Laurence G.

Algues vertes, l'histoire interdite
par (Au moulin des Lettres)
10 juin 2019

Un reportage de qualité sur le phénomène des algues vertes en Bretagne

Inès Léraud, journaliste spécialisée dans les problématiques de santé publique et d’environnement, produit des documentaires radio-diffusés. Elle s’est intéressée au problème des algues vertes en Bretagne pour en tirer un reportage au long cours qui a d’abord fait l’objet d’une diffusion en 2016 sur France Inter avant de paraître de façon partielle dans La Revue Dessinée, mis en dessin par Pierre Van Hove.
Les éditions Delcourt se sont associées à La revue dessinée pour publier intégralement cette excellente BD qui vient tout juste de paraître.
Comme toute journaliste qui se respecte, Inès Léraud n’a pas lésiné sur le temps et sur le nombre
de personnes qu’elle est allée interroger dans le cadre de son reportage extrêmement fouillé.
Elle retrace les interviews qu’elle a pu obtenir pour créer un historique du problème sanitaire breton. La Bd commence par le témoignage du médecin urgentiste Pierre Philippe à Lannion ; il a été le premier, dès 1999, à soupçonner une intoxication (qui a pu s’avérer mortelle dans certains cas) par les émanations des algues vertes sur des patients et des animaux retrouvés inanimés sur les plages (touristiques) de la baie de Saint Michel en Grève dans les Côtes-d’Armor ou dans une zone très proche. En recoupant différents cas semblables pourtant éloignés dans le temps, il a énoncé ses conclusions et a averti les autorités sanitaires locales : sans effet ! Le déni est total jusqu’en 2016 alors que 36 sangliers, 5 ragondins et 1 blaireau sont retrouvés morts sans raison apparente sur les plages du Gouessant...
Inès Leraud est allée voir également du côté politique (maires, Conseil départemental, Préfecture, Conseil régional…) les raisons d’un tel déni. Elle met au jour les connivences entre les politiques (dont l’un d’eux est notamment Jean-Yves Le Drian, président de la Région) et les industriels, les puissants lobbies de la viande et jusqu’à la FNSEA.
Elle en vient à parler du système d’élevage intensif qui a été mis en place à partir des années 60 en Bretagne, avec un remembrement imposé aux agriculteurs qui bouleversera complètement le paysage et le monde agricole bretons. Les agriculteurs vont se retrouver englués dans ce système de production dont ils n’arriveront pas à sortir, empêchés par des emprunts sans cesse renouvelés pour augmenter la production et rester compétitifs au détriment de la qualité et de l’environnement.
Faisant de preuve de didactisme, recoupant les faits et les déclarations des uns et des autres, l’auteure produit un travail d’explication remarquable et limpide, mettant en avant combien le temps de la justice peut être pour long pour les victimes et leur famille.
Le dessin de Van Hove accompagne de façon dynamique tout le propos. Laurence Grivot

La fosse au loup

Alexandre Chardin

Thierry Magnier

12,00
par (Au moulin des Lettres)
26 avril 2019

Conseillé par la Librairie Sorcière Au Moulin des Lettres

Un roman sur la puissance de l'amour familial - Deux sœurs en conflit, un père malade, une cabane délabrée au fond des bois ; voici les ingrédients du nouveau roman d’Alexandre Chardin. Tandis que Lucie, décide de partir, sa petite sœur Blanche, 13 ans, se donne pour mission de ramener son père avec elle, même si pour ça elle doit chasser un loup qu’il est le seul à percevoir. Dans ce beau roman, écrit avec justesse, se mêlent colère, amour indéfectible, nature et bienveillance. Blanche arrivera-t-elle à apprivoiser son père ?

Léa - Conseillé par la Librairie Sorcière Au Moulin des Lettres

Open Bar - 1re tournée
12,50
par (Au moulin des Lettres)
23 avril 2019

Ahahahah! Fabcaro: à lire et à offrir sans retenue!

Fabcaro est un homme à l’humour parfois limite mais qui fait mouche à tous les coups ! Après ses excellents "Zai zai zai zai", ou encore "Moins qu’hier, plus que demain", voici un nouvel opus dans la même veine, une suite de saynètes tirées du quotidien de M. et Mme Toulemonde, chaque situation étant menée à la limite de l’absurde.
Son coup de crayon épuré et l’utilisation de la bichromie mettent en relief ses dialogues succulents, reflets critiques de notre société et de son conformisme . On adore !!!

Un putain de salopard, Isabel
par (Au moulin des Lettres)
23 avril 2019

Une excellente BD au scénario comme au dessin!

1972 : Max, 20 ans, débarque au Brésil à la mort de sa mère pour essayer de découvrir qui est son père. Muni simplement de 2 photos où on le voit, bambin, avec sa mère et deux hommes différents sur chacun des clichés, il se rend au village où il a vécu ses premières années et va rapidement découvrir un pays gangrené par la violence, la corruption et des trafics en tous genres.
On retrouve avec beaucoup de plaisir Loisel en très grande forme dans cette aventure humaine joliment croquée par Olivier Pont.
Un gros coup de coeur du Moulin des Lettres!

Le sport des rois
24,00
par (Au moulin des Lettres)
26 février 2019

Magnifique et terrible, un très grand roman!

650 pages, autant dire un pavé, vont vous plonger dans l’Amérique des propriétaires terriens du Kentucky à la terre fertile et à l’herbe bleue, et dans l'histoire de ceux qui les ont rendus riches et arrogants, les esclaves : un roman brillant et dense qui vient d’être publié dans la collection « Du monde entier » chez Gallimard, écrit par une jeune femme presque inconnue puisqu’elle n’a publié qu’un seul roman précédemment.
Le lecteur va suivre la destinée d’une famille, les Forge, arrivée au Kentucky il y a 7 générations, emplie de la certitude d’être la maîtresse de ces terres et dont la fierté du nom est la colonne vertébrale.
Le jeune Henry Forge, dont on va suivre le parcours de façon plus intime ainsi que celui de sa fille, Henrietta, déclare à son précepteur tout juste arrivé au domaine :

« Le Kentucky est le plus grand Etat de l’Union.
- En êtes-vous sûr ? répliqua l’homme
- Absolument.
- Plus grand même que le New Jersey ? » Il tortilla ses lèvres d’un air vaguement amusé.
Henry ne saisit pas la plaisanterie, il écarquilla les yeux. «  Des gens ont risqué leur vie pour arriver jusqu’ici et fuir des Etats comme le New Jersey. Quand ils ont banni l’esclavage en 1804, de nombreuses familles ont migré vers le Sud avec leurs Nègres pour s’install-
- Leurs Noirs ». L’homme inclina la tête sur le côté, un sourcil levé. « Vous vouliez dire Noirs, non ? »

Quand Henry hérite du domaine, il décide d’arracher le maïs et le tabac qui ont fait jusque-là la fortune de la famille et le transforme en haras pour y élever des purs-sangs et créer le cheval qui mettra tous les autres à terre. Obnubilé par sa passion, il se lance dans cette entreprise et y consacre sa vie tout en léguant son obsession à sa fille qu’il va éduquer dans le but de poursuivre son grand œuvre.
La dynastie Forge fonctionne en circuit fermé, d’autant que la mère de Henrietta a fui le domaine pour l’Europe en laissant à son mari le soin d’élever la fillette qui se révèle brillante et aussi déterminée que son père à créer des chevaux exceptionnels. C’est à ce moment-là que va débarquer Allmon Shaughnessy, embauché comme groom et premier Noir à travailler dans le haras des Forge.
L’histoire va et vient dans le temps et nous ramène à ce qu’ont enduré les ancêtres d’ Allmon et ce que lui-même va devoir supporter ; elle raconte le sort qui s’acharne sur les Noirs de Cincinnati et d’ailleurs, hommes ou femmes, jeunes ou vieux et qui les remplit de haine et de volonté de vengeance.
L’écriture puissante de E.C. Morgan est complexe et nous entraîne dans ce qui fonde l’histoire des Etats-Unis, mais elle fouille également le tréfonds des âmes tout en dépeignant la nature et le monde des chevaux de façon superbe. Un très grand roman, assurément, et une auteure à suivre.