Elizabeth P.

Michel Moutot

Seuil

20,00
14 mai 2022

Côte du Pacifique.
Au début du XXème siècle se construit la route One qui va relier San Francisco à Los Angeles.
Elle sera terminée en juin 1937
Des hommes, des machines révolutionnaires partent à l'assaut des falaises abruptes.
Rien n'est facile, tout est risqué, même et surtout la vie des hommes qui sont venus de tout le pays espérant trouver du travail..
Tout est démesuré.
La tâche semble impossible.
Un jeune ingénieur mène les travaux.
Il aura affaire à un richissime propriétaire qui refuse qu'on traverse ses terres, un mormon obstiné et redoutable.
La mafia s'en mêlera aussi.
Quelle belle surprise que ce livre !
J'avoue qu'un livre sur la construction de ponts et de routes ne me branchait guère au départ.
Or c'était sans compter sur le talent de Michel Moutot, auteur dont j'ignorais l'existence.
Son écriture est claire, efficace.
Il réussit à intéresser en romançant l'histoire, et en remontant à 1847 pour situer ses personnages.
Les sauts dans le temps ne facilitent pas la lecture et demandent une certaine concentration, mais le résultat est absolument brillant.
Une page d'histoire passionnante, des paysages époustouflants.
On assiste à la fin d'une manière de vivre et à l’émergence de tous les possibles, avec un réalisme incroyable.
Tout est visuel dans ce roman, les lieux, les personnages, les situations.
Une superbe réussite.

Calmann-Lévy

20,50
2 avril 2022

Ah Léonie !
Quelle drôle de vie que la sienne !
A seize ans, séquestrée pendant six ans par un homme distingué, élégant, aux petits soins pour elle mais maintenue par une corde à la cheville
Et parallèlement, il y a Diane, qui veille passionnément sur son jeune frère Loïc, flic prometteur qui après un accident se retrouve dans le comas, puis hémiplégique.
Justement, Loïc, juste avant son accident enquêtait sur la disparition de Léonie.
J'ai adoré cette histoire, très très prenante.
Que de suspens, que d'émotions, que de rebondissements, et cela jusqu'aux dernières pages.
C'est mené de main de maître.
L'écriture est belle et fluide.
L'intrigue tient la route et dénote d'une grande imagination de l'auteure.
Les personnalités des personnages, toutes différentes, sont finement analysées.
Selon le personnage qui raconte, le style change pour se rapprocher au plus près du personnage.
Plus qu'une enquête policière, c'est avant tout un thriller psychologique, noir et éprouvant, mais addictif.
Si j'oublie Léonie un jour, ce sera vraiment dans bien longtemps parce que là, je suis encore tout proche d'elle pour un bon moment.
Les policiers ne sont pas mes favoris, même si de temps en temps j'aime en lire.
Pourtant, je note précieusement le nom de Marlène Charine pour lire ses autres titres, c'est une véritable écrivaine.

Révélations sur le système qui maltraite nos aînés

Victor Castanet

Fayard

23 février 2022

C'est un livre que je n'aurais pas acheté personnellement, mais un proche souhaitant le lire, je me suis plongée dedans.
Il est vrai que c'est édifiant, bravo à Victor Castanet de son courage et d'avoir été au bout de son enquête de trois ans.
J'espère que les pouvoirs publics vont réagir et que pourront cesser ces abus.
La première partie est réservée aux résidents des « Bords de Seine », un de ces EPHAD de luxe et aux témoignages de leurs familles.
C'est glaçant.
Cette résidence fait partie des 1150 établissements gérés par le groupe ORPEA.
Groupe engendrant des milliards de bénéfice.
Groupe qui n'accorde que trois couches par jours aux résidents, qui compresse le personnel, qui rogne sur chaque centime pour faire du profit.
A la tête de ce groupe, trois immondes personnages : Jean-Claude Marian, Yves le Masne, Jean-Claude Brendk.
Internet m'a permis de mettre un visage sur eux.
Trois voyous de la finance qui méritent d'être derrière les barreaux et de rendre jusqu'au dernier centime, les profits colossaux qu'ils ont engrangé sur le dos des personnes âgées.
Ils n'ont aucun scrupule.
Trois gangsters adoubés par les services publics puisqu'ils ont pu agir si longtemps sans que rien ne leur soit opposé.
Trois requins qui font du « parcage de vieux », selon l'expression de l'un d'eux.
Des gestionnaires sans scrupules qui usent de tous les stratagèmes financiers possibles.
Il y a la maltraitance des résidents, mais aussi celle du personnel pressuré et éjecté si pas conforme aux objectifs du groupe.
Tout cela est malheureux, honteux, révoltant.
La puissance de l'argent dépasse tout sentiment humain.
Le service public se dégrade de même au profit des bénéfices, il n'est qu'à voir dans les hôpitaux.
Un livre pas réjouissant dans ces périodes troubles, mais un livre salutaire.

19 février 2022

Suite marocaine

On retrouve avec plaisir Mathilde l'alsacienne et Amine le marocain dans leur ferme qui est devenue une exploitation très prospère.
Ce deuxième tome est plus centré sur leurs deux enfants, Aïcha, qui devient médecin et Selim qui peine à trouver sa voie.
Dans les années soixante-dix, le Maroc peine à trouver son équilibre.
Les colons français sont remplacés par les nouveaux bourgeois marocains et la population demeure pauvre.
Outre suivre la famille dans son évolution, c'est l'Histoire du Maroc que nous conte Leïla Slimani.
Et elle le fait avec grand talent.
J'ai dévoré ce deuxième tome sans la moindre lassitude.
C'est bien écrit, ça coule de source.
On se croirait vraiment au Maroc et j'ai découvert des faits que j'ignorais, comme ces communautés hippies qui s'y étaient installées.
Il n'y a peut-être pas la même émotion dans la vie des personnages que dans « Le pays des autres » axé sur Mathilde et Amine, mais les événements politiques et sociétaux y sont plus développés.
Ce fut un excellent moment de lecture et j'attends avec impatience la suite de cette trilogie.

31 janvier 2022

Un roman à ne surtout pas manquer

« Quand j'étais petite, je voulais vivre dans un tableau de Chagall barbouillée de couleurs au milieu des chevaux ailés, des soleils bleus et des musiciens acrobates....... je crois qu'au fond c'est toujours le cas. »
« Une certitude s'accroche à elle en cet instant : elle veut vivre, vivre comme dans un tableau de Chagall, enivrée de couleur, légère, émerveillée, dans un ciel habité par tout ce qu'exhale la terre »

Premier chapitre :
un couple sur un lit.
Elle, entreprenante, amoureuse .
Lui, silencieux, comme absent.
Où est passé leur amour ?

Elle, c'est Lou
2005 : elle est dans un hôpital psychiatrique.
Pourquoi ?
Cette question permanente tout au long du récit.
Puis on passe en 2000, au Vietnam.
Emploi du « tu » déroutant au départ, qui s'adresse à Nils, qui travaille à l'ambassade.
C'est certainement lui l'homme du lit.
Je dois être de la vieille école, ça m'agace un peu ces romans où l'on passe d'un personnage à l'autre, d'une époque à l 'autre, d'un pronom narratif à l'autre.
Mais l'écriture est si belle que je continue.
Chaque chapitre commence par une magnifique citation, le plus souvent de Chagall.
Lou est fascinée par Chagall.
Depuis l'enfance elle s'imagine vivre dans un de ses tableaux.
Ayant vu une splendide exposition sur Chagall à Landernau, je ne peux que la comprendre.
Lou est fragile.
Lou perd pied.
Elle voulait vivre Lou.
Elle rêvait des couleurs de Chagall, des couleurs de la vie.
Elle aimait Lou.
Elle aimait tellement Nils.
Elle tombe Lou, dans un puits sans fond, dans cet HP où elle ne sait ce qu'elle fait, pourquoi elle y est.
Se relèvera-telle Lou ?
Cette histoire est magnifique.
L'écriture est somptueuse.
Poétique, sensuelle, intelligente, lumineuse, profonde.......
les nombreuses références à des peintres enrichissent le récit.
le livre est terminée mais j'y suis encore, émerveillée.
Pour une fois, pas envie de me plonger dans un autre tout de suite, ne pas perdre cette ambiance magique.
Les sauts dans le temps et dans les personnages qui m'ont agacée au début font partie intégrante de cette histoire.
Elle aurait perdu beaucoup à être racontée d'une manière chronologique.
C'est un premier roman, mais quel roman.
Mon vœu le plus cher est qu'il soit suivi d'autres.
Les Gaëlle sont de bonnes surprises en littérature.
Après Gaëlle Nohant, Gaëlle Josse, voici venue Gaëlle Fondlupt, et pour longtemps j'espère.
Merci infiniment pour ce roman.

Mais quel amour cette Finette!
Mais quel amour ce Remo !
Ah c'est une bien belle histoire que leur histoire d'amour.
Mais qu'est-ce qui arrive à Finette ?
Elle si joueuse, si gourmande, si voleuse, si dormeuse, plus rien ne l'intéresse.
Elle est carrément déprimée.
Et tout est super bien rendu tant par les textes que par les aquarelles de Remo Forlani.
Je me demande juste pourquoi il lui a fait un nez pointu, mais bon, ce n'est pas grave.
En tout cas, j'ai passé un excellent moment en leur compagnie, le sourire aux lèvres.
Fleur est divorcée et vit avec son fils de 14 ans
Merlin est veuf et vit avec sa fille de 14 ans et leur chat Newton.
Newton se sauve régulièrement chez Fleur et s'est ainsi qu'ils font connaissance puis décident assez rapidement de se marier.
Pas n'importe où, sur l'île de Groix où se situe l'action d'un roman qu'ils ont lu tous les deux.
Et nous voilà partis pour une belle histoire à l'eau de rose.
Que de clichés dans ce livre !
Que de grosses ficelles !
Quelques personnages sont plutôt sympathiques, certes.
L'histoire peut nous divertir quelques heures.
Mais l'écriture est des plus basiques, le ton convenu ;les situations plus ou moins prévisibles
Franchement, je ne sais pas quoi écrire sur ce livre.
Rien ne me vient, si ce n'est que je ne lui ai pas trouvé grande originalité ni grand intérêt.
Après six ans passés à Paris, Soizic revient à St Malo pour l'enterrement de sa grand-mère et renoue avec sa famille à qui elle n'avait plus donné signe de vie.
Insipide et sans saveur.
Un roman comme il en existe des milliers et des milliers et qui n'apporte rien.
C'est écrit comme une rédaction d'un élève de CM qui serait bon en français.
Je ne sais plus où j'ai lu qu'un roman comportant beaucoup de dialogues masquait une insuffisance littéraire.
Là tout n'est pratiquement que dialogues.
C'est dire !

Ce qu'il y a de bien avec Jean-Louis Fournier, c'est qu'il nous offre des petits moments de plaisir et d'humour.
En plus c'est toujours court et écrit gros, du coup on n'a pas le temps de se lasser.
Ici il change un peu de registre, ce n'est pas autobiographique si ce n'est qu'il part de son nom , Fournier, comme Alain-Fournier.
Il raconte la vie du petit frère du grand Meaulnes, lequel admire et subit son frère fantasque.
On retrouve un petit côté JeanTeulé, mais beaucoup plus gentil et humoristique et surtout beaucoup moins gore.
Ce n'est pas mon préféré de ses livres, mais ce fut un bon petit moment de détente.
Jean-Louis se sent seul.
Désespérément seul.
Il guette les volets de ses voisins, attend les coups de téléphone....
Sa femme, son chat, la plupart de ses amis sont morts.
Un livre doux-amer qui fout un peu le bourdon.
Il y a d'ailleurs un peu moins d'humour que dans ses précédents livres.
On a envie de l'appeler, d'aller lui rendre visite.
Ne pas le laisser seul comme ça.
Et dire que tous ces confinements n'ont rien dû arranger.
La majeure partie de sa vie, Jean-Louis Fournier a été impatient.
Aller vite, passer à autre chose, avancer..............
Et plus le temps passe, plus il apprécie la patience.
A quoi bon se presser, devancer les choses.
Toujours le même style, toujours le même humour.
Pourtant ce texte me semble plus court, un peu moins complet.
Mais c'est toujours un plaisir de lire cet auteur.
Pendant un quart du livre, je me demandais bien où Irène Frain voulait en venir.
Elle nous raconte un fait divers abominable : une vieille dame se fait sauvagement assassiner chez elle.
Certes c’est atroce mais pourquoi tant expliquer, délayer.
Ce n’est qu’à la page 60 qu’on comprend enfin, cette vieille dame, c’est sa sœur.
Et le silence qui s’est installé autour de cette mort, silence de la police, silence de la justice, silence de la famille, la mine au plus profond d’elle-même.
Il aura fallu ces lignes, ce livre pour que s’apaise un peu sa colère.
Les sentiments qu’elle traverse sont magnifiquement traduits.
Ses souvenirs, ceux de cette sœur aimée qu’elle avait perdue de vue aussi.
Irène Frain a une belle écriture, elle sait mener ses récits.
Ici, elle m’a particulièrement touchée et je l’espère sincèrement plus apaisée, presque deux ans après cet horrible drame.
Après un séjour en Sardaigne avec Milena Angus, me voici partie en voyage avec Philippe Fusaro pour un tour d'Italie.
Quel bonheur, deux romans de suite dans ce pays magique.
Sandro vient de se faire mettre à la porte par sa femme.
Elle a, dit-elle, besoin de prendre ses distances.
Comme ce sont les vacances, il part alors avec son fils en Italie pour un voyage sans but précis à bord de son Alpha Roméo décapotable.
Chaussures et vêtements ont une grande place dans l'histoire.
D'ailleurs, le petit Marino ne quitte pas son costume de cosmonaute, offert par son grand-père.
Ils vont de ville en ville, descendant vers le sud.
Que ces deux personnages, le père et le fils, sont beaux et attendrissants.
Et Dolores qui apparaît vers la fin du livre est une toute aussi attachante personne.
Le texte est émaillé de répétitions qui résonnent comme des ritournelles poétiques.
C'est doux, envoûtant, mélodieux.
A la magie de l'Italie, se mêle la magie de l'histoire.
Que de tendresse, de complicité.
Que de tristesse et de joie.
La confiance et l'amour entre le grand et son petit sont émouvantes.
C'est qu'il en comprend des choses Marino malgré son jeune âge.
J'ai franchement passé un délicieux moment avec ce roman si délicatement écrit.
Moins qui ne suis pas férue de sport, encore moins de boxe, qui m'eût dit que je lirais un jour la biographie d'un boxeur.
Pourquoi le choix de ce livre ?
Parce que j'ai lu r