Oakley Hall

Warlock

Passage du Nord Ouest
traduit de l’anglais par (Etats-Unis) David Boratav préface de Rick Bass
24,00 €
 

« Le rôle de la fiction n’est pas d’exposer les faits, mais la vérité » 

Oakley Hall est né en 1920 et décédé en 2008. Il a écrit une dizaine de romans, des livres sur Ambrose Bierce et des essais sur le travail du romancier. Les éditions Passage du Nord Ouest viennent de traduire Warlock, son ouvrage le plus fameux, écrit en 1958, livre magistral pour Thomas Pynchon comme pour Rick Bass qui signe la préface de cette édition. Edward Dmytryk en a tiré une adaptation célèbre au cinéma : L’homme aux colts d’or, avec Henry Fonda, Richard Widmark et Anthony Quinn. 

Nous sommes en 1880. Warlock est un bled du Far West américain, à la frontière du Mexique. On y trouve les bons citoyens — les commerçants, le barbier, le docteur, le tenancier du bar Lucky Dollar, le banquier, le patron de la scierie, celui de la compagnie des diligences —, des mineurs pressurés par les compagnies qui exploitent les mines d’argent et des cow-boys qui gardent le bétail, volent celui des Mexicains, braquent à l’occasion des diligences. Une bande, plus particulièrement, exerce sa terreur sur toute la région, celle de Abe McQuown. 

Quoique lâches, nos bons citoyens sont déterminés à éradiquer la violence qui empoisonne leur quotidien. Ils décident de faire appel à un justicier, un as de la gâchette, qu’ils nommeront Marshall et qui sera chargé d’éliminer la bande à McQuown. Son nom est Clay Blaisedell.

Il y a aussi, dans Warlock, Jessie Marlow, l’ange des mineurs, jeune fille courageuse qui tombera amoureuse du Marshall, Tom Morgan, l’ami ambigu de Blaisedell, Johnny Gannon shérif honnête et scrupuleux, le juge Holloway, alcoolique mais lucide et Henry Holmes Goodpasture, le pharmacien, qui tient un journal nous permettant de suivre au plus près la succession des événements qui vont marquer l’histoire de cette petite ville. 

La narration nous emporte littéralement, alternant dialogues et descriptions somptueuses du Far West. On entend le galop des chevaux, on y sent la chaleur étouffante du sud, la sueur, la poussière qui se soulève, recouvre tout, s’infiltre partout, brûle les gosiers et irrite les yeux rouges, le whisky qui imbibe l’homme pour le soutenir ou l’anéantir, le ciel étoilé, magnifique, des grands espaces américains d’avant l’électricité. Les hommes, les femmes, individuellement ou en groupe, pris dans des enchaînements implacables, tentent de lutter, avec ou contre leur conscience, pour atteindre une vie meilleure. 

Derrière une très belle couverture (sur fond entièrement blanc, la photographie d’un cheval comme suspendu, les quatre fers en l’air), déboulent plus de 750 pages d’un roman palpitant, où les personnages sont portés par des passions profondes et violentes, oscillant entre lâcheté, culpabilité, actes de bravoure, défense de l’honneur et de la justice. Grand roman des passions humaines, Warlock décrit avec ampleur et finesse comment celles-ci se confrontent à l’exigence d’une Loi supérieure aux hommes qui oeuvrerait pour le bien commun, et les tensions terribles qui naissent de cette confrontation.  

Magistral, en effet !

 

 

 

Livre aux Trésors - Liège (Belgique), le 21 mai 2010