Grégoire C.

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La Massaia, Naissance et mort de la fée du foyer

Naissance et mort de la fée du foyer

La Martinière

20,90
par (Librairie Obliques)
8 octobre 2018

Dissection de la femme parfaite

On comprend sans peine que ce livre hors-norme aura laissé perplexe la censure fasciste de l'entre-deux guerres. Est-ce un pamphlet féministe ? Une fable acide ? Une ode à l'anticonformisme ? Ou tout simplement l'évocation imagée d'un personnage qui aspire comme nous tous à la liberté ?
Le résultat, en tout cas, c'est un roman luxuriant et follement original, et dont on ne s'explique pas qu'il n'ait jamais été traduit en français jusqu'à aujourd'hui. Une merveille d'imagination et d'étrangeté à découvrir.

Les Jours de silence
par (Librairie Obliques)
8 septembre 2018

L'ombre du père

On se laisse emporter sans même s'en apercevoir dans cette fresque américaine mettant en scène trois générations qui vivent et s'aiment dans une petite ville de Caroline du Nord, là où le rude climat ne peut être combattu que par la chaleur de la littérature.
Aux côtés du petit Henry, on erre dans les couloirs de son inquiétante maison-vautour, tout droit sortie d'une nouvelle de Poe, hantée par les grommellements d'un père charismatique, écrivain sans oeuvre, aussi fascinant qu'imprévisible.
Et puis il y a l'amour, celui que Henry rencontrera à la fac en cherchant à fuir ce trou perdu qui l'a vu grandir. Mais peut-on être autre chose que le fruit des paysages d'où l'on vient ?
Cette ténébreuse et envoûtante saga familiale est une vraie réussite, qui sait varier les registres, doser les émotions, et agripper le lecteur avec un suspens discret. Le premier roman pénétrant d'un auteur à suivre.

Sciences de la vie / roman
par (Librairie Obliques)
1 septembre 2018

A fleur de peau

La grande réussite de ce roman, c'est d'être allé jusqu'au bout de son idée. Ressentir la douleur, permanente, insupportable, vivre avec, vivre malgré tout. Sans faire d'impasse, Joy Sorman porte le lecteur aux confins de ce qu'il est possible de mesurer avec des mots, dans ces zones de la littérature qui peuvent devenir physiques, là où l'empathie vous fait grimacer. Alors c'est vous qui partagez le chemin de croix médical et plus ou moins scientifique de Ninon, vous qui espérez que le bon diagnostic tombe ou que la bonne formule magique soit prononcée. Pour vous libérer, autant qu'elle, de la douleur bien sûr mais surtout de la malédiction. Rompre avec la tradition, refuser la fatalité : à sa manière, recluse dans sa chambre capitonnée, Ninon est une héroïne rebelle, en opposition avec toutes les femmes qui l'ont précédée et dont sa mère lui a raconté l'histoire pathétique. Toi aussi, tu souffriras sans raison, semblait-elle dire. En s'élevant contre sa calamiteuse généalogie, Ninon se dresse face au destin. Terriblement intime, ce roman est aussi le récit d'une tragédie plus ample, millénaire, celle qui raconte la force qu'il faut à un enfant pour s'écarter de la voie qu'on a tracé pour lui.

Une douce lueur de malveillance
par (Librairie Obliques)
1 septembre 2018

Souvenirs, souvenirs

Intrigue familiale, suspens psychologique et tueur en série : un cocktail bien corsé pour un roman où la mémoire joue le premier rôle.
Autour d'une scène traumatique originelle, le massacre des parents, Dan Chaon construit un roman de la relativité. Voit-on tous la même chose ? Et même si nous voyons la même chose, sommes-nous capables de nous en souvenir de la même manière ?
Jonglant avec les points de vue, l'auteur nous balade dans un tourbillon passionnant où rien n'est jamais certain, sauf peut-être la science, celle qui innocente Rusty, accusé à tort de la tuerie et qui sort de prison au début du roman, trente ans après y être entré.
Inventif, noir, addictif, c'est un roman policier sans policier, une enquête aux confins de l'intellect humain, là où sommeille le pire des assassins : l'oubli.

Les fantômes du vieux pays
par (Librairie Obliques)
28 août 2018

Si vous décidez de lire ce livre, rendez-vous page 2

Quel souffle ! Quel humour ! Quelle ambition !
D'abord, quand on ouvre ce livre, on est en terrain connu, capté dès le prologue par un univers familier. Oui, c'est un grand roman américain comme on les aime, avec tous les passages obligés du genre : le prof de fac déprimé, les affres de la création, le feuilleton politico-médiatique.

Et pourtant, il y a ce petit quelque chose en plus, cette voix qui sonne différemment, cette singularité qui fait que le livre ne ressemble à aucun autre. Et dieu sait qu'on en a vus passer ! Alors on avance dans ce pavé de 700 pages qui tournent toutes seules et on plonge un peu plus dans le cœur de ce projet littéraire pour comprendre que le vrai sujet de ce livre, ça n'est pas l'Amérique, pas une énième intrigue familiale qui se réglera à grand coup de révélations tonitruantes. Ce dont nous parle Nathan Hill, c'est quelque chose de plus vaste, de plus existentiel, c'est la vie, énormément et tout simplement : celle qu'on rêve, celle qu'on se construit, celle à laquelle on renonce. Comme dans les "livres dont vous êtes le héros" que Samuel, le protagoniste de cette histoire, lisait quand il était enfant, chacun des personnages de cette somme romanesque est une facette, une réponse différente à la même question, universelle, terrifiante et fascinante à la fois : ai-je fait le bon choix ?
Mais quand on a dit ça, on n'a pas dit le voyage échevelé dans lequel le livre nous embarque, du Chicago universitaire et contestataire de 1968 jusqu'au populisme médiatique d'un candidat républicain à la présidence en 2011, en passant par un chapitre splendide, presque un roman à lui tout seul, qui dépeint l'enfance de Samuel et son amitié avec un gamin solaire et anarchiste. On n'a pas non plus parlé de la très pertinente réflexion sur la puissance médiatique qui traverse tout le livre ni du poids qui pèse sur les épaules des jeunes filles des années 60 à nos jours. Fantômes norvégiens, éditeurs verreux, flics pervers et histoire d'amour passionnelle parachève ce très impressionnant premier roman d'une richesse folle, écrit avec une fluidité qui vous emporte littéralement. La seule question qu'on se pose maintenant, c'est "à quand le prochain ?"