hommes dieux de la gaule/les recentes decouvertes archeologiques
EAN13
2000037382672
Éditeur
Grasset
Date de publication
Nombre de pages
329
Dimensions
130 cm
Poids
310 g
Langue
français

hommes dieux de la gaule/les recentes decouvertes archeologiques

Grasset

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Avouons-le, adultes : nous aimons les enfants, mais nous craignons les jeunes.Nous aimons les enfants. Nous avons pris une conscience aiguë de la tragique fragilité de notre existence. Dans un monde qui va vite, plus vite, l'angoisse de la mort est pesante, plus pesante (et plus masquée bien sûr). Or, les enfants sont promesse de survie, de continuité, ils nous prolongent, ils garantissent que nous ne disparaîtrons pas tout à fait. Comment ne pas les aimer ?Nous craignons les jeunes. Même – et surtout – ceux d'entre nous qui les flattent le plus, les craignent. Parce qu'ils sont exactement le contraire des enfants. Ils sont ceux qui, d'un revers de main, d'un sourire glacé, d'un mot glaçant, balayent la promesse de survie, de continuité, nous font savoir qu'ils ne nous prolongeront pas. Qu'ils sont différents, autres. Parce que le monde va vite, justement. Ils annoncent notre désuétude et notre mort. Comment ne pas les craindre ?Nous les craignons, et ils nous fascinent. Rarement une société se sera interrogée, autant que la nôtre, sur sa jeunesse. Parce que cette jeunesse est nombreuse, plus nombreuse qu'il y a 20 ou 30 ans ? Certes.Parce que la prolongation de la scolarité, les grandes concentrations écolières, ont rassemblé les jeunes en massifs conglomérats ? Egalement.Parce que cette jeunesse joue un rôle économique non négligeable ? Sans doute. Au début des années soixante, le magazine américain Teen écrivait, à destination des producteurs : « En 1965, les Etats-Unis compteront 24 millions d'adolescents. Si vous voulez vendre vos produits à ce marché de 10 milliards de dollars, votre intérêt est d'apprendre ce qu'ils pensent, et pourquoi ils achètent. » La leçon a été entendue. Aux Etats-Unis et ailleurs.Parce que, encore une fois, le monde change vite, et que cette transformation accélérée, ce bouleversement transforment les rapports entre adultes et jeunes ? C'est probable. Et c'est sans doute le plus important. Voici à peine cinquante ans, il ne semblait pas qu'un jeune doive vivre dans un monde différent de celui qu'avaient connu ses parents. Ce que l'on appelait l'éducation pouvait donc se limiter à la transmission d'une expérience, et à un dressage du caractère. Ce n'est plus possible aujourd'hui. Une seule chose est certaine : c'est que l'expérience des anciens, des adultes, ne pourra pas servir de guide aux jeunes puisqu'ils n'auront pas à vivre dans le même monde.Comme l'écrit Margaret Mead dans le Fossé des générations :« Récemment encore, les aînés disaient : Vous savez, j'ai été jeune, mais vous, vous n'avez jamais encore été vieux ! Aujourd'hui, les jeunes gens peuvent répondre : Vous n'avez jamais été jeune dans le monde où, moi, je suis jeune, et vous ne le serez jamais. » Je relisais, l'autre jour, la traduction d'un article dans lequel Nikita Khrouchtchev critiquait – c'était en 1964, au temps de sa toute-puissance – les auteurs d'un film appelé Porte Ilitch :« On veut faire naître dans l'esprit des jeunes, disait-il, la conviction que leurs pères sont incapables de les guider dans la vie, et qu'il est inutile de leur demander des conseils. D'après le metteur en scène de ce film, la jeunesse doit décider elle-même comment elle doit vivre, sans demander l'aide des adultes. N'est-ce pas dépasser les bornes ? Ne cherche-t-on pas à dresser la jeunesse contre la vieille génération, à susciter l'incompréhension entre père et fils, à jeter la discorde dans la famille soviétique ? »Désolé. Mais Nikita Khrouchtchev, comme beaucoup de nos contemporains, prenait tout bonnement la question à l'envers. Ce ne sont pas les jeunes qui refusent l'aide des adultes, ni quelques conspirateurs de l'Ouest ou de l'Est qui les incitent à se révolter, génération contre génération. Ce sont bien plus souvent les jeunes qui ont le sentiment – vrai ou faux – que cette aide est inefficace, parce que le monde va trop vite, et que les aînés ne savent donc pas, ne sont pas prêts. On pourrait dire, en forçant le trait – mais forçons d'abord le trait, pour être clair ; les nuances viendront ensuite – on pourrait dire, donc, que ce ne sont pas les jeunes qui échappent aux adultes, mais les adultes qui leur échappent. Les jeunes ont perdu un point d'appui. Les premiers qui s'en sont aperçus – cela va faire maintenant une quinzaine d'années – ont appelé les adultes « les croulants ». Ils ne l'ont sans doute pas fait exprès mais ils ont bien donné ainsi l'image d'un point d'appui qui s'écroule. Et puis, ceux qui baptisaient de la sorte leurs parents sont devenus parents à leur tour, affrontés aux mêmes difficultés, étreints par les mêmes angoisses, et doutant de leur vérité.Il est devenu banal de parler de la démission des parents. Naguère, les enseignants et les psychologues s'y entendaient à merveille. Maintenant, ministres de ceci et présidents de cela se sont mis à leur tour de la partie. Mais les parents seraient-ils tentés de démissionner s'ils croyaient détenir la vérité pour la seule raison qu'ils sont parents et aînés ? Leurs parents, à eux, le croyaient. Eux, ils n'ont plus de certitudes : ni en ce qui concerne le type d'homme qu'ils doivent former, ni sur le type de société dans laquelle devront, ou devraient, vivre leurs enfants, ni bien entendu sur la pédagogie à mettre en œuvre. Du coup, ils ont tendance à laisser faire et à laisser passer. Et c'est aussi parce qu'ils sentent bien que leurs parents n'ont plus de certitudes que les jeunes admettent plus difficilement leur autorité.J'évoquais tout à l'heure l'angoisse des adultes dans une telle situation. Le mot n'est-il pas trop fort ? Non. Car c'est de l'angoisse de l'avenir qu'il s'agit. Dans ce grand chambardement, si les adultes scrutent avec tant de passion le comportement des jeunes, ce n'est pas, comme me l'écrivait un jour une correspondante qui jugeait, sans le savoir, en termes de rivalité, pour les « mettre sur un piédestal ». Si nous les regardons avec une telle fascination, c'est que nous essayons de deviner à travers eux, en eux, dans leurs gestes, leurs propos, leurs rites et leurs règles, ce qui annonce l'avenir. En 1835, Alexis de Tocqueville, l'auteur de la Démocratie en Amérique,écrivait déjà : « Le monde qui s'élève est encore à moitié engagé sous les débris du monde qui tombe et, au milieu de l'immense confusion des affaires humaines, nul ne saurait dire ce qui restera debout des vieilles institutions et des anciennes mœurs, et ce qui achèvera de disparaître. » Nul ne saurait le dire mais, à travers le comportement des jeunes, nous essayons de le deviner.C'est ce que nous allons tenter dans ce livre. Pourquoi le ferons-nous à partir des adolescents ? Précisément parce qu'ils sont à la charnière entre ces enfants que les adultes aiment et ces jeunes qu'ils craignent. Ils sont à l'âge où tout bascule.Il faut ici, bien sûr, s'entendre sur les mots, et sur les moyens de notre étude.
Qu'est-ce qu'un adolescent ? Longtemps, et encore aujourd'hui, on a assimilé adolescence et puberté. L'adolescent subissait une transformation physiologique profonde, et c'est, disait-on, ce qui le rendait fantasque, irritable, imprévisible. Quand il avait atteint l'équilibre physique de l'adulte, tout allait bien, le reste suivait. Mais cette conception traditionnelle de l'adolescence est maintenant réfutée. En particulier par les anthropologues et les ethnologues comme Margaret Mead, qui ont montré que la « crise d'adolescence » n'existe pas dans toutes les sociétés. Il y a crise quand le passage d'un groupe d'âge à l'autre est difficile. D'où l'on a pu déduire que l'adolescence ne doit pas être considérée d'abord comme une transformation psychobiologique mais comme un processus culturel d'insertion dans la société des adultes.
L'insertion est beaucoup moins commode quand cette société est plus complexe, plus bloquée. Ce qui est évidemment notre cas. Il existe chez nous, en outre, un décalage toujours plus sensible entre la puberté (maturité biologique) qui est de plus en plus précoce, et l'insertion dans la société adulte (maturité sociale) qui est de plus en plus tardive par suite de la prolongation générale de l'enseignement. Ce qui contribue aux tensions actuelles, et aussi à l'absence...
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