Sans voix

Sans voix

Edward St Aubyn

Le Livre de Poche

  • 16 septembre 2017

    Intelligent, drôle et méchant

    « Sans voix », cet irrésistible roman satirique anglais sur le petit monde des prix littéraires est né d’une déception. Celle qu’a ressentie son auteur, Edward St Aubyn, lorsqu'en 2006, le plus prestigieux prix littéraire britannique, le Man Booker Prize, lui a échappé de justesse. Il était archi-favori mais, contre toute attente, c’est un roman de l’Indienne Kiran Desai qui a gagné. Écrite sans acrimonie, avec un humour mordant et distingué à la Evelyn Waugh, cette « vengeance littéraire » est tout sauf revancharde.

    Elysian est une firme agrochimique controversée qui cherche à se racheter une crédibilité en parrainant un prestigieux prix littéraire. Malcom Craig, parlementaire sans portefeuille, souhaite capter l’opinion du public puisque « les lecteurs sont des électeurs » en présidant ce prix. Il constitue un comité formé d’une célèbre chroniqueuse, « geyser d’opinion », Jo Cross; une universitaire obsédée par la « pertinence » des textes , Vanessa Shaw; une ex-maîtresse du fondateur du prix, Penny, et un acteur obscur qui n’a le temps de rien , surtout pas de lire les 200 romans sélectionnés. Face à eux, des candidats qui ont tous la certitude d’avoir écrit un chef-d’œuvre impérissable qui les fera gagner. Alors, quand un banal livre de cuisine d’une auteure indienne inconnue est malencontreusement adressé au comité et finalement sélectionné à la place de celui d’une romancière de premier ordre, la farce est lancée et St Aubyn peut s’en donner à cœur joie pour nous régaler d’une farandole de scènes d’une méchanceté jouissive.  Par ailleurs il s’adonne à un exercice de style follement amusant en insérant dans le récit les extraits des romans des candidats aux  genres caricaturaux. Un peu comme les pastiches, «Marguerite Duraille» ou « Et si c’était niais ».

    Tous les personnages ont les nerfs fragiles et St Aubyn a l’art de les pousser dans leurs retranchements pour créer des situations aussi absurdes que drôles. Avec style et élégance, il parvient comme nul autre à décrire « un milieu où on éprouve tant de colère que l’on ne parvient plus à rire de quoi que ce soit ».

    Avec ces portraits à l’acide de personnages qu’on adore détester autant qu’on finit par les aimer, il fait vraiment « bon rire » chez St Aubyn. Et puis, joli pied de nez du destin, avec « Sans voix » il vient d’être lauréat cette année du " Wodehouse Prize for comic fiction ".

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