger de la rapidité toute humaine à dévaster la nature. 
La nature trop vite perçue extérieure à l'homme et réserve de matières premières exploitables pour rendement immédiat.
Tout être voulant y vivre en la respectant devient aux yeux du monde réglé de l'économie mondialiste, un ahuri ou un sauvage mal intégré à la société.
C'est bien vite oublier que si l'homme ne préserve ni ne respecte la nature dont il est, il court à sa propre perte.
On la sait bien cette évidence et pourtant....

La maladroite
par (Librairie Page 36)
13 avril 2020

Terriblement marquant.

Ce pourrait être un fait divers relaté. Mais non, c'est un roman.
Une petite fille de huit ans, Diana, a disparu.
Qu'est-ce qui a pu lui arriver ?
C'est ce qui va se découvrir, de la façon dont Alexandre Seurat pose l'enquête.
Du regard des différents protagonistes : membres de la famille, de l'éducation nationale, des instances de santé, de la justice, chacun de leur rôle dans la vie de la petite fille, on comprend en même temps qu'on découvre peu à peu ce qu'il en est.
Tous les témoignages donnés à lire dessinent peu à peu la situation et font monter l'angoisse, qui s'amplifie au fil des pages.
Il est question là, de maltraitance.
Qu'en est-il de ce qu'on sait à ce sujet ? Que sait-on vraiment de ce qu'on perçoit, qui nous fait douter et dont on ne sait pas bien ce qu'il est bon d'en faire ? C'est un livre dérangeant et plein d'authenticité à dire, qui met chacun face à ses responsabilités.