Pour la nation
EAN13
9782246767114
ISBN
978-2-246-76711-4
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
Petite collection blanche
Nombre de pages
126
Dimensions
18 x 12 x 0 cm
Poids
136 g
Langue
français
Code dewey
320.54
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Une Nation taboue

L'engagement pris par Nicolas Sarkozy de créer un ministère chargé de l'identité nationale a suscité de vives polémiques, mais a contribué à son élection à la Présidence de la République. Le lancement, le 2 novembre 2009, d'un grand débat sur l'identité nationale a relancé ces controverses, mais a suscité immédiatement un immense intérêt de la part des Français. La question de l'identité nationale est tout d'abord révélatrice de cette distance grandissante qui éloigne le peuple de France d'une partie de son élite.

Parler de la Nation, c'est-à-dire de ce qui unit des hommes, et des valeurs qui les rassemblent, touche à ce qu'il y a de plus profond et de sensible en chacun de nous. Définir ce grand projet commun, qui a traversé les siècles, et que nous devons faire vivre dans l'Europe et dans la mondialisation, se situe au cœur même de toute grande ambition politique pour la France. En posant la question « Pour vous, qu'est-ce qu'être français aujourd'hui ? », le grand débat sur l'identité nationale a d'ailleurs immédiatement suscité une participation massive, qui démontre l'attente populaire.

Pourtant, chez certains intellectuels et quelques journalistes, ainsi que dans une partie de la gauche, parler de Nation reste politiquement incorrect. Beaucoup préfèrent les notions supposées plus acceptables de démocratie, de citoyenneté ou de République. Les uns contestent le principe même d'un ministère en charge de l'identité nationale. Ils font un procès d'intention au gouvernement, qui chercherait à définir l'identité nationale afin d'en exclure des « mauvais Français ». Ils jugent que tout discours sur l'identité est condamnable, parce qu'il risque ensuite d'aboutir à un examen de conformité. L'identité serait contraire à la diversité. Ils craignent une dérive totalitaire. Ils estiment queparler d'identité nationale revient à flatter les sentiments de peur des Français. Nous ne pourrions pas assumer d'avoir une identité commune et des origines diverses. D'autres estiment qu'il n'y a pas d'identité française, mais des processus d'identification contradictoires qui définissent la géométrie variable de l'appartenance nationale. Ils jugent que toute identité est nécessairement multiple. Ils voient dans l'identité nationale une tentative de nier un passé et une réalité migratoire. Certains se limitent à parler de la France, en évitant soigneusement de préciser que nous sommes une Nation, comme si une pudeur particulière devait entourer le mot de Nation, comme si celui-ci était devenu obscène. D'autres encore contestent que ce ministère soit aussi celui de l'immigration. Ils condamnent le rapprochement des termes d'identité nationale et d'immigration, censé contenir de grands dangers pour la France. Le mot « Nation » serait trop sensible pour être rapproché de celui d'« immigration », alors même que cette Nation s'est constituée, depuis l'origine, par des vagues successives d'immigration. Certains trouvent l'idée de poser à nos concitoyens la question « Pour vous, qu'est-ce qu'être français ? » déplacée compte tenu de la criseéconomique mondiale ou des prochaines échéances électorales. Il faudrait attendre le retour de la croissance et un calendrier électoral dépourvu d'échéances locales pour réfléchir à cette question. Et l'approche d'élections régionales serait un moment mal venu pour évoquer l'articulation entre identité nationale et identités régionales. D'autres enfin sont plus explicites et critiquent ouvertement un « exhibitionnisme des symboles », affichant les problèmes que posent à leur conscience la Marseillaise et le drapeau tricolore. On pourrait être « fier d'être marseillais », « fier d'être lyonnais », « fier d'être breton », les citoyens des Etats-Unis auraient raison d'être « fiers d'être américains », mais nous aurions tort d'être « fiers d'être français ».

La Nation est devenue pour eux un sujet tabou. La question maintes fois posée de savoir ce qu'est une Nation, et ce qu'est le sentiment national, qui fait que des individus s'identifient corps et âme à d'autres individus qu'ils neconnaissent pas et ne connaîtront jamais, au mieux ne les intéresse plus, au pire les repousse.

Pourtant, la Nation fut aussi synonyme, dans notre histoire, d'émancipation, de liberté, de démocratie, de citoyenneté, et de République. Mais les dérives du nationalisme, le développement de nouvelles formes de communautarisme et de régionalisme, la construction progressive d'une identité européenne, et la mondialisation accélérée des échanges, apparaissent à certains comme pouvant remettre en cause l'idée même de Nation.

Une Nation sans définition
administrative

Les définitions de la Nation disponibles dans les dictionnaires ne sont pas satisfaisantes. C'est tantôt « une communauté humaine, installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte », ou bien « l'ensemble des personnes nées ou naturalisées dans un pays et vivant sous un même gouvernement », ou bien encore l'« ensemble des habitants d'un même pays, même s'ils ne vivent pas sous le même gouvernement ».
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