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John Burnside
Un mensonge sur mon pèreJohn Burnside est certainement l’un des plus grands écrivains écossais contemporains. Un mensonge sur mon père, c’est un récit autobiographique mais appréhendé totalement comme une fiction. « Ce livre gagne à être considéré comme un roman » écrit l’auteur dans sa postface. En fait, ce récit est né de la honte que John Burnside a ressentie un jour en prenant un autostoppeur dans sa voiture, dans les années 90. Alors qu’ils se racontent leurs vies, John ment sur son père. Ce qui lui est d’ailleurs parfaitement habituel. Mais là, il va prendre conscience qu’il a menti sur son père comme il a menti à son père durant toute sa vie, et tout ça parce que son propre père n’a jamais arrêté de lui mentir à lui aussi. Bref, ce récit est un roman d’enfance, sur la filiation à travers le mensonge. Et il est écrit avec une grande pudeur alors que John Burnside nous délivre tout dans ses moindres détails. On imagine alors la classe laborieuse écossaise dont est issue le père de John ; un père violent, alcoolique, affabulateur qui saccagea l’enfance de son fils. Méchant, mesquin, Georges élevait ses enfants à la dure comme on le faisait à l’époque. « Pour lui et pour des générations entières d’hommes de la classe ouvrière, la cruauté était une idéologie écrit l’auteur. Il fallait tuer dans l’œuf tout ce qui était jugé faible chez John : sa sensibilité, son imagination, son goût pour les livres. Toute sa vie Georges aura des rêves impossibles, fera des promesses à sa femme et à ses enfants. A chaque fois l’espoir renaissait, et à chaque fois, tous, ils déchantaient et retombaient encore plus bas. Adolescent dans les années 70, John va découvrir le cannabis, le LSD, l’alcool, et commence alors une longue descente aux enfers. Il va prendre l’habitude de mentir pour tout. Alors qu’il ne supporte plus les mensonges de son père et qu’il veut le tuer, il suit une voie parallèle à la sienne, comme s’il y ait un gène du malheur. Et comme son père il s’autodétruit. Il n’y a aucun pathos dans le livre même quand l’auteur évoque la mort de sa mère, les violences conjugales, les scènes pathétiques de son père ivre mort. Le ton est sobre, juste, implacable, ce qui rend l’histoire d’autant plus poignante. C’est dur un père qui ne transmet à son fils que la haine de soi, la culpabilité, la fureur de ne pas avoir été désiré. Car c’est bien là la clé du roman. Georges a été abandonné bébé devant la porte d’un inconnu. Toute sa vie, il tentera de cacher sa honte de ne pas être né comme tout le monde. C’est pour ça qu’il jouera toute son existence à être ce qu’il n’est pas. Et à le dissimuler à tous les siens. C’est là le mensonge fondamental du roman, ce que va retrouver John à la fin de sa longue introspection. C’est simplement un récit bouleversant. Noémie au Cadran Lunaire. , le 22 avril 2009 Les librairies
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