La règle du jeu nº38
EAN13
9782246741220
ISBN
978-2-246-74122-0
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
REVUE LA REGLE
Nombre de pages
272
Dimensions
22 x 15 x 0 cm
Poids
330 g
Langue
français
Code dewey
100

La règle du jeu nº38

Grasset

Revue La Regle

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ALBERTO MORAVIA, POÈMES?>003Dessin d'Alberto MoraviaUN POÈTE EST NÉ?>Dans un drôle de cartable en cuir soviétique, le grand romancier, qui se définissait vieux au point de vouloir se croire jeune, le poète manqué, avait gardé ses poèmes. Inédits.Cent vingt-six pages écrites à la main ou à la machine, en différentes versions, corrigées ou intercalées de numéros de téléphone et de silhouettes, griffonnées par pur amusement.Elles étaient dans l'appartement de Lungotevere, je le savais, mais je ne les ai lues que maintenant, en rentrant de Paris fin juillet. Je n'y ai rien trouvé de nouveau, aucune surprise. Mon Moravia, c'est celui-ci. Sa vraie voix est celle-ci, sans le filtre des personnages peu à peu créés par lui.Pour la première fois, celui qui parle est un homme nu qui au fil des ans a tenté de se couvrir de mille vêtements, sans y parvenir. Il sait que la vie n'a pas de sens dès que la vitalité l'abandonne et il crie encore et encore, quel ennui ! Lorsque tout va bien comme lorsque tout va mal. Je reconnais dans ces vers l'écrivain cosmopolite, lucide, rationnel, hypercritique aussi bien à l'égard du pays dégradé de pauvres sans dignité et de riches sans culture, où il lui était échu de naître, que de son œuvre. Pendant un demi-siècle, il a écrit de la prose avec succès, mais il aurait voulu être poète. Aussi pense-t-il avoir manqué la seule vie qui lui avait été concédée.Tel est le Moravia rencontré sur une plage déserte au début des années 1980. Celui qui faisait dire au protagoniste de son roman 1934 : « Peut-on vivre dans le désespoir et ne pas désirer la mort ? »
Eh bien, c'est le désespoir le moteur qui a poussé l'adolescent malade à écrire Les Indifférents, puis Le Conformiste, L'Ennui, etc., aussi bien que ces poèmes.L'ennui, qui n'est autre que l'angoisse d'un jeune bourgeois cultivé, malade, juif et antifasciste. L'ennui vécu d'abord dans le présent et, au cours des dernières années, projeté dans le futur, jusqu'aux perspectives vertigineuses d'ennui éternel.Des poèmes qui me font sourire, parlant d'éros mais aussi de solitude et de mort, de gestes inutiles répétés à l'infini. Comme ceux de Kennedy, devenus absurdes, ridicules, banals. Comparés aux vagues de la mer qui, elles, font penser à l'éternité. La nature heureusement n'est pas humaine, elle fait bien ce qu'elle fait.Et le suicide, pourquoi ne pas le faire ? Moravia ne l'aimait pas, nous en avions discuté, il lui semblait toutefois logique lorsque la vie n'avance pas.Dans ces pages, l'homme poète se pose des questions sans réponse, passe de l'action à la contemplation, de la renommée à la solitude, du sexe au sourire de la femme aimée.Tragique et comique, sage et naïf, le véritable Moravia.
Carmen Llera MoraviaLa mia vita per l'Italia?>Ma vie pour l'Italie
Je suis mal tombé dans un pays dégradé de pauvres sans dignité et de riches sans culture Des pauvres me sépare l'orgueil des riches la vérité Faire partie d'une semblable société est un tort en être exclus n'est pas une chance Mais je n'ai qu'une seule vie à vivre et l'histoire ne concède pas de choix.Prima prosa e poi poesia?>D'abord prose et puis poésie
Pendant un demi-siècle j'ai écrit avec succès de la prose de roman et la vie me paraissait riche et pleine à peine ai-je écrit de la poésie la vie m'a semblé pauvre et vide.Il poeta?>Le poète
J'aurais voulu être un poète je n'ai été qu'un romancier tant pis pour moi j'ai manqué la seule vie qu'il m'avait été concédé de vivre à moins qu'être poète ce ne soit justement ça craindre de ne pas l'être.Il disperato?>Le désespéréPresente e avvenire?>Présent et avenir
Autrefois je m'ennuyais dans le présent faisant des choses ennuyeuses maintenant je m'ennuie dans le futur prévoyant l'ennui avenir Je regarde vers le monde et s'ouvrent à moi de lointaines vertigineuses perspectives d'ennui.
Je suis désespéré depuis toujours mais le désespoir ne devrait pas être une habitude et alors il ne reste qu'à aller jusqu'au bout là-bas d'où l'on ne peut revenir.Ricordo di Frantz Fanon?>Souvenir de Frantz Fanon
Frantz Fanon parle d'un policier qui souffrait d'angoisse et ne savait pas qu'il en souffrait parce qu'il torturait les prisonniers. Je souffre autant que ce policier mais je ne torture que moi-même.Perché non farlo ??>Pourquoi ne pas le faire ?Les choses sont telles que je m'étonne de ne m'être pas déjà tué Le suicide ne me plaît pas mais il me paraît logique lorsque la vie n'avance pas mieux vaut retourner en arrière à la mort.Stalin & C.?>Staline& Co.
Ils ont fait la révolution une chose grande et belle qui est belle et grande pour tout le monde puis comme ils n'avaient pas les machines qu'ont les États-Unis ils ont tué vingt millions de personnes une chose grande et belle seulement pour eux et peut-être pas même pour eux.Viaggio in Mongolia?>Voyage en Mongolie
Je suis allé en Mongolie parce que j'avais des roubles dans une banque à Moscou et j'avais des roubles parce que à 17 ans j'ai commencé un matin à écrire Les Indifférents dans un hôtel de Bolzano Ainsi un dé jeté il y a un demi-siècle a-t-il roulé jusqu'à Héros Rouge soit Ulan Bator Tout arrive par hasard et le hasard aussi arrive par hasard. Je vous en prie ne croyez pas que je sois un intellectuel un maître à penser qui va jusqu'en Mongolie pour voir si le communisme marche sur place mieux ou moins bien qu'ailleurs Je suis plutôt quelqu'un qui avait des roubles dans une banque de Moscou et ne savait pas comment les dépenser.Il sorriso?>Le sourire
Je ne te demande pas de faire l'amour je te demande seulement un sourire affectueux de temps en temps disons une fois par semaine ce sourire me suffit pour vivre.Kennedy e le onde del mare?>Kennedy et les vagues de la merJ'ai vu dans un film Kennedy descendre de sa voiture et s'approcher d'un groupe de gens puis je l'ai revu à nouveau descendre et s'approcher encore et encore une fois et chaque fois Kennedy devenait plus absurde et plus ridicule pantin automate marionnette sans fils mort vivant zombie cadavre ambulant Maintenant je regarde vers la mer à travers la vitre de la fenêtre C'est une journée de vent les vagues se poursuivent identiques elles vont mourir l'une après l'autre toujours pareilles et toujours différentes Je les regarde des heures durant ça ne m'effleure pas l'esprit que leur continuelle alternance soit absurde ou ridicule elles se répètent comme Kennedy mais au lieu d'inspirer comme lui une sensation de banalité insignifiante elles font penser à l'éternité La nature heureusement n'est pas humaine elle fait bien ce qu'elle fait.
(Traduit de l'italienpar Laura Revelli-Beaumont)?>LA GLOIRE D'ISRAËL?>PAR BERNARD-HENRI LÉVY?>Ce discours a été prononcé le 14 mai 2008 à Jérusalem, lors de la grande conférence organisée par le Président Shimon Peres en ouverture des cérémonies pour le soixantième anniversaire de l'État d'Israël.
Merci, Monsieur le Président Shimon Peres. Merci, chers amis. Merci, cher Amos Oz et cher Henry Kissinger, d'être là avec moi. Tracer, en un quart d'heure, les « perspectives d'avenir du peuple juif pour le siècle à venir n'est pas, pour un philosophe, une tâche très aisée. Mais enfin, je vais essayer.Je vais laisser de côté, pour ce faire, des questions certes importantes mais qui ont été traitées par Henry Kissinger ou par mon ami Amos Oz.
Bien sûr que l'avenir des juifs réside, d'abord, dans la persistance de leur être-juif. Bien sûr, il repose sur leur volonté, dans la diaspora et en Israël, de demeurer juifs et de se donner les moyens d'y parvenir. Ce n'est pas si évident que cela, d'ailleurs. Et ça ne l'a jamais été. Rappelez-vous, ne serait-ce que dans les années vingt, le débat entre Gershom Scholem et Franz Rosenzweig. Le premier monte en Israël. Le second demeure en diaspora. Tous deux s'interrogeant sur la meilleure manière de rester juif dans un monde où tout semble fait pour décourager la chose et éradiquer le judaïsme. La tâche n'est pas facile, donc. Mais c'est une tâche à laquelle il faut bien s'atteler. C'est évident. Je n'y reviens pas.S'ils veulent un avenir, les juifs devront aussi parvenir à un accord avec le monde arabe en général et avec les Palestiniens en particulier. Les enjeux de ces deux défis, je ne les ...
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