La règle du jeu nº41, Salman Rushdie, 20 ans après la Fatwa
EAN13
9782246741251
ISBN
978-2-246-74125-1
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
REVUE LA REGLE
Nombre de pages
352
Dimensions
22 x 13 x 0 cm
Poids
444 g
Langue
français
Code dewey
800

La règle du jeu nº41

Salman Rushdie, 20 ans après la Fatwa

Grasset

Revue La Regle

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Dans la tête de l'assassin de Pasolini?>ALBERTO MORAVIA?>L'assassin de Pier Paolo Pasolini a déclaré dans une inter¡viewau Corriere della Sera qu'il sait qu'il a tué un grand homme,qu 'il s ést repenti, qu'il veut lire les livres de Pasolini.
Non, tu n'as pas tué un grand hommetu n'as même pas tué un hommetu as tenté de te tuer toi-mêmesans y arriverIl se tenait devant toitu l'as regardé et tu as crute voir toi-mêmevraiment toi-mêmecomme dans un miroiravec ta misèreton ignoranceta rouerieton abjectionet alors tu t'es haïpour ce que tu étaispour ce que tu n'étais paspour ce que tu ne pouvais êtretu t'es haï et pendant quede ton membre mou dégoulinaitle sperme à peinevenduet que dans ton esprittout était confusion et dégoûtton père et tous les autres pèresd'Italiet'ont montré du doigt dans la figurede Pasolinita figure à toi de sous-prolétairequi se vend à la gareet ils t'ont ordonnéde la casser justementcomme on casse le miroirqui nous reflèteTes chaussures de marlouà l'empeigne large au bout étroitembarquaient le sable froid et grosle vent te soufflaitagaçant au visagesans t'apporter de soulagementl'air était comme le sablefroid et groset tu as compris qu'était venu le momentde la lutte suprêmeavec toi-mêmeTu as vu une clôtureau-delà il y avait la nuitet la clôture était rosesur le noir de la nuitrose comme le creuxentre le noir des pieuxrose comme la blessure au sommetde la tête de Pasolinientre le noir des cheveuxTu t'es penché et avec toise sont penchés ton père et tous les autres pèresd'Italietu as ramassé la plancheet puis tu as assené le coupet avec toi l'ont assené ton pèreet tous les autres pèresd'ItalieHélas j'ai tué un grand hommeau premier coup j'ai détruit le ganglionqui lui faisait écrire de la poésiehélas j'ai tué un grand hommejamais plus de poésie après le premier coupjamais plus de poésieHélas j'ai tué un grand hommeau second coup j'ai détruit le ganglionqui lui faisait écrire des romanshélas j'ai tué un grand hommejamais plus de romans après le second coupjamais plus de romansHélas j'ai tué un grand hommeau troisième coup j'ai détruit le ganglionqui lui faisait faire des filmshélas j'ai tué un grand hommejamais plus de films après le troisième coupjamais plus de filmsMaintenant Pasolini n'était plus Pasoliniaprès le troisième coupil était moi et alors j'ai comprisquePasolini devait mourirparce qu'il était moi et mon père et tous les pèresd'Italiem'avaient condamnéà mourir commeun chien enragéAlors j'ai massacré de coupscet homme qui n'était plus ungrand hommeet ne pouvait plus écrire des poèmescomposer des romanstourner des filmset il était moi, vraiment moiet personne d'autre que moiJe l'ai poursuivi à coups de plancheje lui ai brisé tellement d'osdans la têtedans les mainsdans les brasdans le dosQuand il est tombéje suis tombé avec luimais il n'était pas mortil n'était pas mortalors je suis monté en voiturej'ai allumé le moteurj'ai tourné les rouesj'ai allumé les pharesIl était làil était làdans la lumière des pharesun tas d'os brisésmais encore vivantj'ai tourné les roueset j'ai appuyé sur la pédalede l'accélérateur je lui suis passé dessuspuis j'ai fait marche arrièreet je lui suis repassé dessus.Ils disent que je lui ai faitéclater le cœurqu'il avait le foieen bouillieque la mâchoire était arrachéemais qu'est-ce qu'on ne ferait pascontre soi-mêmedans certains momentsQuand j'ai été au-dehorsde l'enceinteje me suis trouvé au volantd'une Alfa Romeo deux-millegris métalliséj'ai compris que j'étaisdésormaisPier Paolo Pasoliniun homme riche puissantrien en commun avec la banlieuerien en commun avec la garerien en commun avec moi-mêmemoi j'étais resté mortcomme un chien enragédans l'enceinteavec tous les os briséstué à coups de bâtoncomme un chien enragéet maintenant j'étais Pasoliniau volantde la deux-milleJe courais droit et calmesur la route côtière j'étais Pasolinisans poésie, sans romans, sans cinémaassis au volantde l'Alfa Romeogris métalliséPuis j'ai réglé lerétroviseurau-dessus du pare-briseet alors je me suis vuj'ai vuque j'étais pourtant toujours moiquel désespoirquelle détressequelle hontemoi le sous-prolétairecondamné à mourirpar mon père et par tousles autres pèresd'ItalieHélas j'ai tué un grand hommemais maintenant je vais lire ses livrestous pas un d'exclules poèmesles romansles essaisles comédiesles articlesles noteset lorsque je me présenterai devant les jugesde la cour d'appelje dirai que j'ai tué un grand hommeque je me suis repentique j'ai lu ses livresEt alors je serai acquittéet je reviendrai en arrièreà la banlieue à la familleMe voici de nouveau à la garevoici qu'au volant de l'Alfa Romeodeux-millegris métalliséarrive PasoliniIl me fait signe, je monte« où allons-nous ? »je lui dis : « à l'Idroscalo »Hélas tout recommenceet pourtantje m'étais repentiet j'avaislu tous ses livres.
(Traduit de l'italien par Laura Revelli Beaumont)
C'est Carmen Llera Moravia, dernière épouse d'Alberto Moravia, qui a retrouvé ce poème et qui nous l'a offert On connaît le Moravia romancier. On connaît moins, en tout cas en France, le poète de première force dont la voix s 'exprime ici. Qu 'il le fasse à propos de Pier Paolo Pasolini et de la tragédie que fut, le 2 novernbre 1975, sa mort à la fois atroce et mystérieuse n'a rien qui, en revanche, doive surprendre. Les deux hommes étaient amis. Compagnons de voyage en Inde puis en Afrique, ils partageaient la même maison, à Sabaudia, près de Rome, où veille encore Carmen Llera Moravia. Avec la politique, l'engagement, avec le Parti communiste et ses intellectuels, ils avaient une relation de fascination-répulsion finalement assez vosine. Dans quelle tête est, ici, Alberto Moravia ? Dans celle de l'assassin de Pasolini ou dans celle de Pasolini lui- même ? ?Au lecteur de juger. BHL?>En vie encore?>MICHEL BUTEL?>1 PROLOGUE 1 Août.?>II ne se passe rien. Le mois d'août comme le jour mardi est un peu l'idiot de la famille. Les onze autres mois et les six autres jours ne leur laissent pas beaucoup de place. 2 heures à 5 heures du matin.
Il ne se passe rien. Trois heures qui n'existent pas.Paris.
Où rien n'arrive plus. En France, en Occident, au fin fond du monde.2009.Année introuvable.
Mais les anges qui veillaient, qui rêvaient, qui dormaient, se sont ébroués. Ranimant l'histoire du monde et les acteurs. Ranimant les œuvres et les artistes. Anges, au passage, me ressuscitant.Anges que je décrirai. Anges qui leur nom l'indique -- sont d'une ancienne religion. Anges venus du Livre.Anges provisoires. Car un texte est à venir, une parole est à venir, un autre livre.
Alors viendra le temps des messagers.Anges ou messagers de l'interruption. De la vie folle. Du doute. Des histoires. Des personnes mortes. Des secrets. De la vie juste. Des mots. Du désir. Des jeux.Anges ou messagers de la vie ensemble. De la vie d'artiste. De la vie normale. De la vie perdue. De la vie enchantée. De la vie jadis. De la vie pensée. De la vie écrite.2. NOTE?>Nouvelles, contes, poèmes, manifestes, pamphlet, lettres, autobiographie, essai, monologue, dialogues, stèles, histoires, ensemble tous ces genres réunis forment un livre d'un certain genre, qui est mon genre.3. LES MESSAGERS?>je cherche la vérité sur mon enfance, sur les années de mon enfance, la vérité sur le monde du temps de mon enfance, la vérité sur les années dans le monde du temps de mon enfance...
j'ai appris à lire dans les journaux, j'ai appris à lire avec mes doigts, l'année c'était 1944, je lisais à trois ans, à quatre ans, les titres noirs immenses, un peuple de morts habitait les pages, personne ne me parlait, je ne parlais à personne, je ne savais pas que je serais un enfant survivant, je ne savais pas qu'il y avait d'autres enfants vivants
les images, je plaçais mes doigts et mes mains au-dessus, je ne voulais pas les voir, je voulais juste regarder les mots, le texte dans les journaux, l'encre noire, ainsi étais-je un enfant de ce monde
je me bouchais les oreilles, j'étais sourd à toutes les langues, à toutes les paroles, le polonais me désespérait, le russe aussi, le yiddish aussi, le français pire encore, je voulais juste le silence, être seul, enfant qui attend des nouvelles d'un peuple de morts
je ne connaissais pas le mot é...
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