William Boyle

Tout est brisé

Gallmeister
22,50 €
 

Repéré l’an dernier par François Guérif, à qui l’on doit la découverte en France de James Ellroy, Dennis Lehane ou Donald Westlake, William Boyle publie aux éditions Gallmeister son second roman, Tout est brisé.

Qu’est-ce qui fait qu’on lit et relit ce livre dont l’histoire, sans suspense, vous emporte pourtant avec la force d’un torrent mélancolique ? Peut-être cette absence d’artifice justement. Le sentiment de lire une histoire dans laquelle l’auteur s’est livré avec un mélange égal d’intimité et de pudeur en allant puiser – qui sait – dans le souvenir de ses propres douleurs et de ses propres peurs, pour mieux s’en détacher et les rendre accessibles au premier lecteur venu.

Le talent du New-Yorkais William Boyle est là. Contenu dans un rien que peu d’écrivains savent donner. Dans une compassion pour ses personnages qu’il donne en partage, avec l’espoir qu’ainsi multipliée en autant de lecteurs, elle saura mieux les consoler.

Gravesend, un quartier de Brooklyn. C’est là que vit Erica. Seule dans son plus que modeste appartement, aux prises avec son vieux père insupportable qui se remet mal d’une pneumonie qui a failli l’emporter. Son mari est mort d’une tumeur au cerveau, sa mère est décédée, son fils s’est barré au Texas. Pourtant, après des mois de silence, celui-ci l’appelle. Lui aussi est au fond du trou. À croire que la poisse est la seule richesse que l’on se transmette dans cette famille. Incapable de s’en sortir tout seul, il est contraint, la honte au front et le peu d’orgueil qui lui reste ravalé, de revenir dans la cellule de départ. Dans cet appart pourri de Brooklyn.

Tout s’écroule. Tout est brisé : c’est dans le titre. Après des années d’éloignement, Erica et Jimmy arriveront-ils à se parler enfin ? Finiront-ils par comprendre l’un et l’autre leur peine respective ? Tout le roman est là, dans cet enjeu minimal. Tout est brisé est une leçon de combativité et d’espoir portée par des losers qui ne sont pas magnifiques. William Boyle signe avec ce second roman quelque chose d’unique, loin des standards littéraires américains trop bien formatés.

 François Reynaud, Les Cordeliers (Romans-sur-Isère)

 

Les Cordeliers - Romans sur Isère, le 24 octobre 2017