Leiloona B.

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Freedom

Éditions de L'Olivier

24,30
5 octobre 2011

Vite du prozac !

Chronique d'une famille américaine sur trois décennies, Freedom a eu un succès retentissant aux Etats-Unis (on parle d'un million d'exemplaires vendus), succès qui a rejailli en France aussi. Comment ne pas être tenté de découvrir cet auteur phare ? Même si les quelques 700 pages peuvent intimider, il faut parfois prendre le temps de se poser avec un livre et de le savourer.

Chronique d'une famille américaine donc, Freedom narre donc toutes les étapes ou presque d'un américain lambda. La vie à l'université, la colocation, puis l'amour, la vie à deux, mais aussi la vie d'une femme à la maison, très desperate ... Aux rêves de la vie estudiantine s'ensuivent les désillusions de la vie quotidienne. Les rêves sont piétinés, et au final on ne ressemble que peu à cet étudiant qui faisait de nous un être à part.

Portrait d'une famille a priori lisse et sans histoires, ce roman s'attache avant tout à Patty, la mère parfaite par excellence. Toujours souriante, disponible pour ses enfants, femme d'intérieur, mais aussi épouse aux petits soins pour Walter, tout commence bien. Enfin, presque. Parce que Joey, le fils de Patty et Walter, remet un peu trop en question l'autorité paternelle.
Le retour dans le passé ne fera que prouver l'existence de grumeaux sous ce portrait parfait. A commencer par le couple même ...
Il s'avèrera que d'un choix (pas si anodin que ça) fait par Patty à une époque découlera toute une vie. La vie des Berglund.

Voici ce que démontrera cette narration, dissequant en fins lambeaux la vie de Patty. Qu'en reste-t-il ?

Le narration suit un rythme lent, parfois la longueur des dialogues (et leur platitude aussi, il faut bien montrer l'ennui dans les échanges) donne l'impression que le lecteur assiste en direct à la scène, mais loin de la rendre plus vivante, elle l'enfonce dans cette banalité soporifique.
Bien entendu, en 30 ans de nombreux changements auront lieu, on ne peut donc nier que la narration recèle de temps à autre une certaine action. Ainsi pour mettre du piquant dans cette histoire, on donne au lecteur la joie de revoir le lieu commun du triangle amoureux, que l'on saupoudre avec un peu de piment en relatant l'abîme qui sépare un enfant de ses parents.

Certains parleront d'écriture cinématographique, d'autres d'écriture plate et sans relief.

Qu'il me fut difficile de suivre la vie de cette famille ! Autant l'ennui dans les séries ou dans les films peut être rendu intéressant par un traitement particulier de l'image (le cerveau a de la nourriture à se mettre sous les dents), autant dans un roman, si l'écriture sans relief mime l'ennui des personnages, on a vite fait de s'ennuyer à son tour.
Et les 700 pages passent très lentement. Au mieux ai-je pu nourrir mon cerveau avec une belle alternance des points de vue. Mais dans la balance, cela ne pesait guère lourd.

Loin de partager l'enthousiasme de la plupart, ce livre, véritable reflet de notre société contemporaine, ne m'a guère enchantée. Un roman doit au moins susciter un petit intérêt, que ce soit au niveau de la forme ou du fond. Mais lorsque l'écriture sans relief mime l'histoire de cette famille banale, en proie à un ennui profond et désabusé, je ne savais plus trop à quelle branche me raccrocher pour ne pas tomber.

Juste avant
12,20
12 août 2011

Un merveilleux échange silencieux entre les générations.

Voici un chassé-croisé bien particulier, celui de deux femmes de la même famille.
L'une est presque centenaire, l'autre a la trentaine. Elles sont toutes les deux à un croisement de leur vie. La plus jeune vient de divorcer : elle s'apprête alors à commencer une nouvelle vie ; et la plus ancienne des deux vit ses dernières heures.

Elles vont à tour de rôle raconter leur vie. Cinq générations vont alors se télescoper, avec leurs différences mais aussi leurs étranges coïncidences. Comme si le destin s'amusait à répéter inlassablement le même shéma au fil des générations.
Mais loin d'être un récit fataliste, Juste avant est surtout un formidable échange silencieux entre les générations.


Sur son lit d'hôpital, Juliette a peur. Peur de la mort qui rôde et qui viendra bientôt, elle le sent. Alors elle se rappelle son enfance, sa solitude, la relation qui l'unissait à sa mère. Ses souvenirs lui servent de tuteur, ils la guident vers sa dernière demeure.
Un peu comme s'il fallait se remémorer sa vie avant de la laisser partir.
Fanny, elle, fait face à sa Granny. C'est elle qui l'accompagnera jusqu'à la fin. Elle aussi, près de ce lit et face à son arrière grand-mère, repense à sa vie, mais aussi aux vies des femmes de la famille.
Ces derniers moments sont donc l'occasion de revenir en arrière, une dernière fois, d'imaginer aussi ce que d'autres auraient pu dire à leur place.
C'est aussi l'occasion de revenir sur des souvenirs qui pèsent, qui embrument l'esprit : ces souvenirs coupables qui restent ancrés à jamais sous notre peau.
On y lit les actes manqués, le manque de communication, mais aussi ces merveilleux liens que tissent les générations entre elles. Souvent, lorsqu'on a fait des erreurs, on essaie de ne pas les reproduire avec ceux qui viennent après nous. On fait plus attention.

Juste avant est donc cette conversation que deux femmes auraient pu avoir. Avant qu'il ne soit trop tard. A travers cet échange d'inspiration autobiographique, le lecteur lit aussi sa propre histoire : certaines images feront écho à sa famille.
Voilà comment un premier roman assez autobiographique touche à l'universel.

Juste avant est bien entendu un récit de fin de vie, mais ce serait un tort d'imaginer que c'est un récit triste. Il est bien sûr fait de vie, avec les souffrances qu'elle peut entraîner (c'est long un siècle, il peut s'en passer des choses), mais en filigrane se dresse aussi un formidable portrait inter-générationnel.
Daniel Pennac n'a pas eu tort en qualifiant ce récit de "gaieté étrange".