Clara

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Une lectrice sans prétention, amoureuse de la vie qui habite au bout du monde (ou presque). Et un blog pour parler lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Une saison à Hydra
28 juin 2019

Dramaturge à succès, Emmanuel Joyce recherche une comédienne pour sa nouvelle pièce. Lilian, l’épouse d’Emamnuel, et Jimmy Sullivan, son imprésario, gravitent autour du dramaturge. Embauchée en tant que secrétaire d’Emmanuel, la jeune Alberta découvre ce microcosme. Entre Londres, New-York et la Grèce, on suit ce quatuor. À 60 ans, Emmanuel est admiré de tous. Jimmy se plie à ses quatre volontés et à ses caprices, Emmanuel se comportant un peu comme un enfant gâté tandis que Lilian porte en elle le deuil de leur enfant décédé en bas âge.

Nous sommes au début des années 1950 et Alberta se soucie du quand dira-t-on et et de certaines normes en vigueur. Détonante par sa candeur et par sa droiture d’esprit, vive d'esprit, son éducation contraste avec les autres personnages plus libres de leurs faits et gestes. Sauf qu’Emmanuel s’éprend d’elle et voit en elle la comédienne parfaite pour incarner le rôle principal de sa future pièce. Avec beaucoup de charme, l’auteure aiguise notre curiosité. Les dialogues, les descriptions et les pensées des personnages nous dévoilent leurs préoccupations personnelles futiles ou plus profondes. Que ce soit les différentes facettes du couple formé par Emmanuel et Lilian, les évolutions infimes et les questionnements des personnages, tout est rendu avec subtilité. Sans chercher à nous rendre sympathique ce quatuor, les petits pics décochés sont ironiques et quelquefois cinglants.

Ce roman est doté d’un charme suranné mais surtout de finesse. L’écriture d'Elizabeth Jane Howard distille une beauté poétique qui se délecte et dont on s’imprègne. Certes il y peu d’action et certains pourront trouver ce roman ennuyeux mais tout l’intérêt réside dans l’exploration de la psychologie des personnages. Les derniers chapitres qui se déroulent sur l’île d’Ydra sont de toute beauté !
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La Veuve

Fleuve éditions

19,90
26 juin 2019

2010. Jane est veuve désormais, son mari Glen a été tué accidentellement par un bus. Assaillie par des journalistes à son domicile, elle n’est pas bizarrement éplorée pourtant sa vie vient de basculer. Sauf que quatre ans plus tôt, son mari a été accusé d’avoir enlevé une petite fille de deux ans puis mis hors de cause.

Je recule souvent devant les polars et les thrillers mettant en scène la disparition d’enfants par crainte que ça soit tordu. Mais là, pour ma plus grande surprise, Fiona Barton ne cherche pas le sordide ou le glauque. La vie du couple nous est racontée par Jane sur plusieurs périodes à partir de leur mariage. Réservée, elle était coiffeuse et Glen travaillait dans une banque. Comme bon nombre de couples, ils avaient l’envie de fonder une famille. Les années ont défilé sans que ce désir soit réalisé. Le comportement de Glen a changé, il a perdu son travail et s’est enfermé de plus en plus en souvent devant son ordinateur.
Jane sait-elle quelque chose ? Glen était-il coupable ? Qui est vraiment Jane ? Etait-elle manipulée par son mari comme on le pense? Le policier chargé de l’enquête et une journaliste cherchent à découvrir la vérité. Alternant les trois récits, ce thriller nous harponne habilement et il est difficile à lâcher.

De nombreuses ambiguïtés apparaissent et de nouvelles pistes se dessinent avec une tension bien présente. Fiona Barton évite toute forme de vulgarité et dépeint sans pincettes une certaine forme de journalisme sensationnel. On doute et on s’interroge sur de nombreux points jusqu'aux toutes dernières pages.
Très bien mené avec un suspense psychologique constant, je recommande ! Et en plus, il est paru depuis en poche (et hop, vous n'aurez pas d'excuse).

De l'Angleterre et des Anglais
19 juin 2019

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/06/graham-swift-de-langleterre-et-des.html

À la lecture des romans "J’aimerais que tu sois là" et "Le dimanche des mères", j’avais été frappée par la justesse et la précision de l’écriture de Graham Swift. Avec ce recueil, l’auteur prouve qu’il sait jouer dans toutes les gammes de partition. À travers ces vingt-cinq nouvelles ou plus exactement ces instantanés de vie, il explore à merveille des situations et la psychologie de ses personnages. Les troubles, les hésitions, les choix effectués ou subis qui font basculer une vie ou gravent à jamais les mémoires jalonnent ces textes.

Touché par ce sentiment d’avoir la chance de partager avec eux un moment à part, on pénètre dans l’intimité de ces personnages appartenant à des milieux sociaux différents. L'auteur nous parle d'amour, d'amitié, de maladie ou de mort, mais aussi de fraternité ou de bonheur. Sans pathos ou exagération, c'est empreint de tendresse et d'une pudeur très belle.

Avec ces nouvelles ciselées qui nous promènent dans la campagne anglaise ou en ville à différentes époques, Graham Swift décrit à la perfection les portraits de ses concitoyens et nous offre ce patchwork cosmopolite au plus près de l’humain.
J’ai savouré chacun de ces textes, j’ai été émue, j’ai souri de traits d’humour, certaines de ces nouvelles m’ont bouleversée alors qu’il y a une économie de mots. Je me suis régalée et les émotions bien présentes m'ont joliment cueillie.

L'Été circulaire
7,40
17 juin 2019

Dans une petite ville du Midi de la France sous un soleil écrasant, Céline seize ans consciente de sa beauté indécente et sa sœur Jo âgée de quinze ans s’ennuient. Les deux adolescentes subissent un quotidien morne avec peu de distractions hormis des virées nocturnes en catimini dans les piscines des villas, et la fête foraine annuelle. Des vies étriquées avec des accès de violence de la part du père qui verse dans les petits trafics et tient des propos racistes envers le fils des voisins arabes. Leur mère cantinière a brûlé trop vite sa jeunesse et le regrette.

L'histoire est quasiment pliée, la suite est pratiquement courue d’avance comme si rien ne pouvait empêcher la fatalité et le drame. Les différences entre les classes sociales, la honte et la frustration nourrissent une tension papable renforcée par l'écriture sans fioriture de Marion Brunet. Le désœuvrement tout comme la complicité et la solidarité des deux sœurs sont soulignés. Sans prendre des chemins de traverse, c'est direct.

Ce roman social, noir et âpre, sans éclaircie laisse un goût amer en bouche. Je suis bien embêtée car je suis incapable de dire si j’ai aimé ou non. Un peu trop prévisible à mon goût, cette lecture diffuse une ambiance qui colle à la peau et j'ai souvent pensé à "Leurs enfants après eux" de Nicolas Mathieu et à "D'acier" de Silvia Avallone. Mais pour moi, il lui manque un supplément d’âme.
Une chose m’échappe cependant, pourquoi ce livre est-il classé dans la catégorie roman policier alors que ça n'en est pas un ?

Une santé de fer

Anne-Marie Métailié

18,00
12 juin 2019

Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. À partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias, le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias. Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.