Pense à demain, roman

Pense à demain, roman

Anne-Marie Garat

Actes Sud

  • 5 février 2019

    Paris, 1962. La France oublie la guerre et se repaît du boum économique des Trente Glorieuses. Le pays produit et construit, résolument tourné vers l'avenir et sa jeunesse se cherche. Comme Christine Lewenthal qui traîne son ennui dans les rues désertes du 15 août. La fille chérie de Camille Galay et Simon Lewenthal a presque oublié son père mort dans un camp de la mort et n'est pas proche d'une mère brisée par la perte de son mari. De sa famille, de la guerre, elle ne sait rien. Héritière des entreprises B&G, arrière-petite-fille de Madame Mathilde, la jeune Christine n'a même jamais mis les pieds au Mesnil, dans la demeure familiale dont il ne reste que des ruines. Mais là-bas, on se souvient encore très bien des Bertin-Galay. Aux Armand, les Donné continuent d'exploiter la ferme qui désormais leur appartient. Seul Antoine a quitté la campagne, pour se mêler de cinéma à Nanterre. Il déteste la maison de maître dont les restes calcinés le narguent à chacun de ses passages. Il est d'ailleurs circonspect quand il croise un étranger dans le jardin abandonné de la demeure. Que cherche Alex ? Il dit avoir mis la main sur des films odieux prouvant que Pierre Galay, le médecin de la famille, aurait commis des exactions en Birmanie au début du siècle. Ce jeune chercheur est bien décidé à remonter la piste et à creuser l'histoire de la riche famille. À mille lieues de ces considérations, le député Guillemot, de la branche ennemie de la famille, marie sa fille Viviane. L'homme nage dans le bonheur, il revit dans les bras de sa jeune maîtresse et attend un poste de ministre à brève échéance. Pourtant, aussi profond qu'on enterre le passé, arrive un jour où il revient frapper sur l'épaule de celui qui a voulu tout oublié. Actes héroïques ou mauvaises actions, l'heure des comptes a sonné.

    Suite et fin de la fresque familiale d'Anne-Marie Garat. On retrouve dans ce troisième et dernier volet les Bertin-Galay, champions de l'agro-alimentaire et, les Guillemot, issus de la branche cousine, qui tâtent de la politique et les Donné qui ont longtemps servi les Bertin-Galay, avant que Madame Mathilde ne leur offre leur lopin de terre. Christine, Viviane et Antoine incarnent ces trois familles et sont le fruit des alliances, des secrets, des crimes même de leurs aînés. Mais les silences de leurs parents les ont privé d'un passé dont ils ne connaissent rien. Secoués par l'arrivée dans le groupe de Leni, une jeune Allemande engagée, ils découvrent véritablement la guerre et ses horreurs, la collaboration et la résistance. Mais eux dans tout cela, qu'ont-ils à prouver, à défendre ? Dans un monde où tout va de plus en plus vite mais où plane l'ombre de la guerre froide, la jeune génération peine à se trouver un idéal. La France tend vers la prospérité, les paysans deviennent des agriculteurs et voient leurs terres menacées par l'expansion des villes. En banlieue, les barres d'immeuble poussent comme des champignons. Le pays est en pleine mutation. Mais la guerre n'est pas loin et certains secrets ne demandent qu'à être révélés. Les résistants de la dernière heure, et collabos de la première, s'en sont sortis impunis, blanchis, vierges. L'épée de Damoclès de la justice et de la vengeance planent au-dessus de leurs têtes...
    Anne-Marie Garat clôt son roman-fleuve comme elle l'a commencé, toujours avec la même élégance, le souci du détail, le subtil mélange d'histoires intimes et de grande Histoire. Roman populaire, feuilletonesque qui va puiser ses influences chez Zola, Maupassant ou Hugo, cette saga se dévore malgré sa longueur. Il est d'ailleurs conseillé de les lire à la suite pour ne pas se perdre dans les méandres de ces histoires qui s'entrecroisent. Cette conclusion apporte des réponses mais aussi des questions sur la mémoire, l'hérédité, la transmission et le Mal. Les hommes sont-ils maîtres de leur destin ou se trouvent-ils dans la main du diable ? Un diable qui se rit de l'Humanité et la laisse vivre juste parce qu'il aime la voir mourir lentement...