EAN13
9782754111386
ISBN
978-2-7541-1138-6
Éditeur
Hazan
Date de publication
Collection
Catalogues d'exposition
Nombre de pages
240
Dimensions
28 x 22 cm
Poids
1233 g
Langue
français

A fleur de peau. Vienne 1900, de Klimt à Schiele et Kokoschka

Hazan

Catalogues d'exposition

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Pour sa première exposition temporaire dans son nouveau bâtiment, le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne a choisi de mettre en lumière un des épisodes les plus marquants du tournant du XIXème siècle : la contribution de la scène viennoise à la naissance de l’art moderne.
De nombreuses expositions ont été consacrées à cet épisode majeur de l’histoire de l’art. Lausanne propose de renouveler le regard porté sur le vaste corpus d’oeuvres créées à Vienne entre 1897, année de fondation de la Sécession, et 1918, année du décès de nombre d’artistes phares.
À fleur de peau adopte une approche inédite de cette période capitale. Proposant de dépasser l’opposition classique entre les générations de Klimt et de Schiele, entre symbolisme et expressionnisme dans le dessin et la peinture, entre ornement floral et ornement abstrait dans les arts appliqués et l’architecture, l’exposition adopte une lecture transversale : elle montre l’émergence d’une sensibilité nouvelle placée sous le signe de la nervosité, commune à tous les Viennois, et exprimée par un travail plastique se focalisant sur la peau, point de contact entre l’homme et le monde, entre l’objet et son environnement, entre le bâtiment et la rue.
À Vienne, la crise de l’identité de l’homme moderne enregistre plus douloureusement qu’ailleurs la perte du monde d’autrefois (Stefan Zweig), et l’érosion des repères traditionnels. La très lente décomposition de la monarchie habsbourgeoise, l’isolement de la scène artistique autrichienne et l’absence d’un marché de l’art autre que celui du microcosme des mécènes, se traduisent par un repli sur soi des créateurs. On assiste à « la dissolution des contenus stables dans la subjectivité » (Georg Simmel), à une plongée dans les arcanes de l’inconscient.
Les questions sociétales ne sont pas explorées : c’est l’individu qui est placé au centre des interrogations, cet homme nouveau, dont on sonde la psychologie et que l’on découvre mu en profondeur par ses instincts, par sa sexualité (Sigmund Freud), mais aussi par sa quête angoissée d’une spiritualité qui redonne un sens à son destin à l’époque du matérialisme et du capitalisme triomphants. Les Viennois se singularisent dès lors au coeur de l’Europe par leur attachement pérenne à ces trois piliers constants de leur vocabulaire que sont le réalisme, la figuration et l’ornementation. Ainsi, ils se démarquent fortement des autres avant-gardes européennes qui travaillent à l’autonomisation de la forme et de la couleur, en France sous l’égide du fauvisme puis du cubisme, ou encore en Allemagne et en Russie, où l’on est en marche vers une abstraction lyrique (Franz Marc, Vassily Kandinsky). L’apport de Vienne, Sonderfall, n’en est que plus original et novateur.
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La nécessité de créer un style nouveau pour des temps nouveaux, un style sensible et nerveux, se focalise à Vienne sur la question très débattue de l’ornement : il s’agit de le libérer des codifications héritées du passé pour lui redonner une expressivité spontanée. À cette fin, Aloïs Riegl et Alfred Loos, dans leurs textes critiques, remontent aux origines du langage ornemental en interrogeant la pratique du tatouage de la peau dans les sociétés primitives (les Papous) et marginales (les criminels).
La peau, couche fine, sensible et perméable, est investie par les Viennois d’une expressivité plastique inédite. Dans la représentation du corps humain, c’est elle qui traduit comme un sismographe le passage entre le monde intérieur et le monde environnant : à sa surface, les émotions sont exprimées par des plages d’une délicate blancheur marbrées de rose et précisément ciselées (Gustav Klimt), par des efflorescences et des réseaux veineux vivement colorés (Egon Schiele), ou encore par des flots sinueux et turgescents (Oskar Kokoschka). La chair humaine fascine pour ce qu’elle cache. Elle est rendue transparente, quand elle n’est pas écorchée, pour révéler des flux et des réseaux d’énergie sous-jacents (Arnold Schönberg, František Kupka, Anton Hanak).
Dans les arts appliqués et dans l’architecture, en réaction aux styles historicistes de la Ringstraße dont les modernes Viennois dénoncent l’artifice, l’ornement n’ajoute plus du volume à l’objet. Il est désormais une seconde peau sensible qui vient se poser à la surface des volumes aussi bien dans le langage floral du Jugendstil que dans la production d’objets des Wiener Werkstätte où apparaît très vite un vocabulaire abstrait fait de boutons, de lignes et de striures qui, là aussi, viennent animer en surface le bois laqué, le verre, l’argent ou le métal (Josef Hoffmann, Koloman Moser, Michael Powolny, Otto Prutscher). Ces matériaux, mais aussi les techniques mises en oeuvre (martelage, découpe, placage, coloration), privilégient le reflet brillant qui enveloppe étroitement l’objet et l’augmente d’un aura. Sur les murs, l’ornement est une seconde peau qui épouse de près la planéité des parois, exemplairement dans la Frise Beethoven de Klimt pour le pavillon de la Sécession, ou encore chez Otto Wagner, des façades de la Maison des Majoliques et de la Maison aux médaillons jusqu’à la Caisse d'épargne de la poste. Adolf Loos lui-même, qui milite pour l’abandon de l’ornement, travaille avec des pierres polies et luisante, parcourues de veinures, qui animent nerveusement les grands aplats du rez-de-chaussée de son bâtiment de la Michaelerplatz.
La notion de peau permet enfin de qualifier la création la plus marquante des Viennois : celle d’un nouvel espace plastique qui rattache l’homme (étendu à son monde intérieur) à l’ici-bas et à l’univers. Les artistes sont à la recherche de solutions innovantes pour reconstituer un moi solitaire explosé en des complexes de sensations (Hugo von Hofmannsthal) et pour le rattacher au cosmos dans un élan mystique. L’espace perspectif hérité de la Renaissance est abandonné. La profondeur disparaît au profit de la réunion sur un seul plan de tous les éléments de la représentation : collés les uns aux autres, suturés de proche en proche, ces éléments réalistes et / ou ornementaux couvrent toute la surface comme une peau formant un tout solidaire, une surface de projection. Le pourtour des corps est traité dans une ligne frémissante qui vibre au contact de son environnement (Klimt). Les corps s’agrègent pour former des blocs compacts (Richard Gerstl, Klimt, Moser, Schiele). Le papier blanc participe pleinement à la définition de la surface sur laquelle la figure se déploie (Schiele). Complètement saturée, l’image témoigne d’un horror vacui qui trahit l’effort de reconstruction spatiale d’une unité perdue entre l’homme et son environnement naturel ou cosmique (Kokoschka, Gerstl). Les paysages de Klimt et de Schiele sont particulièrement symptomatiques de cette couverture uniforme de la surface picturale. Les affiches et les illustrations de la Sécession viennoise (Josef Engelhart, Rudolf Kalvach, Kokoschka, Bertold Löffler, Dagobert Peche, Alfred Roller) témoignent d’une juxtaposition de motifs ornementaux qui s’étend de bout en bout de la surface, procédé qui atteindra son expression la plus complète avec la scénographie de la salle consacrée à l’art de l’affiche dans la Kunstschau de 1908, où les affiches, d’une densité compacte, sont présentées collées les unes contre les autres et tapissent tous les murs.
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Dans une Vienne imprégnée d’occultisme et de théosophie, l’artiste se voit attribuer une mission sacrée : celle de réconcilier l’homme moderne avec sa destinée, tant terrestre qu’universelle. Doté d’une sensibilité exaspérée et d’une capacité innée à vivre des expériences visionnaires, le créateur est un élu (Berufener), un clair-voyant (Hellseher). Il discerne des phénomènes invisibles à l’oeil du commun : ce sont des enveloppes astrales, des auras lumineuses qui émanent des corps, ou encore des couleurs et des formes données aux pensées (Gedankenformen) qui tissent une peau serrée, reliant le système nerveux, les sentiments et les passions aux énergies primitives et universelles (Klimt, Schiele, Moser, Gerstl, Josef Váchal).
L’exposition À fleur de peau sera présentée dans les espaces dévolus aux expositions temporaires du nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts de Lau...
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