David Vann

Sukkwand Island

Gallmeister
traduit de l’américain par Laura Derajinski
21,70 €
 

Un roman fascinant en 2 parties radicales, très différentes, haletantes.

Première époque : un père emmène son fils sur une île sauvage et déserte qu’il vient d’acheter, pour une expérience de vie solitaire et dans une tentative extrême de se rapprocher et d’apprendre à se connaître. Le fils de 13 ans semble s’être prêté au jeu volontairement, bien qu’inquiet et circonspect.
Dès le départ les choses ne se passent pas aussi facilement car le père est loin de l’icône du bon sauvage maîtrisant la nature. Le fils se rend vite compte qu’ils sont finalement mal préparés et que l’expérience sera tendue. L’hystérie arrive par petites touches, au début gaiement amenées par l’auteur, qui nous tient en haleine mine de rien, et nous mènera au plus noir du désespoir d’un enfant.

En effet la nature humide, froide et sauvage amène son lot de catastrophes de plus en plus angoissantes et prégnantes sur le quotidien, qui devient de moins en moins supportable. D’autant que le père s’avère être dépressif, pleure toutes les nuits et empêche son fils de dormir, manque se tuer à plusieurs reprises, devient de plus en plus indécis dans la recherche de solutions pour l’organisation de la survie alors que le terrible froid de l’hiver arrive à grand pas. Il est velléitaire et abusif dans les relations avec son fils, s’enferme dans le silence et a des accès de violence qui nous effraient.
Enfin dans un silence froid, dans la noirceur de la cabane qui résonne encore des paroles obsessionnelles de son père, l’enfant meurtri se tire une balle dans la tête tandis que le père rumine et bougonne au bord de la rivière. A la vue du cadavre, le père terrorisé et quasi inconscient, se lance dans un délirant et angoissant road movie.

Deuxième époque : le père part en canot avec le cadavre de son fils, obsédé par l’idée de montrer une dernière fois le cadavre à sa mère. Mais le temps et la route sont longues, le mauvais temps et la solitude contrarient son projet. Il échoue sur une île auprès d’une cabane dont il force l’entrée et dans laquelle il s’installe. Las, dans un long monologue, il est petit à petit ramené vers la réalité par l’odeur putride du cadavre de son fils qu’il accepte finalement d’enterrer. Retrouvé, il est accusé du meurtre de son fils, mais la réalité ni la vérité ne semble atteindre l’homme qui discourre en lui.

C’est un roman qu’il est difficile de refermer et qui nous laisse pantelants. David Vann parle de la complexité de la relation père /fils, et comment l’échec et le doute s’insinuent en l’homme et trouble notre perception de l’autre.
 

Le Grain Des Mots - Montpellier, le 19 janvier 2010