Ronan A.

Comme si j'étais seul
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un nécessaire coup de point

Le rentrée littéraire nous offre un tel panel d'expériences et de sentiments. Et parfois, la rentrée littéraire nous impose des romans. Des textes nécessaires dont fait assurément partie Comme si j'étais seul.

Marco Magini a construit un texte en trois voix : un jeune père Yougoslave enrôlé dans l'armée serbe, un jeune père hollandais casque bleu de l'ONU, et un juge espagnol au crépuscule de sa carrière. Ce roman se situe entre l'ex-Yougoslavie et le tribunal de la Haye. Ces trois voix vont l'une après l'autre construire le drame du génocide de Srebenica : entre un militaire enrôlé avant tout pour survivre et protéger sa famille, un casque bleu indifférent au conflit notamment car les décisions de son commandement lui sont inaudibles, et enfin un juge carriériste devant juger des crimes de guerre au sein d'un tribunal balbutiant.

Marco Magini cherche à comprendre comment un homme réfractaire aux théories de pureté de race peut se retrouver à abattre à la chaîne des civils. Il cherche à comprendre comment une force de paix internationale peut être aussi inefficace, voire aux confins du grotesque. Enfin il interroge chacun d'entre nous sur la responsabilité d'un simple soldat lors d'un génocide.

Marco Magini a su saisir magistralement la duplicité de la nature humaine. Ce texte est profondément troublant, je l'ai lu comme on prend un coup dans le ventre : entre sidération, dégoût et révolte. Ce n'est pas un énième récit de guerre, c'est un appel à nous tous : essayons de comprendre comment des haines fabriquées mènent à des actes on ne peut plus dramatiquement réels.

The girls

Quai Voltaire

21,00
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un roman fort, puissant et tendre

Nous sommes en 1969, en Californie. Evie a quatorze ans et vit avec sa mère. Depuis la séparation de ses parents, la mère d'Evie tente de nouvelles choses comme devenir végétarienne sur un coup de tête ! Evie a pour meilleure amie Connie. Mais une dispute les sépare et rapidement Evie se retrouve fascinée par un groupe de filles des plus marginales. Et plus particulièrement l'une d'entre elles : Suzanne. Rapidement elle intègre ce nouveau groupe et se rend dans l’étrange lieu de retranchement de ses nouvelles amies. Elle y découvre Russel, personnage charismatique, qui agit tel un gourou sur ses élèves. Evie, toujours hypnotisée par Suzanne, est prête à tout pour faire partie de cette secte. Mais les choses tournent mal.

L’histoire nous est racontée par une Evie adulte, qui analyse et prend du recul sur ses actes sans jamais les justifier.

Emma Cline nous offre un roman fort, puissant et tendre : une belle réussite et une excellente surprise de la rentrée littéraire. Foncez.

Petit pays

Gaël Faye

Grasset

18,00
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un véritable ascenseur émotionnel !

Très gros coup de cœur ! Avant d'être romancier Gaël Faye est un talentueux auteur compositeur.

Dans son premier roman, Petit Pays, Gaël Faye met en avant l'enfance douce de Gabriel vivant au Burundi. Mais très vite un coup d'état éclate dans son pays. Le président est assassiné. Cet évènement annonce le début d'un conflit ethnique ayant mené au massacre des Hutus par les Tutsis.
Gaby, dans sa naïveté d’enfant, se demande comment deux peuples qui ont le même pays, la même langue peuvent s'entre-tuer alors que la seule chose qui semble les distinguer est la forme de leur nez.


Avec une étonnante poésie. En jouant avec nos sentiments. En passant du rire aux larmes Gaël Faye nous rappelle la monstruosité des génocides qu'ont connus le Rwanda et le Burundi. Ce roman est un équilibre parfait de la tendresse de l'enfance, face à l’adversité d’un pays qui se déchire. Cette histoire est un véritable ascenseur émotionnel !

A la fin de ce livre je ne peux que vous conseiller d'écouter le magnifique morceau éponyme de Gaël Faye.

Anatomie d'un soldat
22,00
par (L'Autre Monde)
17 août 2016

Anatomie d'un soldat

Des histoires entremêlées racontées par des objets, qui vont par la suite former l'histoire de ce soldat : l'histoire de son combat, de sa convalescence et de sa reconstruction. Les objets constituent des points de repère autour de la guerre, définissant ses besoins, ses victoires, ses attentes...

C'est ainsi que vous rencontrerez un garrot, la bombe qui explosa sous lui, le sac à main de sa mère lorsqu’elle le voit pour la première fois à l’hôpital, la scie qui l’ampute, ou encore sa prothèse.

Le conflit de la guerre n'est pas un sujet principal dans ce roman, l'important pour l'auteur est de décrire la vie d'un soldat en guerre.
Un livre puissant et touchant !

Comment tu parles de ton père
par (L'Autre Monde)
17 août 2016

"Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir comme père André Sfar"

Plus connu en tant que dessinateur et scénariste de bande-dessinée, Joann Sfar se dévoile en tant qu'auteur dans ce roman.

Comment tu parles à ton père, roman très personnel, évoque le père décédé de Joann Sfar. Son histoire nous plonge cœur Nice, sa ville natale. On découvre l'influence de son père au travers de descritpions cocasses tel que : "Papa est né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C’est l’année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C’est l’année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c’est pas rien".
Au-delà de l'histoire de ce père si charismatique, Joann Sfar nous livre les origines de son inspiration, dans un environnement populaire, ce qu'est de grandir au sein d'une famille d'origine juive et à l'ambiance pour le moins folklorique.
Mais une chose est sûre : "Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir comme père André Sfar".
Joann Sfar nous offre un texte à l'écriture alerte et moderne, pudique et émouvant. Il nous fait passer du rire aux larmes avec justesse et talent.