Simone de Beauvoir, le goût d'une vie
EAN13
9782909240770
ISBN
978-2-909240-77-0
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
Essais et entretiens
Nombre de pages
280
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
466 g
Langue
français
Code dewey
848.914
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Simone de Beauvoir

le goût d'une vie

De

Archipel

Essais et entretiens

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DU MÊME AUTEUR

NOUVELLES

Puisqu'il y a des rêves meilleurs, Fayard, 1999. Grand Prix de la nouvelle de la SGDL.

ESSAIS

Le Retournement du gant I, entretiens avec Frédérick Tristan, La Table Ronde, 1990.

La Nouvelle Fiction, Critérion, 1992.

Le Retournement du gant II, Fayard, 2000.

Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, Éditions du Chêne, 2001.

Fiction et Nouvelle Fiction, Place aux sens, n° 6, 2002.

Dominique de Roux, chasseur masqué du recommencement, préface à Dominique de Roux, L'Ouverture de la chasse, Éditions du Rocher, 2005.

Sartre, voyageur sans billet, Fayard, 2005.

TRADUCTIONS

Alexander Lernet-Holenia, Le Dieu aveugle, La Table Ronde, 1998.

Thomas Bernhard, Je n'insulte vraiment personne, entretiens avec Kurt Hofmann, La Table Ronde, 1990.

Richard Huelsenbeck, Docteur Billig, Fourbis, 1994.

DIRECTION D'OUVRAGE

Dominique de Roux, dossier L'Âge d'homme, 1997.

ÉDITION CRITIQUE

Charles Nodier, La Fée aux miettes, préface, postface et notes, Michel de Maule, 2005.

Un livre présenté par Joseph Vebret.

www.editionsarchipel.com

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eISBN 978-2-3590-5104-9

Copyright © Écriture, 2008.

À Sylvette

« Ils se ressemblaient tous ; et cependant pour chacun la vie avait un goût unique qu'il était le seul à connaître ; elle ne recommençait jamais ; en chacun elle était tout entière, tout entière neuve. »

Simone de Beauvoir,
Tous les hommes sont mortels

Juste avant de mettre le point final au dernier tome de ses mémoires, Tout compte fait, Simone de Beauvoir entend cerner la nature de son apport particulier à la littérature, ce qui d'après elle la caractérise en tant qu'écrivain. Ce n'est pas la nature de son travail autobiographique qu'elle veut ainsi spécifier, mais celle de toute son œuvre.

Le livre paraît en 1972. Elle se doute qu'elle n'écrira plus, ou très peu. Elle meurt en effet quatorze ans plus tard, n'ayant ajouté à son œuvre que le récit de la mort de Sartre, La Cérémonie des adieux. Un recueil de nouvelles paraît bien en 1979, Quand prime le spirituel, mais plutôt à titre de document. Écrit en 1937, il s'était vu refusé par deux éditeurs. Elle lui trouve d'ailleurs bien des défauts. Lorsqu'elle publie Tout compte fait, elle a en réalité déjà publié sa derni ère œuvre de fiction, La Femme rompue, en 1967, et son dernier essai, La Vieillesse, en 1970.

Contrairement à Sartre, qui n'a pas le sentiment d'avoir écrit les livres dont, à douze ans, il se voyait déjà l'auteur, elle ne relève pas de rupture entre ce qu'elle avait projeté et ce qu'elle a réalisé, du moins quant aux « intentions ». Elle n'a « pas été une virtuose de l'écriture », ne s'est pas davantage faite l'émule de Virginia Woolf, Proust ou Joyce. Mais tel n'était pas son « dessein ». Alors, quel était-il ? Elle le précise, tout en établissant dans quelle mesure elle l'a mené à bien : « Je voulais me faire exister pour les autres en leur communiquant le goût de ma propre vie : j'y ai à peu près réussi. »

Restituer le goût de sa vie par le biais de l'écriture, quel étonnant projet! Quelle difficulté, sans aucun doute! Ou quelles difficultés, bien plutôt. Dans Les Mandarins, où elle a voulu montrer à ses lecteurs en quoi consiste vraiment le travail d'un écrivain, elle en expose deux, par personnage interpos é. Il faut croire qu'elle a tenté de les surmonter. L'un des deux auteurs qu'elle met en scène, et dans lequel elle a avoué avoir mis beaucoup d'elle-même, se désole de l'impasse où il se trouve, s'interroge sur ce qu'il doit écrire, pour autant que publier des livres soit encore justifié.

C'est l'après-guerre. L'esprit de la Résistance, dans lequel il a tant cru, s'est délité. Le sacrifice des morts a été oublié, trahi. Tous ses espoirs, liés à la dynamique de la Libération, lui ont été en quelque sorte volés. Écrire lui paraît désormais impossible, compte tenu de son projet : « “Dire le goût de ma vie.” Elle n'avait plus de goût parce que les choses n'avaient plus de sens. » De quoi le désarçonner. Ce n'est pas du tout ce à quoi il pouvait s'attendre lorsqu'il définissait ses intentions, sans peut-être se rendre compte qu'il en indiquait aussi les limites : « “Essayer de rendre le goût de ma vie” comme s'il s'était agi d'un parfum étiqueté, marque déposée, le même à travers toutes les années. »

À Simone de Beauvoir également, il est arrivé que sa vie perde de son goût, le perde tout à fait ou prenne celui de l'amertume. Elle a dû faire face à la vacharde satisfaction de la critique et à la déception d'une bonne partie de ses lecteurs, ayant cru que son optimisme naturel, son insatiable appétit de bonheur étaient les composantes d'un « parfum étiquet é, marque déposée ».

Communiquer le goût de sa propre vie. Quel étonnant – et dangereux – projet, en effet, que celui en fonction duquel Simone de Beauvoir juge elle-même son œuvre et la prétend « à peu près » réussie ! Mais quelle incitation à la relire, pour mesurer de notre côté le degré de sa réussite!

Or le pouvons-nous ? Non. Il nous est seulement alloué de ressentir quel goût prend pour nous sa vie, quand nous la lisons, la relisons. Encore n'est-ce pas si simple. À la lire et la relire, ce serait plutôt une image d'elle-même qui se formerait en nous. Il nous faut l'empêcher. Toute sa vie, elle s'est battue contre les images. Ce serait la trahir que de la figer dans telle ou telle que nous pourrions nous faire à son sujet.

Les Mémoires d'une jeune fille rangée, n'est-ce pas le récit de la révolte d'une adolescente, cherchant à opposer sans cesse le goût même de sa vie aux modèles ou aux « belles images » auxquels son milieu voudrait qu'elle s'identifie? C'est là le mouvement même de cette lutte pour la liberté, de cette volonté de démystification que ses plus fidèles lecteurs se plaisent à reconnaître en elle. Toute son œuvre s'interprète en ce sens, dénonce avec plus ou moins d'acrimonie ou de compassion, celui qui abandonne le libre goût de sa vie pour s'aliéner à une image.

Mais elle, dans sa vie, a-t-elle toujours été fidèle à cette exigence ? Ne l'a-t-elle pas trahie en préférant sa place – et son image – auprès de Sartre à l'aventure risquée de rejoindre outre-Atlantique son amant américain, Nelson Algren ? N'y a-t-elle pas surtout manqué lors de sa dissension ultime avec le même Sartre, laquelle n'a pu être réglée avant qu'il ne meure, ternissant pour le coup l'image de leur couple mythique ?

Sa référence appuyée au « goût » de sa vie, à la fin de Tout compte fait, incite à bien plus qu'une relecture de son œuvre1. Elle engage à reconsidérer sa vie sous cet angle privil égié, revendiqué par elle, à passer en revue son existence en se servant de la pierre de touche qu'elle a mise à notre disposition.

Ce livre est une réponse à cette sollicitation. Il offre une vue d'ensemble, aussi bien de l'œuvre que de la vie, combinant nécessairement l'étude littéraire et l'approche biographique.

Mais il nous faut être honnête. Si nous acceptons d'entreprendre cette enquête en tant qu'auteur, ou d'en suivre le déroulement en tant que lecteur, la rigueur ne nous oblige-t-elle pas, en retour, à nous juger nous-même à partir du crit ère qu'elle nous a offert ?

Ce livre est donc aussi une invitation à reprendre son exigence à notre compte, qu'elle-même s'y soit tenue ou non, à rechercher le goût de notre propre vie au-delà de toutes les images que nous nous faisons de nous-même.

Cette attitude existentielle, à partir de laquelle il nous est en outre possible de rendre compte de tous ses engagements, féminisme compris, il se pourrait qu'elle soit l'essentiel de ce que nous lui devons.

1. Mémoires, romans, essais et correspondance dont sont extraites toutes les citations reproduites dans ce livre.

I

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