Laurence G.

Calpurnia, Volume 2
par (Au moulin des Lettres)
4 mai 2020

Très belle adaptation du roman de J . Kelly paru à l'Ecole des Loisirs

Les deux albums racontent le quotidien d'une fillette de 11 ans en 1899. Elle est passionnée par le monde de la nature et découvre les insectes et les plantes grâce à son grand-père. Mais sa mère ne comprend pas les aspirations de sa fille et s'évertue à lui faire réussir les tartes aux pommes et la broderie. Le scénario souligne combien il est difficile à cette époque pour les filles d'aller étudier plutôt que de se marier et combien les codes qui régissent la bonne société américaine sont archaïques et hostiles à toute velléité d'émancipation féminine . L'illustration tout en rondeur et aux couleurs douces accompagne parfaitement les dialogues. L'auteure s'est inspirée du roman homonyme de Jacqueline Kelly . A découvrir des 11 ans.

De pierre et d'os
par (Au moulin des Lettres)
27 avril 2020

De la survie en milieu hostile: un roman magnifique et poétique!

Bérengère Cournut nous transporte au pays des Inuits avec son nouveau roman, « De pierre et d’os ». Nous allons suivre la destinée d’une jeune fille, Uqsuralik, séparée un beau matin du reste de sa famille à cause de la banquise qui va se briser net brutalement. Elle va se retrouver seule avec l’un de leurs chiens sur un bloc à la dérive. Tout va tourner alors autour de la survie quotidienne dans une nature splendide mais difficile à affronter seule et à mains nues.
Uqsuralik va survivre grâce à son esprit futé et à sa connaissance du milieu naturel dans lequel elle évolue depuis sa naissance. Elle va aussi avoir de la chance. L’auteure nous conte la façon dont elle va traverser les années, avec qui elle va se retrouver au hasard de ses pérégrinations sur la banquise et les lois qui régissent les clans.
Avec une langue dépouillée de tout artifice mais pleine de poésie, Bérengère Cournut nous permet la découverte d’un personnage féminin magnifique, empli de son amour pour la nature et pour les éléments qui la composent, végétaux, animaux, esprits divers… Le chamanisme fait partie intégrante de la culture Inuit et joue un grand rôle dans la vie de ce peuple qui croit à la réincarnation. Un gros coup de coeur et une très belle manière de s’évader...

La maison allemande
par (Au moulin des Lettres)
23 avril 2020

Un roman allemand sur les années 60 et sur la mémoire collective

Si la littérature de la Shoah nous a fait découvrir depuis 70 ans l’horreur des camps d’extermination, les années 60 en Allemagne ont été beaucoup moins abordées.
Annette Hess situe son roman en 1963, pendant le second procès d’Auschwitz où furent jugés 22 officiers SS et kapos. Eva Bruhns, jeune interprète, va être sollicitée pour traduire les témoignages des rescapés polonais pendant le procès qui va durer un an et demi et qui se tiendra à Francfort.
Les hésitations d’Eva pour accepter ce travail vont être confortées par la réticence de ses parents à parler du passé et par celle de son fiancé, Jürgen. Eva désire cependant acquérir une autonomie financière pour s’émanciper du foyer familial, ce malgré le souhait de Jürgen d’avoir une épouse femme au foyer.
S’intéressant de plus en plus au procès, elle lit les journaux qui relatent sa mise en place et présentent les accusés ; cet intérêt d’Eva pour le procès rend sa mère furieuse. Certaines scènes de rue auxquelles elle ne prêtait pas attention jusque-là vont lui ouvrir les yeux sur l’antisémitisme toujours vivace. Elle finit par accepter de travailler dans le cadre du procès et va commencer alors une lente découverte de ce qui s’est passé 20 ans auparavant dans son pays et au sein de sa famille.
Alternant les points de vue grâce aux différents personnages de la famille d’Eva, l’auteure nous plonge dans la vie quotidienne d’une famille allemande des années 60. Elle entremêle ces passages à ceux présentant les membres du Ministère de la Justice qui doivent mener le procès et à leur recherche des témoins ou des coupables. Annette Hess tisse peu à peu des liens entre ces deux univers et remonte dans le passé en questionnant la culpabilité, la mémoire et les non-dits. Il semble évident que les Allemands ayant connu le nazisme aspirent alors à vouloir oublier cette période, quitte à renoncer à toute volonté de justice.
Eva durant le procès va s’émanciper, mûrir et surtout appréhender enfin cette partie de l’histoire de son pays, occultée par le plus grand nombre jusque-là dans une volonté d’oublier l’innommable. Un roman très fort et une excellente traduction de Stéphanie Lux.

Les détectives du Yorkshire / Rendez-vous avec le crime
par (Au moulin des Lettres)
22 avril 2020

Un roman d'intrigue so british !

Delilah habite Bruncliffe, petit village situé dans une vallée du Yorkshire en Angleterre. Jeune femme dynamique, surdouée en informatique, elle est connue pour son caractère enflammé. Depuis son divorce, elle croule sous les dettes et tente de sauver son agence de rencontres tout en évitant que tout le village et sa famille soient au courant. En effet, Bruncliffe ne fait pas exception et comme dans tous les petits villages, ragots et rumeurs y vont bon train.
Un jour, Samson O’Brien arrive sur la belle moto rouge de son père. Celle avec laquelle il est parti du village quatorze ans plus tôt sans explication. Son retour inattendu défraie la chronique et suscite beaucoup d’animosité.
Qu’elle n’est pas la surprise de Delilah quand elle découvre que son futur locataire n’est autre que Samson, le meilleur ami de son frère Ryan, décédé au combat. Après des retrouvailles douloureuses pour la mâchoire de Samson mais pleines d’intérêt pour les spectateurs du bar d’en face, elle se résout à lui louer au vu de sa situation financière. Pendant ses années loin de Bruncliffe, Samson est devenu un policier d’élite, obligé de quitter Londres quelques temps, il ouvre une agence de détective privé dont la première client est persuadée que son fils a été assassiné. C’est le début d’une enquête trouble pour laquelle Delilah et Samson seront obligés de collaborer. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises.
Entre intrigues, vieilles rancœurs, histoires de famille, amitiés et potins, embarquez immédiat direction l’Angleterre !
Ce premier tome plante les deux héros tout en conservant soigneusement plusieurs mystères dont celui du départ de Samson, survenu des années plus tôt. Cette série, composée désormais de cinq tomes est un vrai "page-turner". Les deux personnages sont attachants et on passe un bon moment dans la campagne anglaise avec l’envie de découvrir la suite de leurs aventures.

Cette série s’inscrit pleinement dans la catégorie dite des "cozy mysteries". Ce sont des livres policiers moins sanglants qui se passent souvent à la campagne et dans lesquels ont suit souvent des détectives amateurs non dénués d’humour. La part belle est donnée à l’intrigue mais aussi à la vie de chacun des personnages. Ce genre littéraire fait souvent référence à des auteurs tels qu’Agatha Christie.

Coup de cœur de Léa.

Le jardin de Rose
17,50
par (Au moulin des Lettres)
22 avril 2020

Un très bel album à découvrir

Françoise, quinquagénaire, vit dans un petit appartement de banlieue parisienne avec son mari. Enfermée dans un quotidien morne, elle partage son temps entre s’occuper de son mari et rendre service à sa voisine Rose. Elle s’est toujours consacrée aux autres, a mis sa vie de côté et désespère aujourd’hui de trouver un emploi. Suite à un accident, sa voisine se retrouve clouée chez elle alors qu’elle vient d’obtenir une parcelle dans un jardin familial. La vieille dame attendait cet emplacement depuis des années. Bien qu’elle n’ai jamais jardiné, Françoise accepte de la remplacer, le temps de son rétablissement. Suite à un quiproquo, les jardiniers la prennent pour Rose. L’accueil de la communauté jardinière est mitigé, notamment à cause de son manque de connaissance botanique.
Françoise s’émancipe et vit enfin. Elle est libérée du poids du chômage, de son mari et des comptes qu’elle lui rend. Petit à petit elle trouve sa place dans ce groupe de jardiniers, qui réunit des gens de tous âges et de tous horizons.
Cette bande-dessinée est une ode à la liberté, au bonheur, parce qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre et à être heureux. Le lecteur suit avec émotion le cheminement de cette femme vers l’indépendance.
Ce one-shot est l’œuvre d’Hervé Duphot, qui réalise à la fois le scénario, le dessin et la couleur. Le texte est porté par de magnifiques illustrations dont la douceur du trait et des couleurs contraste avec l’enfermement quotidien de Françoise.

Le cas de Françoise fait penser à celui de nombreuses femmes qui se sont mariées jeunes, se sont arrêtées de travailler définitivement ou bien « juste » le temps d’élever les enfants. Ce sont des femmes au service de leur mari, qui ne voient pas le travail qu’elles effectuent chaque jour. Une fois les enfants partis, leur propre vie construite, elles se retrouvent dans une situation compliquée. Elles n’ont pas de travail et sont à un âge où il est plus difficile d’en trouver, surtout au vu des innovations technologiques de ces dernières décennies. Ce sont des femmes qui ne sont pas considérées et qui n’ont pas de position sociale dans notre société basée sur le travail.
Coup de cœur de Léa.