Meurtre dans un jardin indien

Vikas Swarup

Belfond

  • 22 juin 2010

    Un cluedo sans le colonel moutarde dans le cellier avec le chandelier

    Plus grande démocratie du monde, par le nombre de citoyens, 1,1 milliard, l’Inde souffre d’une corruption endémique qui permet aux plus riches de passer entre les mailles des filets de la justice. C’est le cas pour Vivek Rai, fils du ministre de l’intérieur de l’état de l’Uttar Pradesh. Arrogant, le jeune homme échappe à chaque fois au procès et au séjour en prison. Jusqu’au jour de son assassinat.

    Les lumières de sa villa, où se déroule une fête grandiose en son hommage, s’éteignent. Un coup de feu retentit. Et il gît sans son sang, « mortellement blessé ». Six suspects qui avaient en leur possession une arme sont arrêtés par la police. Mohan Kumar, ancien haut fonctionnaire de l’état, Shabnam Saxena, une illustre actrice de Bollywood, Munna, un membre d’une caste inférieure, un aborigène noir de peau, Larry Page, un américain un peu niais dont le seul point commun avec le fondateur de Google est son patronyme, ainsi que le père de Vivek. Tous sont suspectés du meurtre. Le livre raconte les quelques mois de leur vie qui précédent leur présence à cette soirée et racontent quels auraient pu être leurs mobiles pour tuer Vivek Rai.

    Déjà dans son précédent roman, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, mis à l’écran sous le titre de Slumdog Millionaire, Vikas Swarup livrait un livre de confluence où le présent s’expliquait par le passé et son lot de coïncidences. Ici, on se rapproche des dix petits nègres d’Agatha Christie avec une intensité dramatique moins élevée, le mort est tout de même un salaud, mais une ferveur humaine très présente. Au passage, il y raconte l’histoire de l’Inde d’aujourd’hui, un pays métisse, confronté aux questions des oppositions religieuses, des questions de castes, d’influence politique, de métaphysique puissante et idéaliste mais à la fois de cette misère humaine dont se nourrit la corruption et l’inhumanité. Il serait bon que ce diplomate de métier cesse sa carrière toutes affaires cessantes pour se consacrer à l’écriture et livre à ses aficionados leur « dose ».

    A noter, cette phrase, page 100 : « J’aurais dû vous l’expliquer depuis longtemps, il a sept pêchés capitaux, Ritaji, dit-il en rougissant légèrement. La Politique sans les Principes, la Fortune sans le Travail, le Savoir sans la Personnalité, les Affaires sans la Moralité, la Science sans l’Humanité, le Culte sans le Sacrifice et la Jouissance sans la Conscience ». Tout pareil.


  • 13 juin 2010

    Foisonnant, palpitant, drôle, un voyage dépaysant !

    J’étais littéralement tombée sous le charme du premier roman de l’auteur (Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire) et c’est donc avec un immense plaisir que je me suis plongée dans Meurtre dans un jardin indien.

    Déjà, je n’ai pas été dépaysée quant au style. Ca se lit toujours aussi bien. Vikas Swarup a un vrai style propre qui personnellement me plaît beaucoup.
    L’humour est bien au rendez-vous, et les péripéties ne manquent pas !

    Ce deuxième roman est plus « coriace » que le premier, dans le sens où les pires coups sont permis. On avait pu assister à l’injustice sociale de l’Inde dans Slumdog Millionnaire, mais je dirais que ce n’était qu’une mise en bouche.
    Ici, la corruption, les bakchichs et les abus de pouvoir ont remplacé les rêves et les espoirs de nos personnages des bidonvilles.
    Tout est poussé à l’extrême. Vikas Swarup a dépeint une véritable caricature de son pays d’origine. Aussi, l’invraisemblance est de mise.

    La structure du roman est originale, et n’est pas sans rappeler celle des romans d’Agatha Christie : Il faut retrouver l’assassin. On part d’un élément, et on remonte le temps.
    En l’occurrence, l’élément de départ est le meurtre d’un véreux individu, et 6 longs chapitres retracent le quotidien des six personnes suspectées.
    J’ai beaucoup aimé la découpe du roman. Outre les 6 chapitres consacrés chacun à un personnage, le roman est aussi découpé en plusieurs parties.

    Les personnages qui sont tous dotés d’une personnalité différente font la force de ce roman. On s’y attache, on les déteste, ils nous agacent, ils nous émeuvent…

    - Le bureaucrate, Mohan Kuhmar est un individu qui ne pense qu’à l’argent et à la gloire. Mais mystérieusement, Gandhi s’empare de son esprit… Alors certes, c’est gros, invraisemblable au possible, mais on assiste à des comiques de situation à pleurer de rire. J’avoue qu’au départ, ca m’a paru si invraisemblable que je ne savais plus quoi en penser.. Mais le ton du roman est donné : C’est rocambolesque, mais drôle.

    - Munna est un personnage un peu plus crédible. Il vient d’un bidonville, et son métier : voler des téléphones portables. Mais c’est sans compter sur la providence…

    - Un aborigène, Eketi a aussi sa place parmi les suspects. Il est candide, innocent, et débarque pour la première fois dans une grande ville. Autant vous dire que le choc des cultures ne le fera pas sortir indemne de cette histoire… D’ailleurs, au début, quand il est dans sa tribu, l’une des scènes m’a férocement fait penser au film « Les dieux sont tombés sur la tête ». Souvenez vous, cette tribu dans laquelle ça dégénere à cause d’une bouteille de Coca tombée d’un avion !

    - Un américain a aussi un rôle dans cette histoire… Cet individu est un imbécile fini. Inculte, et totalement à côté de ses pompes. Il se nome Larry Page. Oui, comme l’inventeur du plus puissant moteur de recherches, Google… On le devine aisément, cet homonyme lui vaut quelques complications.

    Je crois que c’est son chapitre qui m’a fait le plus rire. C’est le champion des expressions débiles comme :
    « Je trouve ça aussi drôle que péter dans une église »
    « Ben comme dit maman, à force d’ouvrir son sucrier, on finit par attirer les mouches »
    « -Qu’est-ce qui a marqué le tournant monsieur Page ?
    -Vous voulez dire, quel panneau indicateur ? »
    Bref, Larry possède un florilège d’expressions de ce genre, qui, je l’avoue, m’ont fait hurler de rire !

    - Nous avons aussi une actrice parmi nos suspect… Elle a la gloire, l’argent, la beauté, mais elle souffre de solitude. Je l’ai trouvé touchante moi, cette fille, finalement.

    - Et enfin, l’un des suspect est le père de la victime lui-même. Ministre de l’intérieur de son état. Il passe sa vie à frauder, pour la gloire et l’argent. C’est le plus ripou des ripoux. Son chapitre est le seul qui m’ait ennnuyé, mais heureusement, c’est le plus court.

    Ce roman

    Outre les personnages, ce roman m’a fait voyager dans tous les coins de l’Inde. J’ai été moins dépaysée que dans le premier roman, mais peut-être est-ce dû à l’effet second, car pourtant, je dois admettre que j’ai pu subir moi aussi le choc des cultures.

    Comme le dit si bien la quatrième de couverture, ce roman est foisonnant, palpitant, « Une aventure pleine de suspense et d’émotion au coeur de l’Inde d’aujourd’hui ».

    Vikas Swarup, à travers ce roman d’une drôlerie certaine, a encore une fois pointé du doigt certains travers de l’Inde, et je dirais de toutes les sociétés en général. L’écart est tellement énorme entre les riches et les pauvres, certaines lois sont tellement bafouées, que ça fait du bien au moral de voir qu’un livre dénonce ces choses-là, sans tomber dans le misérabilisme.

    Je me rends compte que là, en écrivant ma chronique, j’ai le sourire aux lèvres… C’est donc bien un roman qui m’a plu, qui m’a fait rire. Un roman que je ne pense pas oublier de sitôt car je crois qu’il m’a vraiment marqué.

    Vivement le prochain !