Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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Éditions Gallmeister

9,90
par (Le Pain des Rêves)
17 mai 2021

(...) Pour son premier roman, Joe Wilkins fait du Montana, des montagnes, de la nature, le personnage principal. Il met en scène des personnages qui semblent réels, dans de belles relations pleines d’humanité. En plongeant dans cette Amérique profonde, il fait voir des gens dont les préoccupations sont celles des pionniers., des radicaux qui ne veulent pas de l’État fédéral, qui vivent leur fusil à la main pour chasser ce qu’ils veulent sur leurs terres, qui veulent vivre libres, sans aucune autre autorité que la leur. En face, il y a des gens plus cultivés et évolués, des écolos comme Gillian qui veulent respecter la nature et sa loi. Cet affrontement renvoie à la déchirure qui divise actuellement les États-Unis
Dans le livre de Joe Wilkins, le début ne laisse pas présager la montée en tension jusqu’à la fin d’une rare noirceur. Si on aime les romans "nature-writing", alors il faut lire celui-ci, car Joe Wilkins, qui a vécu dans les Bull Moutains, les racontent magnifiquement tout en délivrant un message prônant un humanisme tolérant et humble.

Comment renouer ce lien secret

Les Arènes

20,90
par (Le Pain des Rêves)
10 mai 2021

Peter Wohlleben est forestier. Il vit en Allemagne, très souvent dans la forêt. Dans ce livre, il explore notre relation aux arbres, la communication des arbres entre eux, leur capacité à souffrir et à ressentir des émotions, et même à se défendre contre les agressions comme c’est le cas pour les plantations de résineux qui "qui sécrètent des phytoncides, des antibiotiques végétaux" pour se défendre d’infections" par des spores de champignons.

Il milite pour des forêts peuplées d’essences indigènes, diversifiées. Il montre le danger des forêts composées uniquement de hêtres, de bouleaux ou de résineux. On doit pouvoir se promener et se reposer en forêt, respirer les effluves des arbres, les toucher, les enlacer, écouter leur bruissement, ce qui est bon pour notre équilibre. Il est favorable à la reconstitution de forêts primaires, où l’homme ne pénètre pas.
Il explique comment la vie mondialisée modifie la nature locale par l’apport d’espèces étrangères, d’animaux exotiques, à un rythme tel que la nature ne peut s’adapter suffisamment vite. Il est nécessaire de respecter les écosystèmes pour qu’ils se stabilisent, et que les animaux puissent vivre dans des forêts primaires locales, sans que les chasseurs se mêlent de les réguler, sans qu’ils pratiquent le nourrissage pour pouvoir tuer plus de sangliers, par exemple.
Pour le forestier, l’homme n’est pas un être supérieur à l’arbre ou aux animaux de la forêt. Comme eux, il fait partie de la nature et il doit prendre toute la mesure de cette appartenance pour comprendre comment se protège l’environnement : "En prenant chaque mesure qui contribue à préserver l'écosystème Terre, nous nous préservons nous-mêmes ainsi que notre qualité de vie, pour la simple raison que nous sommes partie intégrante de ce tout."
Les propos de Peter Wohlleben ne sont pas rassurants, car la forêt est en danger à cause du dérèglement climatique et de l’avidité de l’homme quand il l’exploite à outrance. Son livre fourmille de détails scientifiques, d’observations, de façon à nous inciter à renouer un lien fort avec la nature et à conserver ce lien sur le long terme.
À part quelques longueurs, l’ouvrage est facile et agréable à lire. Le contenu scientifique est suffisamment vulgarisé pour que le lecteur comprenne sans effort. .

Secrets zen d'une nonne bouddhiste

Flammarion

18,00
par (Le Pain des Rêves)
9 mai 2021

Kankyo Tannier raconte ce qu’est sa vie de nonne bouddhiste. Ceux qui pensent qu’une moniale passe sa vie à méditer ou à prier, à faire zazen des heures durant devant les murs d’un dojo, et qu’elle vit de la générosité des fidèles faisant retraite dans son monastère, ceux-là seront extrêmement déçus. Car Kankyo Tannier mène une vie très active dans et hors de son monastère, passant d’une conférence devant des entrepreneurs à la maintenance de ses sites Internet ou à sa chaîne Youtube, à la création de Kibo, une ferme axée sur la transition écologique avec des valeurs bouddhistes. Son récit ne s’appuie pas sur de grands développements théologiques, au contraire, il est terre à terre, fait de ce qui constitue la vie ordinaire, des problèmes quotidiens et ordinaires des humains, en tenant ferme la perspective d’un monde en plein changement.

Depuis que Kankyo Tannier a pris conscience du changement climatique et accepté la réalité de l’effondrement et de la fin de la civilisation thermo-industrielle, elle a modifié sa vie, recherchant encore davantage une vie sobre (elle ne prend presque plus l’avion) et dépouillée de tout superflu. Se prononçant pour la décroissance, elle montre comment la pratique des valeurs bouddhistes, de l’entraide par la création de Communs, de la connaissance de soi peut aider à utiliser et vaincre la peur qui s’installe dans l’être humain qui accepte la réalité de l’effondrement, et à supporter la souffrance. La voie du zen l’aide à admettre "la non-hiérarchie entre être humain et Nature", à sortir de l’avidité pour respecter la nature. La "voyageuse spirituelle, d’arpenteuse des contrées métaphysique" a pris conscience de a complexité d’une vie mondialisée t de son impuissance à la transformer. Elle s’est recentrée sur son territoire local, sur lequel elle commence à reprendre pouvoir.
Rédigé avec des chapitres courts et dans un langage simple, presque parlé, ce livre est une leçon de conversion, de changement d’angle de vue et de vie, inspirante, donnée avec une grande humilité et une jolie dose d’humour. Il permet en outre de s'informer sur le bouddhisme zen et ses valeurs.

Flammarion

20,00
par (Le Pain des Rêves)
18 avril 2021

Le narrateur, Jean, est l’enfant du milieu de cette fratrie de juifs non-pratiquants originaires de la Hongrie, entre Serge et Nana, la plus jeune de la famille Popper. La fratrie n’est plus toute jeune, disons que Jean est au milieu de sa vie. La famille était organisée autour de la mère, qui est décédée récemment, "Depuis qu’elle est morte, les choses se sont déréglées". La fratrie décide d’effectuer un voyage mémoriel à Auschwitz-Birkenau, pas seulement parce que "les enfants ne se sentent pas juifs", mais par devoir de faire mémoire, même si comme le dira Jean "Ce fétichisme de la mémoire est un simulacre". La visite tourne au fiasco, la fratrie se disputant pour des riens n’arrive pas à s’immerger dans le passé de ce lieu qui s’est transformé en parc touristique alors qu’il fut celui d’une immense tragédie, à éprouver de l’émotion comme si les millions de juifs qui y sont morts n’étaient que broutille.

Yasmina Reza nous offre le tableau d’une vie de famille avec ses relations d’affection, ses impatiences, ses engueulades, ses jalousies, les cachotteries, les mesquineries. Si la fratrie est fortement présente dans le roman, elle n’occulte pas la présence d’autres personnages, compagnes ou compagnons, enfants, tous réellement personnages secondaires, semblant n’exister que pour le décor.
La présentation de la famille Popper qui précède le voyage à Auschwitz sont des morceaux de bravoure et de drôlerie, même si la visite du camp est relatée de façon grinçante. Serge est un homme instable et égoïste qui a tout raté et qui sait se rendre odieux. C’est surtout Jean qui emporte la sympathie avec la bienveillance qu’il déploie pour Serge, sa résignation devant cette famille désarticulée, son désenchantement, mais aussi son attention pour sa sœur, son affection pour Luc, son beau-fils, un enfant à part.
J’ai bien aimé le ton burlesque, l’humour noir et déjanté de Yasmina Reza, l’écriture enlevée et soignée, la construction rigoureuse du roman. J’avoue cependant avoir trouvé l’ensemble un peu confus et dérivant sans véritable intrigue. J’ai décroché quelques vingt-trente pages avant la fin.

par (Le Pain des Rêves)
9 avril 2021

"Boza !" est le cri que poussent les migrants lorsqu’ils ont franchi le "le Monstre-à-Trois-Têtes, trois barrières massives, surmontées par des quantités de fils barbelés. Elles séparent Nador de Melilla, le Maroc de l’Espagne, l’Afrique de l’Europe".
"Boza !" est le récit d’Ulrich Cabrel, un jeune camerounais de quinze ans qui a voulu quitter son bidonville dans la région de Douala, pour venir en Europe. Il part en juillet 2016 avec quelques francs CFA en poche, pour un périple de neuf mille kilomètres. Il arrive en Bretagne à l’automne 2017. Le parcours est long, plein d’embûches, de risques de mort. Il est à la merci des milices, de la police, des passeurs, des luttes de pouvoir, des séjours dans des ghettos. Il a risqué mainte fois sa vie, notamment entre Arlit, au Niger, et Tamanraset en Algérie, pendant la traversée du désert, un épisode dont on n’entend pas parler dans les médias. Mais jamais sa rage de réaliser son rêve ne l’a quitté

Il faut aussi lire son récit de la préparation du franchissement de la triple barrière, dans la forêt du Gourougou, à dix kilomètres de la frontière. Il raconte l’organisation militaire, la hiérarchie, le système de clans, la discipline et la solidarité des cinq cent personnes qui vont à l’assaut de la triple barrière, l’attente dans le froid et sous la pluie, leur résistance physique et la force de leur mental transcendées par l’objectif à atteindre : le Boza ! Il raconte comment s’impose le guide de ce groupe, celui "qui construit le chemin" et comment lui-même devient le guide de cette armée.
Le récit d’Ulrich Cabrel a été co-écrit sous la forme d’un roman avec Étienne de Longueville qui l’a accueilli à Saint-Brieuc, qui s’est "beaucoup marré en l’écoutant" pour écrire le livre. Qui dit aussi s’être beaucoup enrichi de sa rencontre avec Ulrich et d’autres migrants.
Le récit est remarquable de sincérité et d’authenticité, débordant d’énergie, avec une capacité à faire voir et ressentir ce qu’a été ce périple, ce chemin de vie d’un jeune homme qui a enduré le pire, qui s’est déchiré le cœur pour venir en France, connaître la liberté, vivre son destin.
Il faut lire ce livre, se laisser happer, puis le faire lire.