Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

La folie Giovanna
par
13 février 2012

Excellemment écrit quoiqu'un peu trop mélodramatique à certains endroits, c'est un livre sensible, tendre et touchant. Cette histoire qui se passe dans un monde qui m'est étranger : la bourgeoisie de Province est touchante parce qu'elle raconte la vie de ces deux femmes, très liées dans l'enfance, puisque soeurs avec un an d'écart mais que tout pourrait opposer ; leur mère affiche sans retenue sa préférence pour Giovanna, la plus belle : "Ma pauvre Louise ! Personne ne voudra jamais de toi, je le crains." Quelle méchanceté, quelle sottise aussi... elle pensait que son assertion était une vérité scientifique, en sorte que, lorsque le très beau et très brillant Adrien me fit la cour, que notre mariage se décida, elle ressentit non seulement une certaine jalousie, mais aussi la blessure de quelqu'un dont les prédictions s'avéraient fausses." (p.20) ; leur mariage apportera la maternité à Giovanna tandis que Louise n'aura pas les joies de l'enfantement : "Mon ventre toujours vide et mes bras emplis des enfants des autres. Et voilà la jalousie, la jalousie profonde et amère. Comment combattre un sentiment qui reposait sur l'observation d'une évidence ?" (p.60). Malgré tout, la vie ne les sépare pas, leur complicité restera au-delà de leurs différences et de leurs chemins personnels. Louise sera très présente et sincèrement très affectée lorsque le sort s'acharnera sur l'enfant de Giovanna, son filleul.


C'est un roman écrit tout en finesse, autant pour le style que pour la manière d'aborder les personnages : beaucoup de non-dits, beaucoup d'allusions, beaucoup de fragilités des uns et des autres. Les relations entre eux sont adroitement décrites, parfois de la tendresse, parfois de la jalousie, parfois même une once de moquerie. Une écriture élégante, fine, très joliment travaillée qui place ce récit totalement en phase avec son époque et la condition des gens qu'il décrit. Vraiment, je suis tombé sous le charme de l'écriture d'Élise Galpérine. Un dernier conseil pour la route ? Arrêtez immédiatement vos lectures et plongez dans ce roman immédiatement, si vous passez à côté, vous le regretterez !

Le Glacis

Anne-Marie Métailié

14,00
par
13 février 2012

Monique Rivet a écrit ce livre dans les années 50, alors qu'elle était à peu près du même âge que son héroïne et qu'elle était comme elle en Algérie, mais ne l'avait jusqu'ici pas publié. Ce récit se lit comme un état des lieux d'une jeune Française avide de rencontres, de connaître l'autre autant le colon que le colonisé à un moment où la tension monte sérieusement entre l'armée française et les fellaghas. A cette époque on ne parle pas encore de guerre.
Puis Laure s'attirera d'autres remarques en sympathisant avec des jeunes femmes algériennes, en les invitant dans des endroits qu'elles ne fréquentent pas habituellement remplis de femmes françaises, et puis des réponses cinglantes lorsque par exemple elle visite une ferme exploitée par un colon : "Nous avions vu les logements réservés aux ouvriers ; des barbelés les entouraient et j'avais trouvé étrange qu'on mette derrière des barbelés des hommes supposés libres ; réflexion que j'eus la sottise de formuler tout haut et qui m'attira cette réplique de Saragossa : "ils sont tout à fait libres, libres de retourner dans leurs mechtas pour y crever de faim si ça leur plaît. Les barbelés, c'est pas pour les empêcher de partir, c'est pour la protection des bâtiments." (p.61)
Laure est une jeune femme libre et qui entend le rester jusque dans ses amours avec Felipe, mais qui vit au mauvais endroit au mauvais moment. Un beau récit, écrit simplement comme une chronique de la vie dans cette petite ville algérienne dans laquelle les peurs augmentent, les délations vont bon train et les gens qui ne veulent ou ne peuvent choisir un camp sont montrés du doigt, voire beaucoup plus si inimitiés.
Un livre qui permet de plonger en plein coeur de la guerre d'Algérie vue ni par un militaire venu maintenir l'ordre ni par un fellagha, mais par un simple témoin désireux de vivre en harmonie et en bonne intelligence avec tous. Une lecture instructive pour s'informer à froid des événements.

L'assassin éthique
22,00
par
13 février 2012

Ce roman noir est aussi une vue désabusée des États-Unis d'Amérique, entre rêve et réalité. Le fameux rêve américain dont on nous rebat les oreilles un peu partout : "Là-bas, tout le monde peut réussir, avec une bonne idée et de la volonté" est un leurre : ce pays charrie un nombre impressionnant de pauvres, de gens qui ne "réussissent" pas, non pas parce qu'ils n'ont pas de volonté ou de courage, mais parce qu'ils n'ont pas la chance d'être au bon endroit, d'avoir un minimum d'argent au départ. "Certains jours, toutes ces personnes m'inspiraient presque de la condescendance. Ces personnes qui m'observaient d'un air vide tandis que je leur servais mon speech appris par coeur, je les méprisais pour leur apathie, que je jugeais responsable de leur condition sordide. Je pensais que c'était cette mollesse qui les avait menés, et mènerait plus tard leurs enfants, à vivre dans un mobile home déglingué. Parce qu'au fond, ils s'en foutaient." (p.248)
Et l'intrigue me direz-vous impatients que vous êtes de savoir si ce livre a toutes les qualités ? Eh, bien, plutôt bien, et surtout David Liss la complique à souhait en rajoutant des faux indices, des intrigues mineures qui embrouillent l'intrigue majeure. Pour le plus grand plaisir du lecteur, qui lui, du fait de la multiplicité des narrateurs en sait plus que Lem et le voit avec plaisir tenter de se dépatouiller de cet imbroglio. Tout s'explique à la fin, à la toute fin pourrais-je même dire.
A me lire vous aurez compris tout le bien que je pense de ce roman qualifié par The Washington Post de "thriller décapant et à mourir de rire sur l'Amérique d'aujourd'hui !". Je n'aurais pas mieux dit. Ils sont forts ces Étas-Uniens !

Au pays des kangourous
18,00
par
13 février 2012

Tout passer par le prisme d'un enfant permet de dédramatiser, de mettre de l'humour, du sourire là où un avis d'adulte appesantirait le message. L'écueil, c'est de paraître un peu lisse, un peu trop léger et c'est vrai que malgré des situations lourdes, comme dans son roman précédent, Gilles Paris écrit un roman optimiste ; mais l'optimisme ne signifie pas forcément légèreté. Pour ma part, étant persuadé que le rire ou le sourire voire l'optimisme permettent de faire passer autant voire plus de messages que la noirceur ou la tristesse, j'avoue m'être plusieurs fois interrogé sur telle ou telle situation décrite par l'auteur. Dois-je revoir parfois la hiérarchie de mes priorités quotidiennes ? Et si je tentais moi aussi de voir mes pratiques par l'oeil des enfants présents chez moi, qu'est-ce que cela pourrait changer ? En outre, je peux sans souci m'identifier à Paul étant moi-même père à la maison et donc astreint aux mêmes contingences quotidiennes, aux mêmes tâches et devoirs mais aussi et surtout aux mêmes plaisirs de pouvoir profiter des enfants, grands et petits pour moi.

Microfrictions

Jan Thirion

Atelier in8

par
13 février 2012

Selon l'éditeur, une microfrition "c'est une histoire ultra courte (elle tient sur une carte postale) pleine de malice, voire de l'humour grinçant". C'est donc un recueil tout à fait original que j'ai ouvert récemment : des histoires écrites sur de vraies cartes postales illustrées. C'est vraiment très bien. D'abord parce que le texte est comme le dit l'éditeur drôle et grinçant, mais aussi décalé, pas banal, construit comme une nouvelle avec une chute réduite à une phrase ou un mot. Ensuite, les illustrations sont très différentes les unes des autres : certaines un peu kitsch, d'autres plus modernes, actuelles, drôles, enfantines ou pour adultes, ... Et enfin, pour peu que vous ayez des enveloppes, eh bien vous pouvez en faire profiter belle-maman, un enfant, une vieille tante ou encore un(e) fiancé(e) ou toute autre personne de votre choix. Il y en a pour tous ! Voici, juste pour donner envie -et peut-être deviner les futurs heureux destinataires de vos missives- les premières phrases de 5 microfrictions :
"Je ne sais pas si je suis un vrai con ou si je fais ça pour le bonheur des gens."
"Je suis arrivé à l'usine avec le fusil. J'ai l'intention d'en finir avec Gégé."
"Je n'ai pas envie de ma foutre en l'air sur la Harley."
"Depuis que je pratique l'escalade, je n'ai de pensée que pour la fermeture éclair."
"Chaussettes humides à la main, je me tire à toute vitesse avant que les flics ne rappliquent."