Ce que je crois
EAN13
9782246145318
ISBN
978-2-246-14531-8
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Poids
144 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Ce que je crois

Grasset

Litterature Fra

Offres

DU MÊME AUTEURI.— ROMANS

L'Enfant chargé de chaînes.

La Robe prétexte.

La Chair et le sang.

Préséances.

Le Baiser au lépreux.

Le Fleuve de feu.

Génitrix.

Le Désert de l'amour.

Thérèse Desqueyroux.

Destins.

Trois Récits (nouvelles).

Ce qui était perdu.

Le Nœud de vipères.

Le Mystère Frontenac.

Les Anges noirs.

Plongées.

Les Chemins de la mer.

La Fin de la nuit.

La Pharisienne.

Le Sagouin.

Galigaï.

L'Agneau.II.— POÈMES

Les Mains jointes.

L'Adieu à l'adolescence.

Orages.

Le Sang d'Atys.III.— ESSAIS ET CRITIQUES

La Vie et la mort d'un poète.

Souffrances et Bonheur du chrétien.

Commencements d'une vie.

Discours de réception à l'Académie française.

Journal, tomes I, II, III, IV et V.

Le Jeune Homme.

La Province.

Petits essais de psychologie religieuse.

Supplément au traité de la concupiscence.

Dieu et Mammon.

Journal d'un homme de trente ans (extraits).

Blaise Pascal et sa sœur Jacqueline.

Pèlerins de Lourdes.

Jeudi saint.

Vie de Jésus.

Le Roman.

René Bazin.

Le Drôle.

Le Romancier et ses personnages.

La Vie de Jean Racine.

Le Bâillon dénoué : après quatre ans de silence.

Sainte Marguerite de Cortone.

Le Cahier noir.

La Rencontre avec Barrès.

Réponse à Paul Claudel.

Mes grands Hommes.

Du côté de chez Proust.

La Pierre d'achoppement.

Paroles catholiques.

Le Fils de l'Homme.

Mémoires intérieurs.

Bloc-Notes 1952-1960 (2 vol.)IV.— THÉATRE

Asmodée.

Les Mal Aimés.

Passage du malin.

Le Feu sur la terre.

Le Pain vivant.

Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays.

© Éditions Grasset & Fasquelle, 2012.

9782246145394 — 1re publication

Pour mes petits-fils

Pierre Wiazemsky et Gérard Mauriac

quand ils auront seize ans.

Ce livre ne s'adresse ni aux savants, ni aux philosophes, ni aux théologiens. J'ai voulu répondre le plus simplement et le plus naïvement possible à la question : « Pourquoi êtes-vous demeuré fidèle à la religion dans laquelle vous êtes né ? » C'était m'exposer à faire le jeu de l'adversaire. Le risque est à la mesure de la simplicité et de la naïveté qui m'auront tenu à genoux, durant toute ma vie, mais qui, de l'enfance à la vieillesse, m'auront permis de sentir, de toucher, de posséder un amour que je ne voyais pas.

CHAPITRE PREMIERLE POINT DE DÉPART

Ce que je crois ne se confond pas avec ce que je sais : voilà une première équivoque dont il faut venir à bout. Que de fois des gens auront feint de m'envier : « Que vous êtes heureux de vous croire immortel ! » Comme si la Foi se ramenait à la possession d'une certitude fondée sur l'évidence. Mais la Foi est une vertu — l'une des trois vertus appelées théologales, et la première nommée. Qui dit vertu, dit aussi usage de la volonté, et usage méritant, usage difficile.

Au départ, je n'ai pas voulu croire, puisque je suis né dans une certaine religion, que je l'ai vu pratiquer autour de moi dès que j'ai été capable d'observer et de comprendre, qu'elle m'a été enseignée comme ce qu'il m'importait le plus de connaître, et qu'à l'âge où le doute est inconnu, et où nos parents, nos maîtres nous apparaissent comme les dépositaires de toute vérité, j'ai appris à la vénérer et à l'aimer, cette religion, moins pour elle-même que pour les moyens qu'elle mettait à ma portée et qui fixaient mes rapports avec Dieu.

Il n'empêche que la volonté dut intervenir assez tôt, dès les premières menaces contre la Foi, et les premiers doutes : volonté à la mesure de l'attrait que je ressentais pour tout ce qui touchait à la religion, et qui relevait du sensible, mais aussi à la mesure de l'aide que j'en recevais, de l'efficacité de la prière et d'une vie sacramentelle qui fécondait sourdement ma vie temporelle.

Je me suis posé dès l'adolescence, toutes les objections que propose à un esprit moyennement cultivé la croyance au surnaturel, et en particulier, comme c'était l'époque du modernisme et que je lisais les opuscules de l'abbé Loisy, toutes celles que soulève la critique historique. Mais ces objections, je les ai toujours abordées, j'en conviens, avec parti pris : avec le désir de les surmonter. Mon choix était fixé d'avance, — moins le choix d'une certaine religion, d'une certaine Eglise, que de Quelqu'un avec qui je communiquais grâce à cette Eglise et à cette religion.

Je ne puis dire en vérité que j'aime l'Eglise catholique pour elle-même. Si je ne croyais pas qu'elle a reçu les paroles de la vie éternelle, je n'aurais aucune admiration pour ses structures, ni pour ses méthodes, et je détesterais bien des chapitres de son histoire. La croisade albigeoise surtout m'est intolérable. J'ai toujours cru que je devais avoir parmi mes ascendants (dont certains viennent de l'Ariège) quelques brûlés vifs. Je suis, sur ce point, aux antipodes d'un positiviste d'Action française, qui ne croit pas que l'Eglise enseigne la vérité, mais qui l'admire en tant qu'institution. Pour moi, l'Eglise, et en partie par ses défauts même, a gardé intact le dépôt qu'elle a reçu ; qu'elle l'ait codifié, catalogué, défini plus que nous ne le souhaiterions, ce n'est pas cela qui m'importe, mais qu'elle l'ait sauvegardé, et que grâce à elle une certaine Parole soit venue jusqu'à nous, non pas comme un souvenir, non pas comme remémorée, mais comme agissante et vivante : « Tes péchés te sont remis. » — « Ceci est mon corps livré pour vous. » — Que m'importaient les vieilles canalisations, et qu'elles fussent en partie obstruées, dès l'instant que les deux Paroles ruisselaient à travers elles ? Le Seigneur nous en a avertis par la bouche d'Isaïe : « Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent pas sans avoir abreuvé, fécondé et fait germer la terre, donné la semence à celui qui sème et le pain à celui qui mange, ainsi en sera-t-il de la parole qui sort de ma bouche ; elle ne reviendra pas à moi sans effet mais fera ce que j'ai voulu, exécutera ce pour quoi je l'ai envoyée... »

Aucune des critiques adressées aux structures humaines de l'Eglise ne m'atteignent plus. Le pire de ce que j'y découvre dans le passé ou de ce que j'observe aujourd'hui encore me laisse indifférent parce que l'Eglise constitue à mes yeux l'ensemble des moyens humains que la grâce utilise pour féconder chacune des âmes qui ont recours à cette source d'eau vive captée à Rome.

On me dira que je suppose le problème résolu et qu'il faudrait d'abord répondre à la question : qu'avez-vous cru au départ et avant de vous fixer sur une religion particulière ? L'acte de Foi, chez vous, comment naît-il et se manifeste-t-il ?
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