Lily
EAN13
9782889082551
ISBN
978-2-88908-255-1
Éditeur
La Joie de Lire
Date de publication
Collection
ENCRAGE
Nombre de pages
201
Dimensions
21 x 15 x 1 cm
Poids
272 g
Fiches UNIMARC
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1961. L’OAS fait sauter des bombes dans les rues de Paris, les cafés sont bondés, on écoute Les Chats Sauvages, Gréco et Ferré. À seize ans, Lily doit passer le concours d’admission dans les ballets de l’Opéra, elle travaille depuis des années pour devenir ballerine. Elle devrait être heureuse, mais son frère Michel, qu’elle aime par-dessus tout, est parti faire la guerre en Algérie, et la danse telle qu’on la lui enseigne lui semble de plus en plus éloignée de son idéal. Et voilà qu’on n’a plus de nouvelle de Michel… il a déserté. Lily va-t-elle réussir à s’émanciper de cet amour trop fort qui la lie à son frère et de la danse telle qu’on voudrait la lui imposer ? Pendant ce temps, sur les toits de l’Opéra, un homme l’épie.

À partir de 14 ans
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Commentaires des lecteurs

17 juin 2015

Les rues de Paris...on imagine la rue de Rivoli, un appartement sur la rive gauche, la gare Montparnasse, le parc Montsouris peut-être...à la manière d'un film en noir et blanc d'Agnès Varda...on déambule dans le Paris des années 1960 et ...

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Cécile Roumiguière : «J’ai voulu Lily comme un roman d’émancipation»

Entretien avec une auteure qui «tant que le monde ne sera pas idéal, [écrira], sans doute, des histoires qui dénoncent l’oppression des femmes, celle des plus démunis.» - Propos recueillis par Annie Falzini, librairie L’Oiseau Lire à Évreux

ANNIE FALZINI: Dans ce roman tu mêles le monde de la danse et la guerre d’Algérie, pourquoi?
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Le roman a pour embryon un texte… d’album musical. J’avais envie de construire une histoire musicale autour du duo de Lily et de Michel, une sœur et d’un frère trop proches l’un de l’autre. L’absence du frère était le déclencheur de l’histoire. Qu’est-ce qui pouvait retenir un frère loin de sa sœur avec un poids dramatique? Est-ce l’idée de musique? "Les Parapluies de Cherbourg" se sont imposés à moi, et avec ce film la guerre d’Algérie. La danse vient peut-être de La Goule, le personnage d’une très vieille danseuse qui devient l’amie de "Pablo, dans Pablo de la Courneuve". Et l’Opéra de Paris, comme les théâtres à l’italienne, sont des repères qui jalonnent mes routes, je viens de là, j’y retourne par vagues, ils sont mon «royaume à rêves».

ANNIE FALZINI: La guerre, on en découvre l’horreur, je dirais presque à demi-mot, mais tout est dit. C'était nécessaire pour justifier la désertion de Michel. Ce qui est poignant c'est que tout passe par ce qu'il ressent.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Comme le dit son grand-père à Lorie «... la guerre, c’est forcément du in». J’ai beaucoup travaillé les passages, la voix de Michel. Au départ, elle passait par des lettres. Puis la voix en direct s’est imposée. Cela fait écho aussi à la façon dont les médias traitent ce sujet. La guerre, aujourd’hui, on la voit à travers un écran, la télé, l’ordinateur, le téléphone. Elle devient une vignette omniprésente dans nos vies, mais une vignette distanciée, au risque de devenir une image d’Épinal au pouvoir de séduction nauséabond. Alors que la guerre, c’est avant tout des corps mutilés, des êtres humains qui tuent, sont tués, d’autres qui sont faits prisonniers, des idées, des façons de vivre interdites. La guerre, c’est physique. Quand Michel parle de ce qu’il vit, il soulève l’écran, il laisse entrevoir une réalité crue. Le choc peut être rude, mais il me semble salutaire. Lorie en reste muette un moment: « Daddy… On n’est pas dans un jeu vidéo, là. Les mots ne pèsent pas pareil quand on les entend par quelqu’un qui a vécu des choses.»

ANNIE FALZINI: Michel va choisir la liberté, certes une liberté difficile, et Lily aussi va choisir, quitter le classique pour Béjart, ce qui est une forme de liberté.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Les premiers brouillons de l’album aboutissaient déjà à la vitale émancipation de ce lien trop fort entre un frère et une sœur. On était au départ dans une relation mortifère, il fallait s’en libérer. Cette idée d’émancipation court sur tous les thèmes du roman. Ce choix de la liberté, comme tu le dis, est le cœur du roman. Émancipation d’un lien fraternel étouffant, émancipation d’une façon de danser trop rigide, d’une vie imposée par d’autres que soi, émancipation, bien sûr, par rapport à des ordres inhumains avec la désertion de Michel. Oui, "Lily" est un roman d’émancipation.

ANNIE FALZINI: Dans "Lily", de nombreux clins d’œil au cinéma: "Les Parapluies de Cherbourg", Demy, Agnès Varda et, peut-être, "Les Enfants du paradis". Nino m'a fait penser à Baptiste.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Tout le livre est un hommage à Jacques Demy. Ceux qui connaissent son univers trouveront des tas de clins d’œil dans le texte, le nom de certains personnages, la couleur de cheveux lilas de Marthe qui est comme une fée pour Lily… Je suis sortie de l’enfance avec "Les Parapluies de Cherbourg", ils m’ont fait découvrir la guerre et son inhumanité. Je me souviens de la première fois où j’ai vu le film, c’était sur une télé en noir et blanc, je crois que je n’ai pas pleuré. Comme Lorie, je suis restée muette: alors c’était ça, le monde des adultes? Muette et en colère devant la stupidité des hommes. Agnès Varda, bien sûr! C’est elle, la femme réalisatrice du film sur lequel travaille le cousin de Lily à la fin du roman. J’ai écrit mon mémoire de maîtrise sur Jean Vilar et l’éclairage à partir de ses photos d’Avignon. Elle est là, toujours présente dans les étapes de mon travail. Quant aux "Enfants du Paradis", c’est un film que j’évoque dans "Dans les yeux d’Angel", un film qui a beaucoup compté aussi. Encore le monde du théâtre… Nino a un côté fleur bleue et un côté sombre. Il est comme ces personnages des films de Demy qui devraient croiser le personnage principal mais ne le font jamais. Au départ, je voulais que ces passages soient comme les pages d’un carnet, avec des dessins, des esquisses, comme aurait pu le faire Cocteau.

Propos recueillis par Annie Falzini, librairie L’Oiseau Lire à Évreux

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