Les années obscures de jésus
EAN13
9782246003984
ISBN
978-2-246-00398-4
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
ESSAI FRANCAIS
Poids
267 g
Langue
français
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Les années obscures de jésus

Grasset

Essai Francais

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avec Arnaud Dandieu), Rieder, 1931 (épuisé).

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Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays.

© Éditions Grasset & Fasquelle, 2012.

9782246799184 — 1re publication

Pour Simone Raymond Weil

ce livre qui doit tant

à son affection fraternelle.

Nous tenons à remercier ici très sincèrement tous ceux qui ont bien voulu contribuer à la révision et à la vérification de ce livre : en particulier Mireille Dandieu qui, en souvenir de son frère et en témoignage d'affection, a été la première lectrice de cet ouvrage, le R. P. bénédictin qui nous a apporté sa connaissance de l'exégèse et de la théologie catholique, le grand rabbin Schilli, directeur de l'Ecole rabbinique de Paris, qui pendant des années nous a guidé avec une inlassable bienveillance à travers des textes du Midrash et du Talmud, MM. Léon Algazi, qui fut à Lyon, en 1941 et 1942, au Bureau d'Etudes de la rue Vauban, notre initiateur à la pensée juive, et Blachère, directeur du Centre d'études islamiques à la Sorbonne, qui a bien voulu contrôler le chapitre consacré au langage, enfin M. le Professeur Stern, de l'Université hébraïque de Jérusalem, qui a relu minutieusement le manuscrit de ce volume.

En outre, pour la seconde édition, des corrections opportunes ont été apportées par M. Emmanuel Levinas.

PREMIÈRE PARTIEAVANT JÉRUSALEM

CHAPITRE PREMIERLE RETOUR A NAZARETH

Si les parents de Jésus, avant sa naissance, avaient quitté leur village de Nazareth pour celui de Bethléem, à trois journées de caravane, c'était pour deux sortes de raisons, qui coïncident et se complètent.

Selon les Evangélistes, il s'agit de confirmer la prophétie de Michée, d'après laquelle le Messie, descendant de David, devait naître à Bethléem :

« Et toi, Bethléem, terre de Juda,

tu n'es nullement le moindre des clans de Juda,

car de toi sortira un chef

qui sera pasteur de mon peuple, Israël.1 ».

Selon un historien catholique contemporain, Monseigneur Ricciotti, le voyage est en même temps une conséquence de l'occupation romaine en Palestine. Les Juifs, comme tous les Orientaux, demeuraient toujours attachés au lieu d'origine de leur tribu, de leur famille ou de leur « maison paternelle » (en hébreu, beth aboth). Celle-ci pouvait se fractionner progressivement en nouveaux foyers familiaux, disséminés plus ou moins : « En quelque lieu qu'ils allassent, les nouveaux foyers conservaient le souvenir de la ruche originelle, aussi bien au point de vue démographique que géographique. »

Le recensement de la population palestinienne ordonné par Quirinus, légat romain en Syrie, au moment de la naissance de Jésus, ne pouvait être accepté de gaieté de cœur par les Juifs, soumis à la domination étrangère. Quel « occupé » n'est pas amené à se méfier d'une formalité analogue imposée par l'occupant ? Et lorsque l'occupé est juif, fidèle d'une religion qu'il estime supérieure à celle de son vainqueur, comment cette répugnance ne se doublerait-elle pas d'une volonté de « résistance » aux injonctions de l'idolâtre ?

Les Romains, en bons politiques habiles à utiliser la « collaboration » des vaincus et partant à ne les heurter vraiment que sur les points essentiels et non sur les modalités, tenaient avant tout à ce que le recensement eût lieu. Peu leur importait qu'il s'opérât à la mode romaine, c'est-à-dire à la résidence effective des individus, ou à la mode juive, c'est-à-dire au lieu d'origine de la famille. Ils admirent donc que les Juifs seraient, au moins pour cette première fois, dénombrés selon leurs usages religieux et nationaux. Aussi Joseph, à l'annonce du recensement, dut-il se présenter, lui et les siens, aux employés d'état civil de Bethléem, d'où, issu de la maison et de la famille de David (Luc, II-4), il se considérait comme étant originaire.

Il en revient, semble-t-il, deux ans plus tard, avec Marie et Jésus. Ce retour sur des pistes non encore transformées en routes par la technique romaine, s'interrompant pour des étapes dans la maison de quelque ami ou dans un lieu public de halte, dura trois ou quatre jours. Pour l'enfant Jésus, il marque l'entrée dans les années obscures, qui s'opère ainsi sous un double signe, celui de l'obéissance aux traditions d'Israël, celui de l'opposition aux usages de l'occupant païen. Fidélité à sa nation, affrontement avec l'idolâtrie gréco-latine, c'est sous ces deux auspices que l'enfant prédestiné franchit le seuil invisible de ses années de formation.

Nazareth, où il arrive, n'est qu'un petit village, riant ou triste, harmonieux ou bien sordide, selon la façon dont nos historiens d'aujourd'hui semblent scruter la cité contemporaine afin de reconstituer son visage d'il y a vingt siècles. Selon Ricciotti, c'est une localité sans grand intérêt : « limité à la partie orientale de la ville actuelle, celle qui domine la vallée d'Esdrelon », le Nazareth des temps bibliques « ne devait être rien de plus qu'un village négligeable et dénué d'attrait ». Quelques accidents de terrain, qu'actuellement on trouverait pittoresques, mais que l'antiquité appréciait assurément peu. Des grottes, percées artificiellement dans le flanc d'une colline, servaient de dépôts de vivres, ou même d'habitations.

Une source, qu'aujourd'hui on nomme « Fontaine de la Madone », ravitaillait les sédentaires en même temps que les caravanes venant de régions arides. Aux environs immédiats quelques hauteurs : une falaise d'une dizaine de mètres, près de laquelle on présume avoir été édifiée la synagogue primitive. A trois kilomètres, un pic nommé Djebel el Qafsé, qui domine de plus de trois cents mètres la vallée d'Esdrelon...

C'est peu comme attrait pour les voyageurs, ou même pour les résidents : Nazareth, selon Ricciotti, ne participerait que chichement aux délices de Canaan.

D'après Daniel-Rops et l'historien israélien Klausner, au contraire, il serait très favorisé. Le village, qu'aucun écrit ancien ne cite, même pas le Talmud, et dont seule fait mention une complainte du IIIe siècle, est un lieu de grand agrément. Daniel-Rops y voit « un cercle de collines harmonieuses, que parsèment des fermettes en torchis blanc ; des fuseaux de noirs cyprès se dressent parmi les olivettes, les vignes et les champs de blé. Ses jardins sont pleins de lis et de verveines, et, sur de nombreux murs, les bougainvillées étalent somptueusement leur chape épiscopale ». Selon Klausner « la beauté de Nazareth et des montagnes entourant la Galilée, le panorama merveilleux de ce pays doux et paisible », s'oppose à la description qu'en a donnée Ricciotti.

Quoi qu'il en soit, lorsque maintenant encore le voyageur y arrive pour la première fois, il est saisi par la beauté et la majesté du lieu. Il voit Nazareth édifiée sur un balcon de collines qui domine la plaine d'invasion, celle par où passe la voie romaine et par où, à toute époque, assaillants et fugitifs ont subi les vicissitudes des combats. Elle est à l'écart des grands tourbillons de l'histoire qu'elle domine de ses vallons, de ses molles ondulations, de ses maisons entassées. On conçoit que l'esprit ait pu y trouver refuge et qu'en ce site protégé se soit effectué le mûrissement d'une évolution religieuse.

Ainsi donc, qu'elle se rattache physiquement ou non à ce pays de Canaan, à la terre promise que dès le désert Dieu annonça aux Hébreux, Nazareth, spirituel...
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