Marie Darrieussecq

Tom est mort

P.O.L
247 pages
17 €
 

Né d’une mère française et d’un père américain « Tom disait « ore », il hésitait entre more et encore, mais ce qu’il voulait c’est ça : que ça ne finisse pas. »

Elle nous emmène jusqu’au bord du vide, l’infime frange du non retour vers le monde des vivants, d’un trait trempé dans les cendres d’un cadavre, elle brutalise le papier et nous avec. Inouïs, uniques les mots de Darrieussecq pour romancer la mort d’un gosse de pas cinq ans.

N’allez dans cette lecture qu’avec la certitude d’être invulnérables, insubmersibles ou le contraire, laminés, à bout de tout. Ici les concessions, périphrases, détours abstraits, enjolivements poétiques, nuances d’aquarelles sont au rebut. Seule la crudité, seules les dents serrées, seule la colère et les cris rappliquent.

Puis viennent les longues journées, semaines, mois d’une femme retranchée dans un épais silence cicatriciel. « La souffrance est inusable. » Dit-elle. Pas de concessions donc, Tom est mort et cela doit se savoir.

Voici un livre grave, un livre digne, empli de douleur et de manque. Inutile d’en dire davantage, les mots de Darrieussecq sont là, faits de lanières rouges pour cingler les souvenirs, coller une trempe à l’insoutenable et triturer l’obsédante hantise de la disparition de l’un et de la mortification de l’autre, jusqu’à ce qu’il en suinte...encore...du vivant.

Initiales, le 19 décembre 2007