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Terre des oublis
Thu Huong Duong Sabine Wespieser 794 pages
Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong 29,00 €
Un grand roman vietnamien. Dès les premières pages nous sommes plongés dans le drame : Bôn est revenu, Bôn qui fut le mari de Miên le temps d’un été fugace quatorze ans plus tôt, Bôn dont l’avis de décès est arrivé plus de cinq ans après son incorporation dans l’armée. Le voici, là devant Miên qui, déclarée veuve s’est remariée avec Hoan, union heureuse entérinée par le ciel et par les hommes, de laquelle est né un fils. Elle ne peut ni ne veut quitter Hoan et pourtant elle sait qu’elle va devoir se conformer aux coutumes du village et vivre avec Bôn qui revient en héros, en combattant qui a sacrifié sa vie pour la patrie. Elle demande cependant à Hoan de prendre la décision, assure qu’elle s’y conformera. Hoan qui a été réformé à cause de ses pieds plats, qui l’empêchent de marcher, sait qu’il ne pourra continuer à vivre avec Miên maintenant que son ancien mari est revenu ; sa propre conscience lui interdit de disputer Miên à Bôn. Mais bien que sa raison l’admette son cœur amer se cabre de rancune. Cette séparation est trop barbare, insupportable. Miên après avoir demandé une semaine de grâce à Bôn va vivre avec lui dans une modeste cabane, elle qui avait connu avec Hoan une vie agréable sans souci du riz quotidien. Au fur et à mesure du déroulement du roman nous allons faire plus ample connaissance avec les trois principaux personnages du roman :
- Miên qui après avoir connu une enfance misérable est devenue une jeune femme éblouissante, séduisante et riche, mille fois différente de celle qu’a connu Bôn ;
- Hoan, fils unique d’un instituteur rigoureux et candide chez qui l’hypocrisie et la lâcheté du monde extérieur étaient exclus, qui a été attiré dans un piège alors qu’il était puceau et contraint à un mariage qui lui aura volé sa jeunesse, ses espérances et empli son cœur de haine jusqu’à ce qu’il rencontre Miên et que leur amour efface ce triste et douloureux passé ;
- Bôn, qui contrairement à Hoan n’a jamais été beau mais avait pour lui autrefois sa jeunesse, sa vigueur et qui aujourd’hui a les yeux troubles, les lèvres livides, l’haleine terrifiante. Il ressasse son terrible passé et en particulier les sept jours durant lesquels il a tiré derrière lui, pour se protéger des fantômes qui venaient l’empêcher de dormir, le cadavre de son sergent. Le voici désemparé par l’indifférence de Miêm à laquelle il n’a cessé de penser durant toutes ces années et pour laquelle il éprouve un désir violent. Une narration éblouissante pour décrire l’absurdité tragique (1) de la destinée de ces trois innocentes victimes dans une société pétrie de principes politiques et moraux rigides. Une remarquable description de la vie quotidienne, des odeurset couleurs du Vietnam. Ne soyez pas effrayé par le nombre de pages : l’intérêt est perpétuellement relancé, la traduction excellente, et l’on s’installe durablement avec un vif plaisir dans ce magistral roman.
n.b. Duong Thu Huong est née en 1947 au Vietnam. Militante, elle n’a cessé de défendre vigoureusement ses engagements démocratiques au point d’être exclue du parti communiste en 1990, avant d’être arrêtée et emprisonnée sans procès. Elle vit aujourd’hui en résidence surveillée à Hanoï. Terre des oublis est son sixième livre traduit en français. A travers ses livres elle témoigne de ses engagements démocratiques et de son attachement à son pays.
(1). Le mot de Thierry Maulnier : « Une tragédie est un drame dont tous les protagonistes ont raison » s’applique particulièrement ici.
Jacques Griffault
Le Scribe - Montauban, le 17 décembre 2007
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