L'été de l'ours

Bella Pollen

Belfond

  • 1 septembre 2012

    Roman de Bella Pollen.
    Nicky Fleming, diplomate anglais à Bonn, a été retrouvé mort. Tout laisse supposer un suicide, mais il y a des inconnues dans la disparition de cet agent. Était-il un espion passé à l’Est ? A-t-il trahi son pays en pleine Guerre froide ? « Il existait une faille dans le procès maison de Nicky Fleming. Qu’il soit coupable était accepté comme un fait avéré. Mais de quoi, personne n’en savait rien. » (p. 131) Pour surmonter la perte de Nicky, son épouse Letty décide de s’installer sur une île isolée des Hébrides-extérieures. « Par le passé, cette île désolée des Hébrides avait été le refuge de toutes sortes d’âmes perdues. » (p. 33)


    À leur arrivée, toute l’île se passionne pour un ours de foire qui s’est échappé et qui rôde dans les environs. Personne n’a vu le plantigrade, mais Jamie s’est mis en tête de le trouver, comme une ultime promesse qui le lie à son père. Cet ours n’a plus rien du fauve : capable de réflexion et d’émotion, il se laisse mourir de faim dans une grotte plutôt que de manger des charognes. Et il ne peut s’empêcher d’observer le petit garçon qui le cherche sur la falaise.
    Avec ses trois enfants, Georgie, Alba et Jamie, Letty tente de faire front, mais se laisse submerger par le chagrin et l’incompréhension. « Ils ne semblaient plus former une famille. Plutôt un ramassis d’âmes endommagées liées les uns aux autres par une série de rites et de rythmes qu’ils contrôlaient mal. Mais peut-être était-ce la définition d’une famille. » (p. 24) Georgie, douce jeune fille, ne rêve que de changer de vie et se laisse aller à ses premiers émois amoureux. Alba est une adolescente féroce qui nourrit une haine tenace du monde et des gens, prenant son petit frère pour cible principale. Quant à Jamie, il vit dans un monde imaginaire et attend patiemment le retour de son père. « Car si Alba pouvait l’aimer, l’impossible devenait possible. On retrouverait l’ours. Son père disparu rentrerait à la maison, et son trou au cœur se réparerait. » (p. 249)
    L’intrigue de ce roman est intéressante, mais la narration chaotique en rend la lecture pénible. On oscille sans cesse entre passé et présent et les évènements qui précédent la mort de Nicky se mêlent à la nouvelle vie de la famille Fleming. À force de me perdre dans le temps, j’ai fini par m’ennuyer et c’est sans grand intérêt que j’ai suivi la résolution du mystère politico-diplomatique qui entoure le suicide de Nicky. J’aurais aimé que les chapitres consacrés à l’ours soient plus longs, plus fouillés. Aussi touchante que soit l’histoire de cette famille endeuillée qui doit réapprendre à vivre et à faire confiance, elle n’a pas su m’émouvoir. Dommage, car cette histoire avait bien des choses pour me plaire. Mais la panne de lecture est toujours là. Rien ne me plaît vraiment et je compare tout au grand Zola, ce qui est une barre trop haute pour beaucoup de livres.


  • 15 mai 2012

    famille, ours

    Voici un très beau roman plein de bons sentiments où les gentils auront des réponses à leurs questions et dans lequel le méchant gouvernement n'aura pas le dernier mot.

    Mais que cette histoire est racontée de façon embrouillée : oui, il y a des falsh-back avec ce qui s'est passé à Bonn avant la mort du père, puis des retours en arrière de flash-back pendant lesquels Georgie se souvient de ce qui s'est passé lors de son voyage à Berlin-Est avec son père. Sans oublier la façon si particulière de réfléchir de Jamie.
    Et puis il y a l'ours, également, qui est parfois le narrateur de certains chapitres.
    Le gouvernement britannique qui est méchant, fait parti intégrante de l'histoire : il ne veut rien expliquer à propos de la mort du père et construire un centre de lancement de missiles nucléaires sur la fameuse île.
    Bref, (comme dirait certains) tout ceci ne m'a pas franchement permis de m'émouvoir à la lecture de ce roman.
    Je fais donc ce triste constat : j'ai perdu mon âme d'enfant (bouououou....)

    L'image que je retiendrai :
    Il est beaucoup question d'ours (Lystig, tu vas adoré) à telle point que je me suis demandée pourquoi le récit ne se déroulait pas à Berne.


  • 1 mai 2012

    Nous sommes au début des années 80 en pleine guerre froide. Nicky Fleming, un haut diplomate en poste à Bonn meurt de manière subite et mystérieuse. Suicide ? Meurtre ? Mort accidentelle ? Sa femme Letty ne trouve pas de réponses à ses questions. Pour essayer d’oublier et tenter de retrouver une vie de famille “normale”, elle quitte Bonn avec ses enfants pour rejoindre sa terre natale : l’île des Hébrides en Ecosse. Mais rien ne change, les questions sont toujours là, les enfants ressentent terriblement l’absence du père et réagissent chacun à leur manière.

    Georgie, l’aînée, se sent responsable de la famille depuis que sa mère, désemparée, se laisse aller. Quant à Alba, 13 ans, elle est en perpétuelle révolte contre toute forme d’autorité et est très agressive avec son petit frère Jamie. Pourtant, on sent bien que sous cette carapace, c’est une jeune fille qui a un grand besoin d’affection et elle en devient même attachante. Et puis, il y a Jamie, ce petit garçon si touchant, un peu naïf, rêveur, qui porte un amour inconditionnel à sa soeur Alba malgré la méchanceté de cette dernière. Un garçon toujours dans ses pensées, d’une sensibilité à fleur de peau, à qui on n’a pas dit clairement que son papa était mort et qui le cherche toujours…

    Et l’ours dans tout ça ? Et bien le lecteur ne comprend son rôle dans l’histoire que petit à petit. L’auteur lui donne la parole dans de courts chapitres et nous dévoile ses pensées alors qu’il vient de s’échapper et erre sur l’île des Hébrides.

    Un roman qui aborde divers thèmes comme le deuil, l’acceptation de la mort, les relations parents-enfants, le couple, mais aussi les complots, la trahison, etc. Le tout sur fond de Guerre froide. L’auteur nous montre également les dessous du métier de diplomate et ses conséquences sur la vie de famille: priorité à la carrière du mari souvent au détriment du couple, toujours faire bonne figure, garder le secret professionnel… Après la mort de Nicky, Letty découvre une autre facette de son mari qu’elle ne connaissait pas et se pose beaucoup de questions au sujet de l’homme avec qui elle partageait sa vie. Qui était-il réellement ?

    Un très beau roman rempli de poésie, d’émotion et de sensibilité. À découvrir !


  • par (Librairie Athenaeum)
    3 avril 2012

    Intrigue et émotions

    Comment combler le vide laissé par un père et mari plein de secrets ?
    Comment reconstruire la vie d'une famille quand chacunne comprend pas la cause de cette disparition ?

    Entre la tendresse que chaque personnage impose, à travers le récit, et la dureté de l'épreuve qu'ils vivent, l'ours veille ... intrigant au début, cet ours, dans les multiples incursions savamment distillées : original, ces pensées sont dispersées afin de piquer l'intrigue.

    Un roman délicat sur l'enfance, le deuil et l'amour familial de letty et ses 3 enfants sur fond de guerre froide et d'île écossaise. Mais cela ressemble aussi à une "enquête" autour des rumeurs et non-dits d'un secret diplomatique de la mort du père de famille : le connaissaient-ils vraiment ?

    Jamie, 9 ans, saura vous prendre d'affection par sa fragilité, "son" monde et sa vison de l'ours.

    Il n'est pas difficile d'entrer dans le vie de cette famille. Il a même été assez déconcertant de voir avec quelle facilité Bella Pollen arrive à nous plonger dans l'univers de ces parfaits inconnus. Les chapitres se suivent, très courts : les histoires et les pensées s'entrecroisent.
    Il est toujours bien de lire d'autres univers que ceux qu'on affectionne habituellement et cette lecture peut vous surprendre ...


  • 10 février 2012

    Letty vient de perdre son mari. Nicky Fleming diplomate anglais est mort en sautant du toit de l’Ambassade à Bonn où ils vivaient. Letty quitte l’Allemagne avec ses trois enfants et rejoint sa terre natale une petite île au nord de l’Ecosse.

    Nous sommes dans les années 1980, l’espionnage et la surveillance faisaient partie des missions de Nicky. Letty part pour fuir les rumeurs auxquelles elle ne veut pas croire. Son mari était loyal et non pas un traître, elle nie également la thèse du suicide. Rongée par la mort de son mari, Letty agit en automate, en mode de survie. Pour elle-même et pour protéger ses enfants. Georgie l’ainée, dix-sept ans, s’efforce de comprendre l’attitude de sa mère contrairement à Alba. Agée de quatorze ans, Alba est un véritable volcan, révoltée en permanence contre tout et tout le monde. Et il y a Jamie. Un garçon de onze ans, émotif, attendant le retour de son père. Avec innocence, il essaie de refouler le réel dont il devine peu à peu l’étendue et se réfugie dans l’imaginaire. Letty cherche et creuse pour avoir des réponses à se nombreuses questions et les enfants doivent s’habituer à cette vie rudimentaire. La petite île est le lieu d’un évènement inattendu : un ours s’est échappé et se terre quelque part. Jamie veut le retrouver et s'accroche à l'idée que l'ours a un rapport avec son père. Les membres de cette famille disloquée terriblement humains craquent ou continuent de faire semblant pendant un certains temps. Le temps nécessaire pour se vider, extérioriser la peine, recoller les morceaux pour finalement comprendre pourquoi Nicky est mort.

    L’écriture fine et sensible rend au plus juste la tendresse, les émotions et cette part de magie poétique. La construction du roman donne tour à tour la parole à chacun des personnages et on colle au plus près de ce qu'ils ressentent. Pas de guimauve ou de larmoyant mais des doutes, de la colère, de la frustration, du désœuvrement et de l'espoir...
    Avec en arrière-plan le contexte politique de l'époque, Bella Pollen nous plonge dans une famille qui tente de se reconstruire, dans les embruns où le vent vous mord les joues et vous fait pleurer quand ce ne sont pas les émotions. Une histoire belle et émouvante pour un roman vraiment réussi sur toute la ligne !