• par (Les Oiseaux de nuit)
    1 novembre 2019

    "Si je ne pouvais pas vivre en révolté, à quoi bon vivre?"

    Ecrit dans les années 60, Et frappe le père à mort, dont le titre est tiré d'une réplique d'une oeuvre dramatique de Shakespeare, commence à Londres durant la Seconde Guerre mondiale et se poursuit dans l'immédiat après-guerre. Les bombes tombent sur la ville, c'est l'époque des tickets de rationnement et de l'enrôlement obligatoire dès 18 ans.
    Jeremy a 16 ans et un rêve tenace, devenir musicien de jazz. Son père, professeur de langues anciennes a d'autres ambitions pour lui, et la musique, qu'elle soit classique ou moderne n'est pas au programme.
    Jeremy lassé des disputes qu'il a avec son père, rongé par l'intolérance de celui-ci décide de fuguer et va se réfugier dans les pubs londoniens.
    il survit grâce à sa passion de jouer du jazz, jouer du piano, emporté, fasciné par le clavier et ses quatre-vingt-huit touches noires et blanches.
    Et frappe le père à mort est le roman de la colère, de la rage, de la révolte et de la détermination. C'est aussi le roman de la défiance des pouvoirs, de tous les pouvoirs, à commencer par celui du père, puis celui des autorités institutionnelles, puisque Jeremy refusera de faire son service militaire, ce qui à l'époque valait l'emprisonnement.
    Cependant ce roman de John Wain ne se résume pas qu'à une opposition frontale entre un père et son fils: " Si chaque génération semble toujours perdue aux yeux de la précédente, une trêve est possible quand les pères et les fils reconnaissent qu'ils portent en eux un peu de la souffrance de l'autre."
    Puis c'est la grande époque du jazz, le rythme qu'il apporte fait oublier le quotidien de la guerre et des privations. C'est de tout ceci dont est fait ce Et frappe ton père à mort. Sans oublier la bouleversante rencontre entre Jeremy et Percy, un jazzman noir américain, qui saura apporter à Jeremy la créativité, la technique et l'improvisation pour dérouler les lignes mélodiques des morceaux qu'ils joueront ensemble:" Percy a jeté un coup d’œil rapide autour de lui, comme pour se mesurer à nous une dernière fois. Puis il est parti, exactement en rythme. Je me souviens encore des premières notes qu'il a émises. Je m'en souviendrai jusqu'au jour de ma mort. Il jouait sur un ton incisif, avec une précision extraordinaire, et sa technique consistait à attaquer, attaquer, attaquer tout le temps. J'ai compris tout de suite pourquoi i préférait le trombones à pistons au trombone à coulisse ordinaire, parce que ça lui permettait d'avoir un jeu plus mobile et plus percutant...Chaque phrase était pour nous une source nouvelle d'inspiration, une porte qui s'ouvrait sur un monde dont nous ne soupçonnions pas encore l'existence. "