Thierry C.

http://lesangnoir.wordpress.com/

«Acheter des livres serait une bonne chose si l’on pouvait simultanément acheter le temps de les lire.» Schopenhauer
Et à quoi sert la littérature?
Peut-être à essayer de vivre selon les nuances car la littérature est «maîtresse des nuances» disait Barthes.
La littérature «s'embarrasse» de nuances. Ne se sépare de personne.
Elle s’intéresse aux différences, aux subtiles différences, aux sensibles singularités.
Elle veut comprendre. Raconter. Regarder. Éclairer l’existence.
Teinter la vie. Sucrer, saler la vie.
La littérature aide à respirer. Reprendre souffle. A souffler, un peu. Sûrement!

21 octobre 2011

Un enchantement !

Azélie, une comtesse en jean rentré dans ses bottes et à chemise à carreaux, fumant des cigarillos charge un homme (inconnu ?) de cataloguer l'immense et insondable bibliothèque de son château. La bibliothèque date du XVème siècle et compte vingt mille volumes, des manuscrits, des incunables, de belles reliures inestimables. "Si nous nous entendons, si la solitude ne vous effraie pas, vous y demeurerez tant qu'il vous plaira, on vous dérangera aussi peu que possible et je vous présenterai de vieux sages qui vous tiendront silencieusement compagnie. Les soirs où vous aurez envie de vraie société, je serai là et nous bavarderons. Réfléchissez. Mais, si vous vous décidez, ne venez pas avant le printemps." propose la comtesse. L'homme c'est le narrateur dont on sait peu de choses. Il est cultivé, grand lecteur, riche et a fait plusieurs fois le tour du monde. C'est à peu près tout. Ni un rat des villes, ni un rat des champs, un rat des livres. Le château fait aussi fonction de chambres d'hôtes. Une jeune étudiante le fait visiter aux touristes. Il y a également un homme à tout faire (un factoton qui effectivement sait tout faire sauf lire !), une cuisinière et des gens de passage, parfois curieux ou intrigants. Notre énigmatique narrateur va "hanter" le château jours et nuits, "traverser les apparences". Un bien étrange visiteur. Je ne devrais pas vous en dire plus...ce roman est une surprise. Ce livre est un enchantement à lire. Le style de Thierry Laget ravive Walter Scott et Giraudoux, Conan Doyle et Aristote. C'est parfois drôle, souvent érudit sans jamais être pédant, exigeant mais jamais facile. C'est encore un bel hommage à la littérature, cette "immense vibration du monde." " Celui que vous appelez le Lecteur lit pour que nous continuions d'exister ; s'il referme le livre, nous ne sommes plus. " Je conseille vivement ce roman que j'ai eu du mal à lâcher...

17 octobre 2011

Que du bonheur !

"Ô amis lecteurs qui vous contentez de l'innocent et banal "bonheur de lecture", pouvez-vous imaginer l'étendue de la jouissance que procure la littérature ?" Une partie de ces 50 leçons de jouissance en littérature sont des chroniques parues dans le cahier livres de Libé sous la rubrique "On achève bien d'imprimer." Ce petit livre de Launet est un régal ! Il prévient d'entrée (d'entrer dans son livre aussi par la même occasion !) : " Le champ de la théorie littéraire, sorte de critique de la critique littéraire, est sans doute le domaine scientifique le plus acrobatique. " Launet nous fait son cirque et nous applaudissons, les yeux embués de plaisir. Imaginez un dialogue entre Benoît XVI et Michel Houellebecq ! Ou bien vivez de l'intérieur une loufoque délibération du jury Goncourt ! Allez à Gdansk assister au colloque consacré aux livres qu'on n'a pas lus ! Et puis apprenez comment la lecture au lit influe sur la stratégie de reproduction des couples ! Sachez que lire Kafka assouplit le neurone ! Interrogez-vous : que veut dire Agnès quand elle déclare que "le petit chat est mort"? Regardez-vous : est-il acceptable de corner les pages des livres? Connaîssez-vous le Prix Bulwer-Lytton attribué à la pire première phrase de roman ? Ce drôle de livre intelligent est à mettre en toutes les mains ! Que du bonheur garanti ! Indispensable aux amoureux des livres, de la lecture et de la littérature ! "Le sujet de cet ouvrage est la littérature, ceux qui la font, et ceux qui la lisent. C'est-à-dire qu'on parlera de plaisir, de frontières, de désir, de promesses. Il y a peu de sujets aussi envoûtants que les livres, mis à part le jardinage et le sexe peut-être".

Roland TOPOR

Wombat

16 octobre 2011

La piste aux étoiles !

Comment ? Vous ne le saviez pas ?
Oui c’est Topor qui a inventé le dadaïsme, le surréalisme et le cubisme. Le ponctualisme et le glissisme ? C’est lui aussi. Entre autres «isme» !
Comment ? Vous n’avez jamais su ?
Oui c’est Topor qui a trouvé le titre d’un roman d’Ernest Hemingway, «Pour qui sonne le glas.».
Comment ? Vous n’avez jamais entendu parler de ça ?
Oui c’est bien Topor qui a écrit le célèbre et sulfureux roman «Histoire d’O» et pas Pauline Réage.
Comment ? Vous étiez persuadé que c’était Breton qui avait écrit le Manifeste du Surréalisme ?
Ben non figurez-vous, c’est Topor.
Comment ? Vous n’étiez pas au courant ?
Le fameux train de Trotski était exclusivement réservé à Topor pour qu’il voyage dans la nouvelle Union Soviétique.
On ne vous dit pas tout !
Vous ne me croyez pas ?
Pas la peine d’aller vous précipiter sur votre encyclopédie Universalis ou sur votre Wikipédia adoré. Ils vous mentent !
Lisez les mémoires de Roland Topor, vous allez vous en frotter les yeux d’émerveillement. La vie de Topor c’est la piste aux étoiles.
C’est un hymne à la vie. C’est une franche rigolade, camarade. C’est toute une histoire de l’art «décontenue».
Topor n’est pas un vieux con. Il a de la mémoire lui ! Il a tout vu, tout connu. Pourtant Topor reste encore aujourd’hui ni vu ni connu alors si ça vous dit de vivre à la Topor, n’hésitez pas un seul instant, lisez ses mémoires du XXème siècle. De Freud à Trotski, de Picasso à Malraux, de Braque à Giraudoux, de Chagall à Cocteau, de Sartre à Camus, il les a tous connus !
"Je les ai connus, tous ! Et ceux que je n'ai pas rencontrés en chair et en os, je les ai vus à la télévision. C'est moi qui leur ai donné leurs meilleures idées..." dit-il.
Vous verrez, ce Topor là sera vraiment, très, très généreux avec vous...pour ma part il ne le sera jamais trop !
Topor reviens...ils sont tous devenus fous les artistes !!!!

16 octobre 2011

Magique !

Il y a des livres comme celui-là, que l'on sent, que l'on touche, que l'on entend, que l'on voit. Un peu comme un livre animé pour enfant. Un livre sensoriel, un livre à toucher, un livre à odeurs. Derrière chaque mot se dégage une odeur, s'ouvre un paysage, apparaît un personnage, surviennent des sons. Lecteur, frottez vos doigts aux pages de ce livre et sentez...Un livre magique, dis-je. "Les parents des fiancés bavardaient, assis sur le bord de leur chaise, en buvant parcimonieusement du malvoisi en riant fort de choses dont, en général, on se contente de sourire. Un bruissement de jupes parcourait la frontière invisible qui séparait les deux familles." L'écriture de l'italienne Michela Murgia (née à Cabras en Sardaigne) est tout en relief animé de montagnes et de collines, de criques et de plages, de soleil et de noir, de sang et de sueur. Une grande découverte ! J'ai dégusté ce livre avec bonheur, à tel point que souvent, je le posais fermé, interrompant ma lecture, pour le laisser fondre en moi, pour le reprendre plus tard, le sachant là à portée de mains. Ce roman a obtenu le prix Campellio 2010 et vient d'être superbement traduit par Nathalie Bauer. Ce prix est attribué par un jury populaire de 300 lecteurs.

Primo Levi, Alberto Bevilacqua, Antonio Tabucchi et Luigi Malerba sont des lauréats de ce prestigieux prix littéraire. Dans les années cinquante, dans une Sardaigne superstitieuse qui refuse obstinément de parler italien, dans le village de Soreni, il y a Maria la "fillus de anima", une fille de l'âme, adoptée par la vieille Tzia Bonaria, "l'accabadora" qui n'a jamais eu d'enfant et puis les gens du village qui vendangent, cueillent les olives, naissent, se marient, meurent et pleurent leurs deuils. "Quand s'achève le deuil, Tzia? La vieille femme n'avait même pas pris la peine de détourner les yeux du tablier auquel elle mettait la dernière main. Quelle question... le deuil s'achève quand s'achève le chagrin. - Alors on prend le deuil pour montrer son chagrin... avait commenté Maria, croyant avoir compris, tandis que la conversation s'estompait déjà dans le lent silence du fil et de l'aiguille. - Non, Maria. Le chagrin est nu. Le noir sert à le couvrir, non à l'exhiber." Cher lecteur, que j'envie déjà, de vous sachant lire ce beau roman, je ne vous direz pas ce que veut dire "accabadora". Ne comptez pas sur moi ! Tout ce que je veux bien vous concéder c'est que cette intrigante "accabadora" disparaît parfois les nuits pour aller...Mais chut... Michela Murgia nous raconte simplement, les traditions, les bonheurs et les drames d'un petit village de Sardaigne avec poésie et pudeur, amour et générosité. Dites-le autour de vous, faites passer l'info, ce roman est un bonheur de lecture, beau comme un coucher de soleil sarde !

17,25
15 octobre 2011

Balzac, reviens !

Pourtant tout avait bien commencé. D’entrée l’auteur frappait fort. Avec une sentence bien ficelée. Le mariage comparé à un tour d’autos tamponneuses. «C’est inconfortable, on prend des coups, on en donne, on tourne en rond, on ne va nulle part mais, au moins, on n’est pas seul.» D’où le titre du roman. Plus imagé...y’a pas ! Bien entendu, on n’est pas obligé d’être d’accord mais force est de reconnaître que c’est bien tourné.
Alors voilà. C’est l’histoire de Pierre, marié donc, avec Hélène. Ca se passe en Bretagne, dans le golfe du Morbihan pour être exact. Pierre veut prendre sa retraite mais Hélène, sa femme donc, qui aime son homme quand il est absent, ne veut pas d’un mari qui traîne dans ses pattes à ne rien faire. Ils ne peuvent pas se supporter, ils sont riches, «arrivés» comme on dit et ne fréquentent que leurs semblables : ceux qui sont riches, arrivés et qui ne peuvent pas se supporter. L’auteur surfe sur la petite vague facile du cynisme à la mode de chez nous aujourd’hui : sa plume se veut acerbe, impitoyable, corrosive, désenchantée...que sais-je et que dira-t-on partout dans la presse qui «chouchoute" ce livre. Pas de quoi faire une tempête !
Ces vies ennuyeuses de bourgeois de province à la Chabrol finissent par ennuyer le «pôvre" lecteur !
Surtout quand il tombe sur des phrases de cet acabit : «Jolie femme, certes, appétissante pour qui aime le colossal, mais il semble qu’elle ait de la merde à la place du cerveau : quand elle a parlé, on dirait qu’elle a pété." Hum...hum !
Allons, pour les études de moeurs, retournons, en calèche, voir ce cher Balzac !