Ronan A.

Un paquebot dans les arbres
par (L'Autre Monde)
16 août 2016

L'Autre Prix 2013 est de retour, et nous aimons !!!

Dans la France glorieuse de l'après-guerre, Valentine Goby nous raconte les béances de l’État Providence naissant : un couple de cafetiers, éperdument amoureux l'un de l'autre, dont le café marche bien et dont les enfants grandissent dans le bonheur, se voit ruiner par la tuberculose du père. Basé sur une histoire vraie et situé dans un endroit fascinant qu'est le sanatorium d'Aincourt (le fameux paquebot), Valentine Goby aborde les zones d'ombre de l'Histoire pour en faire un roman : mais tout son talent est de transformer ces ombres en roman solaire. Ce livre est tout autant un roman de formation, un roman social ou un roman d'amour !
Valentine Goby avait reçu le premier Autre Prix en 2013 pour Kinderzimmer (Prix des libraires 2014)

Le grand jeu
par (L'Autre Monde)
16 août 2016

Un texte hors du commun

Une femme décide de partir vivre en autarcie dans un refuge high-tech dans la montagne : que ce soit le jardin ou les panneaux solaires, tout est pensé pour l'autonomie, la vie loin des autres, sans les « les ingrats, les envieux, les imbéciles », avec la nature pour seul environnement. Pourquoi ? Qui est-elle ? Comment en est-elle arrivée là ? Nous n'aurons jamais les réponses à ces questions mais finalement, nous n'avons pas besoin des réponses pour observer le « grand jeu » : cette retraite loin du monde est contrariée par la rencontre d'une personne ayant fait le même choix qu'elle et chacune essaye de battre l'autre au jeu de l'ermite, chacune joue avec les frontières de l'humanité, que ce soit vers la sagesse ou vers l'animalité.
Laissez-vous porter par ce roman sec et dense qui vous habitera pendant très longtemps. Mais attention, le style de Céline Minard est aussi tranchant que l’histoire qu'elle nous raconte.
Céline Minard nous avait bluffé il y a deux ans avec son western époustouflant, Faillir être flingué (qui lui avait valu le prix du Livre Inter). Elle nous revient avec un texte hors du commun !

Le Sculpteur - Le Sculpteur
par (L'Autre Monde)
11 avril 2016

Cette BD est tout simplment un chef d'oeuvre

David Smith est un sculpteur au succès aussi fulgurant que précoce. Mais l'art contemporain est d'une nature volatile, il se détourne facilement de ses gloires présentes pour de nouveaux prodiges. D'autant plus que l'incroyable notoriété de David lui est monté à la tête et a provoqué une rupture avec son principal mécène. A partir de ce moment, la chute est rude et interminable : David n'a plus la côte et sombre dans l'alcool et la pauvreté.
C'est lors de l'une de ses beuveries qu'il rencontre son oncle Harry. Commence alors une discussion surréaliste, ceci d'autant plus que l'oncle Harry est... déjà mort ! Mais qui est vraiment Harry? Qui se cache derrière cette soudaine apparition ? Toujours est-il que cette rencontre inattendue débouche sur ce qui ressemble fort à un pacte avec le diable. Un véritable drame antique commence, entre amour, trahison et choix cornéliens. Tous les ingrédients sont présents pour un scénario d'une richesse incroyable, d'une sensibilité rare.

Scott McCloud n'est pas moins qu'une bible vivante de la bande-dessinée, auteur des excellents et passionnants L'Art Invisible et Faire de la bande-dessinée, ouvrages théoriques et tout en bulles traitant l'art de la bande-dessinée.
Quand celui-ci décide de s'attaquer à l'élaboration d'un roman graphique, autant dire que tous mes sens sont en éveil. Et une fois la lecture entamée, quelle claque ! Je ne connais pas d'auteur capable d'avoir un dessin pareil, où une planche est capable de mêler la force de mouvement des comics, et un trait unique entre manga et franco-belge selon les sujets : le tout dans les uniques couleurs noire et bleu pétrole. Tout respire l'amour de son art, et pourtant ce livre est aussi moderne qu'unique. Le scénario sert le dessin, et le dessin permet des prouesses scénaristiques.

Scott McCloud rend un incroyable hommage à la bande-dessinée sur 496 pages dont chacune est indispensable. Je me contente de rendre hommage à un virtuose de la bande-dessinée.

Give Peace a Chance, Londres 1963-75

Londres 1963-75

Denoël

24,90
par (L'Autre Monde)
11 avril 2016

Quand le BD sert l'Histoire

Marcelino Truong est illustrateur et peintre. Cela à son importance car, quand il décide de s'attaquer à la bande-dessinée, il nous offre un dessin et une mise en couleur absolument magnifiques. Mais aussi prodigieuses puissent être ses planches, elles existent pour servir une histoire et surtout pas le contraire.
Give Peace a chance est le second volet de l'histoire de la famille Truong, suite de Une si jolie petite guerre (Denoël Graphic). Le premier volet de l'histoire familiale raconte le retour de toute la famille au Vietnam, après quelques années passées à Washington dans le sillage du père de famille, diplomate de son état. Ce retour au pays coïncide avec la montée des tensions entre nord et sud pour ce qui débouchera sur un conflit emblématique du XXème siècle, la guerre du Vietnam. Give peace a chance reprend le fil de l'histoire familiale à partir de leur arrivée à Londres, Mr Truong père y étant missionné pour l'ambassade du sud Vietnam. La guerre est déclarée entre le nord tenu par les Viet-Cong et le sud sous « protectorat » américain. M. Truong nous raconte cette position de spectateur impuissant d'une guerre et d'alliances de plus en plus désastreuses. Il porte la parole d'une famille du sud Vietnam, peuple oublié dans un conflit ancré dans l'inconscient collectif comme étant entre les États-Unis et les communistes Viet-Cong.
Imaginez un jeune Vietnamien en Europe durant cette guerre, cela revient à vivre dans un paradoxe constant. Les enfants Truong sont systématiquement associés aux Viet-Cong par les occidentaux, quand leur peuple, leurs proches, sont menacés de mort par ces derniers. Et quand ils rentrent dans leur foyer ils sont pris en tenaille entre une éducation très stricte et le foisonnement de l'Angleterre de 1968. Il s'occidentalisent trop selon leur père, eux veulent s'intégrer. Ajoutez à cela une mère bipolaire, un père en rupture avec son pays dont il condamne les choix politiques, vous avez tous les ingrédients pour que le destin familial tourne au drame.
M. Truong est bien trop subtil pour nous offrir une issue théâtrale, il se contente, avec son histoire, de nous raconter l'Histoire.

Reliefs, n  1

Collectif

Reliefs

par (L'Autre Monde)
11 avril 2016

Quel retour aux connaissances pluri-disciplinaires !

Petite nouvelle dans le paysage des revues trimestrielles, Reliefs a pour ambitieux projet est de nous offrir à la fois de l'aventure, des sciences, de la géographie, de l'histoire et de la littérature. Sur 200 pages impeccablement mises en forme, Reliefs n'a d'ambition, et quelle ambition, que de provoquer notre curiosité à travers des portraits, des documents iconographiques, des portfolios mais aussi des grands sujets, les abysses dans ce premier numéro. Ce thème des abysses nous amène à nous frotter avec la même joie à un passionnant article sur l'exploration (et la méconnaissance) des grands fonds marins, les enjeux internationaux autour des câbles de fibre immergés, un extrait de Vingt mille lieux sous les mers de Jules Verne, et une interview de Jacques Rougerie, « merien » particulièrement inventif. Nous voici nous promenant entre géologie, géopolitique, biologie, architecture et littérature. Le mélange est incroyablement réussi. Les auteurs de Reliefs ont tout fait pour que la revue serve ses sujets et uniquement ses sujets : des illustrations magnifiques, des photographes et des intervenants spécialistes de leurs sujets.