Marie NDiaye

Trois femmes puissantes

Gallimard
317 pages
19 €
 


Comment décrire l’objet quand il n’est plus d’objet distinct ?


L’œuvre de Marie NDiaye est recouverte d’un flou métaphysique qui n’en est pas moins révélateur de l’âme humaine. Chez elle, rien n’est fixé, tout est toujours remis en cause. Dans ses pièces de théâtre, les personnages sont incarnés par des acteurs. Mais leur présence sur scène sert à mieux dire l’absence, l’indistinct. Ainsi, dans Papa doit manger, le père n’est jamais reconnu par ses filles. Le père, lui, ne veut pas voir ses filles comme elles sont mais comme elles devraient être. La famille est le lieu de l’intranquilité, les liens filiaux jettent le trouble plus qu’ils n’apportent de réponse aux comportements des personnages. L’instinct maternel n’a, par exemple, rien d’évident, pour le personnage de Norah (dans Trois femmes puissantes). La famille est le foyer de la cruauté, et les personnages acquièrent leur puissance dans l’affrontement.

Dans Autoportrait en vert, les personnages des femmes en vert se dissolvent dans l’élément liquide et trouble, elles sont le reflet de la Garonne en crue. Les personnages de ce récit sont décrits par touche, par impression ; le titre ainsi que le style de NDiaye nous évoquent les autoportraits en vert peints par Van Gogh alors que celui-ci, interné, est en proie à une profonde mélancolie. Les photographies qui accompagnent le livre montrent l’ambiguïté des femmes en vert. Soit, en noir et blanc, anonymes, images d’un temps lointain, elles montrent des femmes, mères, que l’on imagine au foyer. Images du passé étonnamment claires et précises là où les photographies de Julie Ganzin nous montrent des femmes floues dans une nature inquiétante.

Curieusement, la mort qui toujours rôde dans l’œuvre de Marie NDiaye, n’est vraiment présente que dans le dernier récit de son dernier roman Trois femmes puissantes. La mort, c’est l’épiphanie de la vie de Khadi Demba, c’est l’expérience ultime de la certitude : « C’est moi, Khadi Demba, songea-t-elle dans l’éblouissement de cette révélation, sachant qu’elle était cet oiseau et que cet oiseau le savait. »

 Marie Ndiaye a le talent de remettre toujours tout en question, tout en sachant que, comme l’écrit Georges Bataille : « C’est dans le halo de la mort, et là seulement, [que] le moi fonde son empire. »
 

Livre aux Trésors - Liège (Belgique), le 14 octobre 2009