Clara

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Une lectrice décomplexée, amoureuse de la vie qui habite au bout du monde (ou presque). Et un blog pour parler lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

L'héritier, Une histoire d'amour

Une histoire d'amour

Autrement

18,00
1 mai 2019

À la mort de sa tante Phillidia, Peregrine Chase hérite du domaine de Blackboys. Le timide jeune homme qui occupe un emploi modeste à Londres n'a guère d'attirance pour la campagne anglaise. Cerise sur le gâteau, sa tante a accumulé les dettes. Le notaire chargé de la succession, Mr. Nutley, ne lui donne qu'un seul qu'un seul conseil : tout vendre rapidement lors d'une mise aux enchères.

Si la propriété requiert de nombreux travaux, le jardin est luxuriant car Miss Phillidia s'en occupait avec amour et dévotion. Venu à Blackboys, Peregrine est mal à l'aise et le notaire s'en délecte. Le jeune homme se contente de sa vie routinière et insatisfaisante sur beaucoup de points. Néanmoins, il veut découvrir le domaine dont il hérite. Touché par la beauté simple et pure de la nature qu'il découvre, une métamorphose s'opère. L'homme timoré qu'il était devient confiant, audacieux et il envisage sa vie sous un autre jour alors que la vente approche.

Avec finesse, Vita Sackville-West sonde la nature humaine tout comme elle décrit à merveille la fascination magnétique de la nature et la transformation de son personnage. Entre poésie et ironie, ce roman élégant au charme suranné est absolument délicieux.
Seul petit bémol, j'ai trouvé la fin un peu vite expédiée mais comme l'écriture de Vita Sackville-West m'a charmée, je compte bien lire d'autres romans de cette auteure.
https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/05/vita-sackville-west-lheritier-une.html

La vérité sur Dix petits nègres
26 avril 2019

Il n'est nul besoin de se replonger dans le célèbre livre d'Agatha Christie avant d'entamer cette lecture. Pierre Bayard nous rafraîchit la mémoire avec l'ensemble des protagonistes soit les dix personnes présentes sur l'île qui toutes, sans exception, vont trouver la mort. La question qui taraude le lecteur est forcément de savoir qui a pu commettre ces meurtres. Dans les toutes dernières pages, Agatha Christie nous livre la réponse alors que la police s'est cassée le nez sur cette affaire apparemment insoluble.
Pierre Bayard reprend toute la mécanique sur laquelle repose "Dix petits nègres" en faisant intervenir un narrateur inattendu. J'ai nommé le coupable car oui celui qui s'est fait voler la vedette relate ce qui s'est passé. Agatha Christie se serait-elle trompée sur l'identité du coupable? Aurait-on avalé les explications fournies sans broncher alors que la vérité est toute autre ?

Non seulement, on est tenu en haleine car bien entendu le coupable ne sera connu qu'à la fin mais surtout le cheminement entrepris est passionnant. Sans rien modifier au déroulement de l'histoire, certains points mis en lumière nous permettent d'avoir un autre angle de vue et de raisonner différemment. On se glisse dans la peau d'un Sherlock Holmes, on se mord la langue de n'avoir pas vu certaines failles (mais oui, mince !) et on explore de nouvelles hypothèses. Avec de nombreux exemples notamment sur les illusions d'optique, l'auteur démontre ses raisonnements et propose au lecteur de participer à des petits tests.

Sans rien n'enlever au charme des "Dix petits nègres", cet essai fort réjouissant est instructif. Même si j'ai un petit bémol pour une des explications concernant l'identité du meurtrier, j'ai beaucoup, beaucoup aimé.
https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/04/pierre-bayard-la-verite-sur-dix-petits.html

Pas dupe
23 avril 2019

Tippi Mayer est découverte morte dans sa voiture au fond d’un ravin en Californie.Un virage mal négocié sous l’emprise de l’l’alcool et/ou de la vitesse. En somme rien d’étonnant. Sur place, l’inspecteur Costa, l’assureur Kowalski et le défunt mari Salvatore observent la scène. L’enquête pourrait être bouclée très vite mais avec ses faux airs de Columbo, l’inspecteur Costa pose des questions. Pourquoi Tippi était-elle partie de chez à cinq heures du matin ? Pourquoi l’assureur était-il déjà sur place ? Et comme le célèbre lieutenant, il y a souvent un petit détail qui l’intrigue.

Le mari de Tippi, sympathique aux yeux du lecteur, collabore. Et il veut que la vérité soit faite d’autant plus que son beau-père lui reproche de n’avoir pas été un bon époux. On en viendrait presque à le plaindre car certains éléments semblent malheureusement contre lui comme si s'il n'avait pas de chance. Qui dit vrai et qui ment ? Qui manipule qui ? On sait très bien que l‘accident n’en est pas un et tout le plaisir est de se faire mener ou presque par le bout du nez. Avec une intrigue et une histoire pourrait-on dire moult fois déjà exploitées (une riche épouse, un amant, un couple qui bat de l’aile, un beau-père qui régente tout et une voisine curieuse), Yves Ravey se joue de nous.

C’est noir et délicieusement savoureux. Alors oui, la fin est sans aucune surprise et alors ? Peu importe à vrai dire car tout l’intérêt ce livre est dans l’écriture épurée au cordeau et dans l'ambiance installée. Même si tout semble couru d'avance, l’auteur laisse planer des doutes, il instaure savamment une tension et glisse ici et là des pics d’humour noir voire décalés. Ce roman se lit comme un page-tuner où l'on savoure la minutie, la précision de l'écriture avec le sourire aux lèvres. Une petite friandise dévorée qui m’a beaucoup fait penser à "Viviane Elisabeth Fauville" de Julia Deck .
https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/04/yves-ravey-pas-dupe.html

L'Encre vive

Fiona Mcgregor

Actes Sud

15 avril 2019

À cinquante-neuf ans, Marie King, mère de trois grand enfants et depuis peu divorcée, s’est toujours occupée de sa maison – et surtout de son magnifique jardin – située dans un quartier bobo et très prisé de Sydney. Mais les temps sont durs et Marie qui a toujours vécu sans regarder à la dépense n’a plus les moyens d'avoir le même train de vie, elle va devoir vendre son bien. Le jour de son anniversaire, un peu éméchée, elle décide de s’offrir un cadeau atypique : un tatouage.

Passe encore un tatouage mais ce n'est que le premier d'une série pour Marie. Sauf que dans son entourage, ces tatouages sont catalyseurs de beaucoup de réactions comme l’incompréhension, la stupeur et l’incrédulité. Mais pourquoi diable enchaîne-t-elle les séances au salon de tatouage alors que sa maison est mise en vente ? Ses enfants et ses amis la regardent d’un œil perplexe et en cherchent la cause avec plus ou moins de maladresse. Mais Marie est décidée à prendre sa vie en mains, à s’assumer comme elle l’entend, quitte à faire grincer des dents.

Avec en toile de fond une radiographie de l’Australie sans concession, les conventions sociales, la complexité des relations familiales, l’appropriation du corps, la vieillesse et la maladie sont autant de thèmes abordés et creusés. À travers les enfants de Marie, pivot central de ce roman, et de son entourage, ce sont des personnalités aux préoccupations différentes qui sont creusées. Tous au long de ce roman, tous vont changer. Et chacun sera touché, titillé, car ces personnages renferment une part plus ou moins importante de nous. Fiona Mcgregor livre un beau portait de femme, une femme attachante avec ses faiblesses et sa lucidité.

J’ai vibré, j'ai souri et j'ai été émue avec ce roman pertinent sur toute la ligne parsemé d'humour vitriolé et aux savoureux dialogues. Et sans que je m'y attende dans ses toutes dernières pages, ce roman a réussi à me bouleverser au point d'engendrer des poissons d'eau.
Un régal et un livre dévoré ! Petit bonus, en tant que lectrice tatouée ( oui, ciel!), j’ai trouvé très juste les descriptions du pourquoi du tatouage, de l’envie et du regard des autres.

- J'ai remis de l'ordre, entrepris un grand nettoyage...
- Ah oui? Formidable, dit Susan. C'est très bouddhiste de faire le vide.

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/04/fiona-mcgregor-lencre-vive.html

Tous, sauf moi
24,00
10 avril 2019

Rome, 2010. Ilaria la quarantaine voit débarquer chez elle un migrant qui prétend être son neveu. Comme tant d'autres, le jeune homme a fui l’Ethiopie pour l'Italie. Surprise et déconcertée, elle ne sait comment réagir. La carte d’identité du jeune homme indique bien qu’il porte son nom Profeti mais également le prénom de son père Attilio. Ce dernier, séducteur et charmeur, avait mené une double existence à Rome jonglant avec le foyer légal et celui de sa maîtresse. Désormais âgé de quatre-vingt-quinze ans, il n'a plus toute sa tête. Serait-il possible que la fratrie des quatre enfants soit incomplète et que son père ait un fils en Ethiopie ?

Tout comme ses frères, elle ne connaît que la version édulcorée du séjour de son père dans ce pays avant la Seconde Guerre mondiale.
En grattant de vernis de l'histoire paternelle, Ilaria remonte le cours de l’Histoire de l’Italie avec un pan souvent méconnu et la colonisation de l’Ethiopie. Qui est vraiment son père ? Et qui croire ?
L’auteure aurait pu se contenter de nous raconter la quête d’Ilaria mais elle nous offre un roman puzzle à la construction éclatée. Des massacres d'Addis Abeba en Ethiopie à l'Italie de Berlusconi, elle déploie les histoires personnelles liées à cette famille et les ancre dans la grande Histoire. On découvre tout comme Ilaria le passé moins lisse de son père.

Cette radiographie de l'Italie met la lumière sur des faits peu glorieux et horribles sous couvert de la colonisation mais également la corruption, les copinages pratiqués et la mise à nu de racines du fascisme. Sans une once de sensationnalisme, l'auteure nous expose les conditions de traversée des migrants et l'accueil qui leur est fait.

Contrairement à Plus haut que la mer et Eva dort où l’auteure faisait preuve d’un certain lyrisme, ici l’écriture ne prend de gants et elle a gagné en puissance.
Cette lecture prenante qui brasse l’histoire (avec des personnages pour certains bien réels) et cette famille a eu l’effet d’uppercut. On est bousculé, interloqué, poussé dans nos retranchements.

Sans se faire donneuse de leçons, Francesca Melandri signe un grand roman époustouflant, intelligent, instructif, creusé et pertinent. Une lecture indispensable, marquante où les liens souterrains, souvent effarants, entre passé et présent se dessinent.

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/04/francesca-melandri-tous-sauf-moi.html