Leonard Michaels

Sylvia

éd. Bougois
Traduit par Céline Leroy
17,00 €
 

Magnifique ! Un petit livre tout simplement magnifique.

Leonard Michaels, décédé en 2003, était professeur de littérature et auteur principalement de nouvelles qui l’ont consacré écrivain outre-Atlantique. C’est en 1992, trente ans après son mariage, qu’il publie Sylvia, le récit quasi clinique de la relation passionnelle et amoureuse qu’il a désespérément entretenue avec cette femme pendant quatre années.

Ils ont à peine 20 ans et mènent une vie de bohème dans Greenwich Village, à New-York. « En ce temps-là, Elvis Presley et Allen Ginsberg étaient les rois du sentiment, et le mot amour avait la même force que le verbe tuer. » Dès le début, leurs rapports tournent à l’affrontement violent. Les disputes quotidiennes et féroces éclatent si inopinément qu’elles plongent le narrateur dans un profond désarroi. Les extraits de son journal intime qu’il tenait à l’époque et qui sont insérés dans le récit rendent douloureusement compte de ce désarroi. Michaels se demande comment leurs engueulades naissent, mais jamais ne peut les empêcher, ainsi jusqu’à la fin tragique de leur histoire d’amour, en 1964.

Ce récit précis et sobre est d’une grande finesse. Il est âpre et désespéré, mais force l’admiration par son très beau style, sa toute grande classe. Il touche au plus intime, à la complexité des sentiments amoureux, avec l’élégance de celui qui ne juge pas et est capable de reconnaître qu’il n’a peut-être pas été à la hauteur. « Je ne veux plus l’aimer. C’est trop dur. Je ne suis pas quelqu’un d’assez bien », écrit-il dans son journal, en mars 1961.

C’était une relation impossible, — et pourtant ils ont essayé. Ils ont frôlé la folie, ils ont vécu un amour d’une intensité insensée. Pour toujours, à jamais, désespérément heureux. Magnifique !
 

Livre aux Trésors - Liège (Belgique), le 18 février 2010