Ville Propre
Mika Biermann
éditions Tangente
8 €
Enfin, un livre qui se dispense de nous infliger une écriture de style "galéjade", qui parfois constitue l’unique accroche des auteurs marseillais, au détriment du fond... Peut-être que Mika Biermann ne se sent pas obligé de convaincre son lecteur qu’il est bien marseillais, et se contente de vivre sa ville et de la camper en guise de décor, dans un style agréable et avec de l’esprit.
Roman noir pour son ancrage dans le réel de notre société, le tramage du récit alterne les scènes de tribunal et les regards sur le monde immédiat que porte la narratrice, une jeune femme mariée à un jeune cadre psychorigide insipide et aseptisé jusqu’à l’écœurement, qu’elle est soupçonnée d’avoir assassiné. La découverte de sa mysophilie (attirance pour les ordures) se présente comme une liberté reconquise.
Notre rapport au "sale", écartelés entre la production de déchets, l’hyper-industrialisation de notre monde, les dégâts sur l’environnement, et l’obsession de l’aseptisé hightech et hygiéniste, ainsi que celle de la perfection corporelle, ressurgit en trame de fond.
Paravent idéal pour un aveuglement volontaire, et pour les ethnologues du futur.
La localisation à Marseille de l’intrigue est idéale, là ou le sujet de la propreté urbaine revient très souvent, surtout en période électorale.
Ce petit roman pourrait incommoder la ménagère de moins de 50 ans qui sommeille en nous, l’auteur appelle un cadavre de chat un cadavre de chat, en nous ouvrant les yeux sur les productions de notre société que l’on aimerait oublier.
Accord parental souhaitable.
Cédric NEUSER
Maupetit - Marseille 1er, le 4 juin 2008