Ateliers d'écriture de Françoise à la librairie Les oiseaux de nuit

Ateliers d'écriture de Françoise à la librairie Les oiseaux de nuit


1) Au-dessus de l’étang ...

Au-dessus de l’étang, dans le contre-jour, brillent deux soleils. Le bleu, le rouge, de droite à gauche ; ils se saluent. Puis ils marchèrent longuement sans une parole. Chacun depuis longtemps se revendiquait de son soleil à lui et cette espèce de guerre civile entre eux empoisonnait l’air qu’ils respiraient. Mais respiraient-ils encore vraiment ? Juste respirer, un sifflement semblait s’extraire de leur astre. Respirer pour continuer à briller. L’air autour d’eux embaumait des parfums d’été. Ils s’arrêtèrent soudain pour reprendre leur souffle. Souffle bleu, souffle rouge, soufre bleu, soufre rouge, souffre en bleu, souffre en rouge de cette sécheresse salée, piquante et dure aux lèvres. Nos lèvres sont sèches. L’aridité s’insinue en crevasse sur leur corps. Le sable s’amoncelle. Du haut de la dune le paysage se dessinait, à ne plus former qu’un rêve infini. Lignes de fuite, hanches de sable multipliées. Les yeux se troublent. Plus rien n’est ni bleu ni rouge. Les soleils ont disparu dans le vouloir du rêve. Subsiste une lueur à laquelle nul ne peut se soustraire, dont on ne perçoit pas l’origine. En haut, en bas, à l’ouest, à l’est, elle est là. Son souffle irradie, annule les perspectives, étouffe les marcheurs. Les lueurs complices du jour me soustraient à ce rêve. Les dunes de sable s’altèrent, elles deviennent plages. Le bleu, le rouge s’emmêlent et disparaissent. Les lumières dansent, courent, parcourent. Enfin il arriva sur cette plage. C’était ici la fin de son grand voyage. Il pleura.

Écrit à trois plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 6 août 2019

2) L’atelier junior

La
vieille Cigogne
nous a raconté
tous ses anciens voyages.
Elle en parlait avec nostalgie
Et nous rêvons souvent de cela.
Rose 12 ans

Hibou
Où es-
tu passé ça
fait trente jours que
tu t’es envolé et
te voilà ! Pourquoi es-tu parti ?

Lazare, 9 ans

le lézard se prélassait au milieu des azalées sous un ciel d’azur. Parfois il aimerait visiter le zoo pour entendre les zibelines qui zozotent, les zébus qui sentent encore l’alizé sur leur pelage et les zèbres zouaves du désert qui s’amusent avec les gazelles.
Rose, 12 ans

J’aime la brume
Je regarde la lune
Je fume beaucoup
Je vois du plâtre
J’aime la plante
J’ai fait plouf.
La branche a ployé
Je ma fais plaine
Le chat est ridicule
J’ouvre le placard
Je mange des murs
Les mûres ont des oreilles
Il m’a murmuré
« J’ai un rhume »
J’écoute le bruit : ça hulule
Je brûle pendant une heure
J’écoute la pluie
Il arrête les plaisanteries
J’ai allumé l’interrupteur
J’aime ne pas avoir de lumière
Lazare, 9 ans

Écrit à trois plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 7 août 2019

3) Non mais dis donc …

A – Non mais, dis donc, tu t’es vu quand t’as bu ?
B – Je peux pas, je vois double !
A – C’est ça, fais le malin !
B – Arrête, parce maintenant je vois deux imbéciles, deux fois, toi, en imbécile !
A – Et si on se mettait devant un miroir, hein, ça ferait combien d’imbéciles ?
B – J’en ai ma claque, je retourne au bar, et la prochaine fois je t’assure que je ne reviens pas.
A – Attends !
B – Mais où sont passés les autres ?
A – Ben oui, faut dire plus on est d’imbéciles, plus on rit mais si y a des faux-jetons qui se défilent, y a plus qu’à aller boire un coup pour voir triple !
B – Non, pas ceux-là, les autres !
A – Quels autres ?
B – Mais ceux avec qui on était quand on est arrivés, quand on n’était pas encore soûls !
A – Qu’est-ce qui te fait croire que je suis soûl ?
B – Ça suffit, cette discussion on la revit tous les soirs depuis que que tu t’es installé chez moi !
A – Mais c’est chez moi, ici !

Écrit à quatre plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 8 août 2019

4) Il avait raison ...

Il avait raison de dire oui, et pourtant j’aurais aimé qu’il me dise autre chose. Je n’avais jamais été autant en colère. Pourquoi précisément, ce jour-là, à cette question-là, m’avait-il dit oui ? Mais pourquoi lui avais-je posé cette question, bon sang ! J’en voulais mais pas tout de suite, c’était juste pour tâter le terrain, voir un peu ses prédispositions sur le sujet. Après tout, étais-je si sûre de mon envie ? Je me demandais ce que j’aurais fait s’il m’avait finalement dit non ; ça devait être encore une de ces manipulations dont il avait le secret. Finalement, il ne me disait jamais ce que je voulais entendre. Moi ce que je voulais, c’était surtout entendre les trois mots magiques : « Je te quitte ». Et lui qui voulait rester, qui en rajoutait quand tout aurait dû le pousser à s’enfuir, à retourner dans sa forêt primaire. Enfin, il avait dit oui, il voulait bien que je le tue, je n’avais plus d’excuse possible. Il alla acheter des alliances, le sort en était jeté. Restée seule à la maison, je préparais les affaires. La nuit de noces anticipée que je lui avais annoncée, il allait s’en souvenir ! Quoique … pas si longtemps que ça : la scie sauteuse, c’est efficace.

Écrit à quatre plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 8 août 2019

5) L’eau bouillait dans la casserole...

L’eau bouillait dans la casserole, débordant à force de grosses bulles. Je voyais la grenouille qui s’apprêtait à sauter dedans. Avec, il faut l’avouer, une certaine curiosité. Faut-il être sorcière pour faire de pareilles expériences, j’aurais dû faire plus attention cette fois ! Le temps nous était compté et Sylvie me regardait avec appréhension. C’est que, ma petite Sylvie, ma petite grenouille préférée, savait qu’il fallait que je la sacrifiasse pour mener à bien mon projet. Une grenouille ébouillantée, dépecée et étripée, c’était le secret de l’immortalité. Alors j’avais beau l’aimer, c’était tentant ! Mais cette conne de grenouille, elle avait flairé le pot aux roses ! La tension était palpable : qui de nous deux bougerait la première ? Je n’allais quand même pas me faire avoir par une batracienne : je fis demi-tour discrètement et je fis retentir à deux pas de Sylvie la corne de brume qui guidait les bateaux en haute mer vers un naufrage certain. Apeuré, l’animal sauta dans la marmite. Et je me rendis compte que la vie éternelle sans ma compagne adorée ne vaudrait pas grand-chose. Je courus chercher une épuisette, une passoire, une écumoire, un filet à provisions mais je n’avais rien de tout ça sous la main et ma Sylvie cuisait à vue d’œil. Désespérée, je me débarrassai de mon chapeau pointu et de mon balai pour plonger dans la marmite mais je ne pus que tremper mon monstrueux orteil. Elle rétrécissait à vue d’œil, qu’est-ce que c’était encore que cette sorcellerie ? Je me précipitai alors sur mon grimoire. Mais toutes les pages étaient blanches.

Écrit à quatre mains
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 8 août 2019

6) L’éléphant battit des oreilles …

L’éléphant battit des oreilles … Ça lui faisait tout drôle : c’était la première fois ! Elles étaient toutes neuves, faites sur mesure parce qu’il s’était plaint amèrement à son concepteur :
- Vous auriez pu faire un peu attention, avec celles-là tout le monde va se payer ma pomme. 
A force de geindre, il obtint les plus grosses oreilles de la jungle. Dans son for intérieur, il commençait à trouver ça moins marrant que la première fois : ces deux volets sans cesse en mouvement, ça pesait ! Quelle allure avait-il, vraiment, la tête clouée au sol ?
Il retourna se plaindre à nouveau, mécontent de son expérience. Mais cette fois-ci, il mit un temps infini avant d’arriver à bon port à cause de ses énormes protubérances. Le concepteur s’esclaffa :
- Pas moyen de faire marche arrière mon petit pote, il fallait y penser avant ! 
Alors l’éléphant se plaignit si fort de son sort qu’il attira – comble de malheur – l’attention d’un certain Walt Disney qui lui dit, se frottant les mains :
- Qu’est-ce que vous connaissez du cinéma ?
- Je sais que le cinéma est rempli d’étoiles !
- Apprends, cher pachyderme, qu’il ne s’agit pas d’étoiles mais de stars et si tu veux en être une sur le boulevard, il va falloir faire des concessions !
- D’abord, je vais te donner un pseudo pour attirer les foules … Laisse-moi réfléchir … Winnie l’éléphant, ça te parle?
- Ah non ! Quelque chose de moins… de plus …
- Tu es exigeant, je vois ; c’est bien. Quelque chose de plus exotique peut-être ? Qu’est-ce que tu penses de Simba ? Simba l’éléphant ? Non plus ? Bon cet éléphant est un véritable imbécile. On l’appellera donc Dumbo !

Écrit à quatre plumes
Librairie Les Oiseaux des nuit
Le 8 août 2019

7) Ce matin-là...
Ce matin-là, le mont Blanc explosa… Il faisait chaud et le G7 n’avait rien réglé. Le matin d’après, après maints ravages, il se mit cette fois à fondre. Et l’eau coula si fort que les lacs se remplirent jusqu’aux rives. Les terres se ridaient comme boursouflées par tant de fluide. Nul ne pouvait marcher. Quand furent passées les grandes eaux, ce fut le feu qui arriva : il y avait si longtemps qu’il couvait sous la glace ! Les géologues restaient penauds : le mont Blanc, un volcan ! Ça alors ! On n’est pas près de refaire l’escalade... C’est clair ! On peut éventuellement innover avec un nouveau sport. Mais lequel ? La course à pied dans la plaine est plus reposante pour le dos. Bref comme disait Pépin, nous voilà dans le pétrin.

Écrit à cinq plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 13 août 2019

8) J’entendis la chouette...
J’entendis la chouette pousser son cri au clair de lune. Et le hibou lui répond que la loutre revient de voyage. De voyage ! Et puis quoi encore ? Est-ce que je voyage moi, le gardien de nuit, la sentinelle obligeante ? Eh ! Tu n’as rien vu, il y a aussi le blaireau, le lérot et le ver de terre. Mais attention, le loup approche et va tous les manger. Quelle solution proposez-vous ? Appeler le petit chaperon rouge pour qu’elle lui offre son petit pot de beurre ! Du beurre baratté j’espère et la confiture aussi bien sûr. A condition qu’elle trouve le chemin jusqu’à la maison de grand-mère. C’est pas du jeu : avec les chemins de randonnée, maintenant la petite ne peut pas se tromper. Elle va atterrir direct dans la gueule du Loup qui va se la faire frire au beurre demi-sel. Avec du caramel au sel et une crêpe : c’est un loup breton. Bon, ben finalement le chaperon a rendez-vous chez le dermato. Dommage !

Écrit à cinq plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 13 août 2019

9) C’est l’été...

C’est l’été, il fait chaud. Et parfois même trop chaud à cause du réchauffement climatique. Ah ! Au détour du chemin, sortant du bois, une cascade d’eau fraîche ! Où je puis me désaltérer. Mon cheval broutait sur le rivage quand je vis … Mais comment nommer ce que je vis ? Dire une beauté, ce serait peu, dire une déesse, ce serait faux, un apollon ? Pas davantage. Non, c’était, c’était … un blaireau qui avançait doucement, doucement en écrasant le blé du champ. Je profitai de cet instant pour me rafraîchir les pieds dans la ressource. Une réelle sensation de bien-être envahit tout mon corps … nu et couvert de suie. Je pus enfin voir ruisseler l’eau noire de mon corps. Elle marbrait le ruisseau. Aujourd’hui c’était moi le pollueur. Enfin!

Écrit à cinq plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 13 août 2019

10) C’est l’histoire d’un puivert...

C’est l’histoire d’un puivert perché dans un arbre gigantesque. Il sifflait de bonne humeur et toute la campagne l’entendit. La rosée du matin mouillait l’herbe. Le puivert ne savait pas encore qu’il était le héros de l’histoire. Pour le moment, il savourait la lumière du matin baignant la canopée au-dessus des écharpes de brume et son sifflement piqué de gouttelettes lui donnait toute satisfaction. La journée démarrait bien. Si la nourriture est à portée de bec, il ne manquera plus qu’un rendez-vous avec la bande à Puivert. Manque de chance, le puivert est bel et bien le héros de l’histoire mais aussi le seul de sa région donc pas d’autres de son espèce aux alentours. Voilà une nuée d’hirondelles… Oui, mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Mais sûrement pas l’hiver. Alors, là, moi qui croyais que l’histoire parlait de nuit, elle ne raconte que des histoires d’oiseaux de jour. Pas sûr ! Le puivert est puissant, il puise son énergie aux rayons du soleil comme à la face blême de la lune. C’est le début de son héroïsme : un mutant, je vous dis! Et à l’heure de la disparition des oiseaux, qui ose s’en plaindre ? Alors … carpe diem !

Écrit à cinq plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 13 août 2019

11) La nuit, les sorcières...

La nuit, les sorcières flottent dans les airs. Elles flottent ou elles flattent ? Mais alors qui flattent-elles ? Elles flattent les grenouilles dans la mare. Ça croasse, ça croasse et cuisses de grenouilles. Après la flatterie, la drague. Quelle sorcière va donc embrasser en premier une grenouille ? Et elle se fit plus grosse que le bœuf. Sûrement pas : elle était au régime ! La sorcière est une espèce en voie de disparition, il faut la protéger. Mais c’est justement ce que voulait faire la sorcière. Le meilleur moyen de protéger la sorcière c’est de protéger la grenouille donc de réveiller le prince charmant qui sommeille en elle. La rainette avait mis son plus beau maillot vert pour charmer la sorcière. Et la sorcière son plus beau rouge à lèvres Séphora C’est ainsi parées qu’elles partirent tout heureuses vers le bal du village.

Écrit à cinq plumes
Librairie Les Oiseaux de nuit
Le 13 août 2019