Fabien Grolleau et Jérémie Royer

Sur les ailes du monde, Audubon

Dargaud
21 €
 

Sur les ailes du monde, Audubon nous raconte l’histoire de Jean-Jacques Audubon, naturaliste et peintre ayant sillonné les Etats Unis au début du 19eme siècle avec le projet de peindre ou dessiner tous les oiseaux d’Amérique du Nord « avant que la civilisation n’ait décimé Indiens et bisons, couvert la prairie de chemins de fer, de comptoirs et de villes » pour reprendre la formule de Michel Le Bris dans sa préface au Journal du Missouri du même Audubon (éditions petite bibliothèque Payot). C’est cette quête démesurée que mettent en scène Fabien Grolleau et Jérémie Royer. Tout au long des 174 pages que compte le livre, on est happé pat le souffle romanesque du récit. Audubon n’apparaît pas comme un modèle, ni un « précurseur de l’écologie », mais plutôt comme un homme passionné, en lutte incessante contre son environnement. La nature y devient source d’admiration, mais aussi d’hostilité, de sauvagerie. Quant à ces retours à la civilisation, en quête de souscripteurs mais aussi d’une vie familiale, ils démontrent sa solitude. Cette dernière mêlée à un désir irrépressible de mener ses ambitieux projets à terme le conduira à effleurer parfois une forme de folie. La représentation des paysages, ainsi que des animaux rencontrés est de toute beauté. La visite d’un tronc d’arbre empli de nids d’hirondelles suffira à enthousiasmer le lecteur le plus réticent. Tout y est affaire, de découverte, de plaisir et d’émotion liés à la contemplation. Mais la grande force du récit, ainsi que de sa mise en images, est de ne jamais oublier que tout grand récit d’aventure aussi merveilleux soit-il est toujours empli d’une certaine noirceur. Celle contenue dans la chair même de son protagoniste, mais également celle de ce monde qui est amené à disparaître. Sur les ailes du monde, Audubon, est de ces grands livres là.

Bruno - Le Cadran lunaire


Audubon. Jean-Jacques Audubon, vous connaissez ? Moi non. En tous cas je n’en avais jamais entendu parlé avant cette BD formidable, pleine de grands espaces et d’oiseaux de toutes plumes. Audubon est plus connu aux États-Unis qu’en France en fait. Là-bas, il existe même une association à son nom regroupant 600000 membres ! La National Audubon Society, la plus grande ligue de protection de la nature. Car bien qu’ayant massacré des milliers d’oiseaux sa vie durant afin d’en faire un inventaire exhaustif, cet ornithologue né près de Nantes en 1785, et qui n’aura de cesse sa vie durant de dessiner tous les volatiles du nouveau continent qu’il découvre en 1803, restera comme l’un des pères fondateurs de l’écologie américaine. En effet, ce chasseur amoureux de la nature, sera parmi les premiers à pressentir dans ses écrits les ravages à venir liés au développement d’une société industrielle et commerçante basée sur le modèle européen. Il écrira en 1833 « La nature elle-même disparaît et la cupidité de l’homme éliminera bientôt du Labrador non seulement l’homme mais tout être vivant ».

Inspirés par la vie de cet aventurier prêt à tout pour obtenir le « portrait » d’un oiseau
non encore répertorié, tout en veillant à ne pas prendre au pied de la lettre le menu des aventures telles que racontées dans son journal, Fabien Grolleau et Jérémie Royer rendent une biographie d’Audubon particulièrement vivante et colorée. A ses côtés sur le MississipPi, dans les forêts du Kentucky ou celles de la Nouvelle-Orléans, nous redécouvrons, à travers son regard émerveillé en permanence pointé vers les ciels magnifiques traversés d’espèces volantes plus bigarrées les unes que les autres, l’existence d’un pays à l’aube réveillé à chaque pages de coups de fusils annonçant l’arrivée de temps nouveaux.

Le trait du dessinateur n’est pas dénué d’humour, l’histoire est passionnante… voici vraiment une bande dessinée à mettre entre toutes les mains ! Un grand bonheur de lecture !

 "Audubon aurait été partout ailleurs un grand philosophe, un grand orateur, un grand poète, un grand homme d’État, un Jean-Jacques Rousseau, un Montesquieu, un Chateaubriand. Là il n’a pu être qu’un naturaliste, un peintre et un descripteur d’oiseaux d’Amérique, un Buffon des Etats du Nord, mais un Buffon de génie, passant sa vie dans les forêts vierges (...) et écrivant avec l’enthousiasme de la solitude quelques pages de la grande épopée animale de la création".
(Lamartine, Cours familier de littérature, Paris, 1865)

Les Cordeliers

Le Cadran Lunaire - Mâcon, Les Cordeliers - Romans sur Isère, le 22 avril 2016